Éthiopie : le Tigré revendique les tirs de roquettes sur deux aéroports d'une région voisine

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Des roquettes ont frappé dans la nuit de vendredi à samedi les aéroports de deux localités éthiopiennes de la région Amhara, voisine du Tigré où l'armée combat les autorités régionales, a annoncé le gouvernement fédéral. Des tirs revendiqués par les forces du Tigré, qui ont par ailleurs menacé de s'en prendre à l'Érythrée.

Des localités de la région voisine du Tigré frappées par des roquettes. Dans la nuit du vendredi 13 au samedi 14 novembre, deux localités de la région Amhara, voisine du Tigré où l'armée éthiopienne combat les autorités régionales, ont été frappées par des roquettes, selon le gouvernement à Addis Abeba. Les forces du Tigré ont revendiqué les attaques et menacé de s'en prendre à l'Érythrée voisine, qu'elles accusent de prêter main forte à Addis Abeba.

Des "tirs de missile" ont frappé vendredi soir les "zones militaires" des aéroports de Bahir Dar et Gondar, a affirmé Getachew Reda, porte-parole du commandement central du Tigré, à une télévision régionale, menaçant ensuite de s'en prendre aussi à des infrastructures à Asmara, capitale de l'Erythrée, ou Massawa, port érythréen sur la mer Rouge.

"Que les attaques partent d'Asmara (capitale de l'Erythrée, NDLR) ou de Bahir Dar (...) il y aura des représailles, nous tirerons des missiles sur des cibles choisies, en plus des aéroports", a-t-il ajouté, accusant l'armée érythréenne de mener depuis vendredi des offensives au Tigré, à la demande du gouvernement fédéral éthiopien.

Des "dégâts"

Dans la nuit de vendredi à samedi, les roquettes sont tombées aux alentours des aéroports des villes de Gondar et de Bahir Dar, la capitale régionale de l'Amhara, située à environ 200 km de la frontière avec celle du Tigré. Elles ont causé des "dégâts", indique la cellule de crise du gouvernement, sans faire état de bilan humain. Selon un médecin de Gondar, deux militaires ont été tués et 15 blessés.

Plus tôt, samedi, le président de la région du Tigré, Debretsion Gebremichael, avait dit à l'AFP ne pas être au courant de ces tirs, mais avait toutefois rappelé que son parti, le Front de libération des peuples du Tigré (TPLF) qui dirige la région, considérait que "tout aéroport utilisé pour attaquer le Tigré serait une cible légitime".

Le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, a lancé le 4 novembre une offensive militaire contre le TPLF qui défie son autorité depuis plusieurs mois et qu'il accuse d'avoir attaqué des bases de l'armée fédérale dans la région.

"Dans la nuit du 13 novembre, des roquettes ont été tirées sur Bahir Dar et Gondar (environ 100 km au Nord de Bahir Dar, NDLR). Les zones des aéroports ont subi des dégâts", explique samedi la cellule de crise gouvernementale sur son compte Twitter. "La junte du TPLF utilise les dernières munitions de son arsenal", poursuit-elle, précisant qu'une enquête est en cours.

Éthiopie et Érythrée se sont affrontées dans une guerre meurtrière entre 1998 et 2000, à l'époque où le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) dominait l'appareil politique et sécuritaire à Addis Abeba. Les deux pays sont restés à couteaux tirés jusqu'à ce qu'Abiy Ahmed devienne Premier ministre éthiopien en 2018, lequel a fait la paix avec Asmara. De nombreux observateurs craignent que le conflit au Tigré n'entraîne l'Éthiopie et sa mosaïque d'ethnies dans une guerre communautaire. Les tensions communautaires sont récurrentes entre communautés amhara et tigréennes.

Enquête sur des meurtres de masse

La Commission éthiopienne des droits de l'Homme a d'ailleurs annoncé samedi 14 novembre qu'elle avait envoyé une équipe d'enquêteurs à Mai Kadra, dans l'État du Tigré. Cela après qu'Amnesty International a rapporté des meurtres de masse commis lors d'une offensive militaire.

La commission a ajouté dans un communiqué qu'elle craignait que le conflit ait un "caractère ethnique."

Cela alors que l'ONU avait déjà réclamé vendredi une "enquête indépendante" sur de possibles "crimes de guerre" dans la région éthiopienne dissidente.

Jusqu'à 200 000 Éthiopiens réfugiés au Soudan

Depuis le 10 novembre, les combats entre les forces fédérales et régionales ont déjà poussé plus de 11 000 Éthiopiens à se réfugier dans l'est du Soudan, frontalier du Tigré, a déclaré Alsir Khaled, directeur de l'agence soudanaise pour les réfugiés dans la ville frontalière de Kassala. Ce chiffre pourrait attendre les 200 000, selon l'agence soudanaise Suna, qui cite une source gouvernementale.

Avec AFP et Reuters