L’accélération de la disparition de la forêt amazonienne menace les peuples autochtones

<span class="caption">Une enfant autochtone du groupe ethnique Mayuruna se tient sur une jetée au bord de la rivière Atalaia do Norte dans l&#39;état d&#39;Amazonas, au Brésil, le 12 juin 2022. La police fédérale et les forces militaires mènent des recherches et des enquêtes sur la disparition du journaliste britannique Dom Phillips et de l&#39;expert en affaires autochtones Bruno Araujo Pereira. </span> <span class="attribution"><span class="source">(AP Photo/Edmar Barros)</span></span>
Une enfant autochtone du groupe ethnique Mayuruna se tient sur une jetée au bord de la rivière Atalaia do Norte dans l'état d'Amazonas, au Brésil, le 12 juin 2022. La police fédérale et les forces militaires mènent des recherches et des enquêtes sur la disparition du journaliste britannique Dom Phillips et de l'expert en affaires autochtones Bruno Araujo Pereira. (AP Photo/Edmar Barros)

Les forêts s’amenuisent chaque année dans le monde. Et le Brésil est l’épicentre du phénomène. Selon le Fonds mondial pour la nature, plus du quart de la forêt amazonienne sera dépourvue d’arbres d’ici 2030 si la vitesse à laquelle ils tombent se maintient.

Si rien ne se passe, on estime même que 40 % de cette forêt unique au monde sera rasée d’ici 2050.

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Au-delà des conséquences matérielles et environnementales, cette déforestation menace certains droits humains, notamment le droit à la vie, à l’intégrité physique, à une qualité de vie raisonnable et à la dignité des communautés marginalisées. Le Brésil est l’un des cas les plus inquiétants en ce sens.

Doctorant en science politique, mes intérêts de recherche portent sur la justice climatique, la transition énergétique, l’économie verte et les politiques internationales de l’environnement.

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Massacre à la tronçonneuse

L’article 25 de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (2007) a statué que ces communautés possèdent pleinement le « […] droit de maintenir et de renforcer leur relation distinctive avec leurs terres, territoires, eaux et mers côtières et autres ressources qui leur appartiennent ou qu’ils occupent et utilisent traditionnellement […] ».

Cet article n’est pas respecté par l’État brésilien en Amazonie.

Même si le pays s’était engagé à réduire de façon significative la déforestation et limiter les coupes à blanc à 3 925 km2, les données de Human Rights Watch, une organisation internationale de défense des droits de la personne, démontrent que les tronçonneuses ont rasé près de 13 000 km² de forêts tropicales vierges, rendant vulnérables encore plus les communautés de peuples autochtones.

Le taux de déforestation sur les territoires où vivent ces communautés s’est accru de 34 % entre 2018 et 2019, alors que le pays s’était pourtant engagé en 2009 à le réduire de 80 %. Cela entraîne des déplacements forcés sur des centaines de kilomètres, des problèmes de santé majeurs et une perte de repères. Selon Human Rights Watch, ce sont près de 13 235 km² de forêt vierge amazonienne qui ont subi une coupe à blanc entre août 2020 et juillet 2021, soit une augmentation de 22 % de la superficie coupée à blanc par rapport à la même période l’année précédente.

Cela coïncide avec l’accession au pouvoir de Jair Bolsonaro. Juste pour le mois de janvier 2022, on enregistre la destruction de 430 km2 de forêt tropicale, une superficie cinq fois plus élevée qu’au mois de janvier 2021.

Menaces et assassinats

De multiples abus sont répertoriés depuis les débuts de la colonisation, dont l’empiètement illégal de l’État brésilien sur des territoires officiellement autochtones. Mais sous l’actuel président Bolsonaro, les réseaux criminels accentuant la déforestation de l’Amazonie se sont multipliés. Le crime organisé considère les grandes industries du bois et de l’agriculture comme autant d’opportunités pour déplacer et blanchir de l’argent. Il exploite illégalement des territoires forestiers puis cache de la drogue dans des expéditions de bois à destination de l’Europe ou de l’Asie.

