Jean-Claude Fasquelle, seigneur de l’édition, est mort

Par Jérôme Béglé
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Jean-Claude Fasquelle dans son bureau des éditions Grasset à Paris.
Jean-Claude Fasquelle dans son bureau des éditions Grasset à Paris.

Quand on lui demandait de définir son métier, Jean-Claude Fasquelle vous fixait, plissait ses petits yeux dissimulés derrière d'épaisses lunettes, et observait un long, très long silence. Ses silences déstabilisaient ses interlocuteurs, installaient un climat, parfois un rapport de force entre lui et l'autre. Plus on manifestait de l'impatience, de la surprise, parfois de l'agacement, plus ce temps de suspension durait, durait, durait? On redoutait toujours un peu ce que ce géant qui dépassait les 190 centimètres et les 110 kilos allait vous répondre. Au bout d'interminables secondes, il répondait enfin à la question. « Un éditeur, c'est un peu un armateur. On arme des bateaux, on choisit la voilure, la date d'appareillage, on choisit une partie de l'équipage, on remplit la cale, on réfléchit au trajet qu'il lui faudra accomplir. Et on attend. Certains s'échouent en sortant du port, d'autres veulent faire un tour du monde, alors qu'ils devraient se contenter de rallier la côte d'en face. Et quelques-uns vont en pleine mer, triomphent des tempêtes et reviennent au port victorieux. Alors, on fait la fête. » Rarement une telle définition du métier d'éditeur ne m'aura paru aussi juste, précise et fine.

Jusqu'aux fêtes, quand l'auteur, prodige, prodigue, victorieux, couronné, ou best-seller revenait au port. Dans leur hôtel particulier, Jean-Claude et Nicky Fasquelle recevaient avec soin et chaleur. Les vins fins accompagnaient les plats soignés. On « traitait [...] Lire la suite