"L'Événement" rappelle que l'avortement n'est pas "une histoire de femmes"

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Anamaria Vartolomei, héroïne de
Anamaria Vartolomei, héroïne de

CINÉMA - Les écrits d’Annie Ernaux s’exportent au cinéma. Après l’adaptation de Passion Simple au mois de janvier, un second texte de l’écrivaine française, qui a collaboré avec Régis Sauder pour son documentaire sur la ville de Cergy-Pontoise en 2021, arrive sur nos écrans ce mercredi 24 novembre: L’Événement.

Le film est signé Audrey Diwan et a valu à sa réalisatrice le prestigieux Lion d’or lors de la dernière Mostra de Venise, en septembre. Son histoire, c’est celle du parcours du combattant d’une étudiante en lettres (Anamaria Vartolomei) pour avorter dans les années 1960, période de l’histoire française au cours de laquelle l’IVG était illégale.

Comme le roman autobiographique dont il est inspiré, le long-métrage aborde un pan de problématiques transversales, comme la liberté des femmes à disposer de leur corps ou la volonté de s’affranchir du déterminisme social. C’est un film fort. Pourtant, le financer n’a pas été une mince affaire.

Des financements résistants

“On m’a opposé des raisons que je comprends, explique la cinéaste que nous avons rencontrée. C’est seulement mon deuxième film. Je choisis une forme assez radicale. Si on s’en tient à la question de l’avortement clandestin, ça fait peur aux gens qui financent. De plus, les acteurs ne sont pas très connus.”

Découvrez ci-dessous la bande-annonce du film:

Audrey Diwan est la réalisatrice de Mais vous êtes fous, récit dramatique paru en 2019 sur une affaire d’empoisonnement à la cocaïne dans une famille. Outre une dense carrière de journaliste (Technikart, Stylist, Glamour) et des romans salués (La fabrication d’un mensonge), elle est aussi à l’origine des scénarios de plusieurs films de Cédric Jimenez.

Devant les premiers refus, elle est restée lucide. “J’ai l’impression que certains se sont cachés derrière ces raisons, poursuit la réalisatrice. Je pense, en vérité, que certaines personnes étaient contre l’avortement.” Ça ne l’a pas arrêtée. Au contraire. “Rencontrer ces obstacles nous a déterminés [son producteur Edouard Weil et elle, NDLR] à faire ce film”, ajoute Audrey Diwan.

La réalité d’un chemin

En France, l’IVG est autorisée depuis la promulgation de la loi Veil du 17 janvier 1975. Dans de nombreux pays à l’étranger, il est interdit. Dans d’autres, il est remis en question. En Pologne, par exemple, le gouvernement durcit depuis plusieurs années ses lois en matière d’accès à l’avortement, au point où il est quasiment interdit en 2021. Aux États-Unis, la Cour suprême est au bras de fer avec le Texas, où une loi interdit désormais d’avorter dès que les premiers battements de cœur de l’embryon sont perceptibles.

Les faits racontés dans L’Événement ont beau être antérieurs, ils résonnent dans l’actualité. La lecture du livre a eu l’effet d’une révélation pour Audrey Diwan. “Le premier choc a été de mesurer la différence qu’il y a entre un avortement comme il se pratique aujourd’hui et un avortement clandestin, confie-t-elle. Comme on a peu de représentations, je faisais partie de ces gens qui s’étaient mal imaginés la réalité de ce chemin, sa dureté, la solitude.”

Son film le retranscrit. Certaines scènes ne laissent pas la possibilité de détourner le regard. “Je ne vois pas de raison de le faire, commente la cinéaste. J’ai l’impression qu’on interroge la dureté des images qu’à certains endroits et qu’au regard de certains sujets.”

Elle ajoute: “Combien de films de restitution de guerre sont violents et n’épargnent aucuns détails? De la même manière, on m’a demandé pourquoi faire un film sur l’avortement alors que c’était du passé. C’est la même analogie. Qu’on dise ça la prochaine fois à celui qui propose un film sur la Seconde Guerre mondiale.”

“Les mots, c’est les nerfs du changement”

Jugement, craintes, remarques intrusives, comportements déplacés... L’héroïne affronte le regard de son entourage, de ses amies, des hommes, des médecins et de la société, tout au long du film. Ce regard, “il a évolué”, d’après Audrey Diwan, mais il en reste des résidus. L’un d’entre eux est mesurable à une chose, nous dit-elle: le silence et la honte.

(Photo: PROKINO Filmverleih GmbH)
(Photo: PROKINO Filmverleih GmbH)

Audrey Diwan a elle-même avorté dans sa vie. Le dire, le formuler, “c’est dur”, concède-t-elle. Lorsqu’elle s’est rendue au festival de Venise, elle a d’ailleurs hésité à en parler ouvertement, “alors [qu’elle] a travaillé pendant trois ans contre le silence”. “Quelque chose de très insidieux et d’inconscient perdure”, observe-t-elle.

La libération de la parole est nécessaire. “Les mentalités changent à partir du moment où l’on pose des mots. Les mots, c’est le nerf du changement”, soutient-elle. La question nous concerne toutes et tous.

“Quand on me renvoie que j’ai fait un film de femmes sur un sujet de femmes, j’ai envie de hurler. Il est hors de question que j’acte l’idée que l’avortement est une histoire de femmes. On ne fait pas d’enfant seule, on ne tombe pas enceinte seule. Comme ce n’est pas le cas, je ne suis pas responsable seule du chemin, de cette décision. C’est un sujet qui n’est pas circonscrit à la condition féminine.” L’événement est partagé.

À voir également sur Le HuffPost: Aux États-Unis, des milliers de manifestants défilent pour le droit à l’avortement

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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