Des experts qualifient de « narcodéforestation » ce phénomène illégal. De nombreux sites d’extraction d’or et de minerais illégaux sont aussi en activité en Amazonie, et les entreprises qui les gèrent profèrent souvent des menaces envers la communauté indigène Munduruku qui y habite.

À la grandeur de l’Amazonie, les personnes et les militants qui résistent à ces coupes sont menacées, harcelées et souvent tuées. En 2019, l’ONG Global Witness a enregistré 24 décès de défenseurs de l’environnement et du territoire, dont la quasi-totalité est survenue en Amazonie. Le Brésil se retrouve ainsi en troisième position des pays les plus meurtriers à l’égard des défenseurs environnementaux, après la Colombie et les Philippines.

L’actualité vient nous le rappeler : Bruno Araujo Pereira, défenseur des droits environnementaux et des droits des autochtones, et le journaliste britannique Dom Phillips, sont portés disparus depuis le 5 juin en Amazonie dans une région réputée « sans foi ni loi ». Ils avaient reçu des menaces de mort peu avant, selon l’organisation locale partie à leur recherche. La police brésilienne a déclaré dimanche que des équipes de recherche avaient découvert leurs effets personnels et lundi, que des corps ont été repérés dans la zone de leur disparition. Ils n'ont toutefois pas encore été formellement identifiés.

Par ailleurs, le nombre de décès attribuable à la défense de l’environnement et du territoire pourrait être largement sous-estimé, puisque les données ne sont pas disponibles et transparentes pour tous les pays.

Les femmes et les enfants, principales victimes de la déforestation

Un rapport de l’Organisation des Nations unies (ONU) révèle qu’une forte corrélation existe entre l’aggravation des changements climatiques et la détérioration des droits de la personne dans le monde.

La déforestation affecte disproportionnellement les communautés autochtones, notamment les enfants et les femmes. Elle accentue la pression qui repose déjà en plus grande partie sur les épaules des femmes pour nourrir leurs enfants et leur famille tout en limitant l’accès à des produits essentiels, dont des médicaments.

En effet, leur santé repose sur l’accès à des produits naturels médicinaux que l’on retrouve dans la biodiversité. L’Amazonie est un réservoir majeur de substances entrant dans la fabrication de plusieurs produits pharmaceutiques disponibles sur le continent sud-américain. Encore aujourd’hui, près de 80 % de la population des pays en voie de développement compte sur les produits naturels médicinaux pour leur soin de base primaire. Dans la majorité des communautés, ce sont aussi les femmes qui sont responsables de cultiver la terre et d’assurer le transport et le traitement de l’eau.

Les enfants sont autant à risque. Par exemple, une étude réalisée dans les pays de l’Afrique subsaharienne montre un lien entre la perte de couvert forestier et la dégradation des conditions de santé des plus jeunes. La malnutrition, causée par la réduction de la disponibilité des fruits, des légumes et des noix, peut affecter la croissance des enfants. L’exposition des enfants à la fumée des multiples feux de forêt en Amazonie est aussi susceptible de causer des problèmes respiratoires voire des pathologies plus graves chez les enfants.

Plus on cultive, plus on coupe des arbres

La déforestation au Brésil propose un avant-goût de l’impact qu’auront les changements climatiques sur les droits humains, autant en Amérique latine qu’ailleurs dans le monde. De plus, en raison de la guerre en Ukraine, le plus grand pays d’Amérique du Sud compte suppléer au déficit de ressources alimentaires sur les marchés mondiaux, comme le blé et le grain.

Bien que la contribution du Brésil soit appréciée par les pays les plus touchés par la crise alimentaire résultant du conflit en Ukraine comme le Soudan, le Pakistan et Haïti, l’augmentation de la production risque d’accélérer dangereusement la déforestation et on peut s’attendre à une hausse des violations des droits de la personne.

Chose certaine, l’un des poumons de notre planète est gravement malade et le temps presse.

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation, un site d'actualités à but non lucratif dédié au partage d'idées entre experts universitaires et grand public.

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