L'énorme faille comptable qui fausse le calcul des émissions de CO2

Céline Deluzarche, Journaliste
·2 min de lecture

C’est un trou béant de 5,5 milliards de tonnes de CO2 par an, l’équivalent des émissions annuelles des États-Unis : l’écart entre les émissions de CO2 rapportées par chaque État et celles calculées par le modèle international entretient un flou qui pourrait faire capoter l’objectif mondial de réduction de gaz à effet de serre. Il ne s’agit pourtant ici nullement de tricherie ou d’une volonté délibérée d’un pays pour masquer ses émissions. Cet écart géant est en réalité dû à une faille méthodologique.

C'est comme si certains modèles donnaient des informations en miles et d’autres en kilomètres

Il existe en effet de nombreux modèles permettant d’évaluer les émissions de CO2. D’un côté, les pays rapportent les émissions anthropiques de CO2 sous forme d’objectifs périodiquement soumis à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). De l’autre côté, les flux anthropiques de CO2 évalués par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) proviennent de modèles à l'échelle mondiale (Integrated Assessment Models ou IAM). Or, ces modèles n’ont pas tout à fait la même façon de comptabiliser les émissions et d'en extraire un résultat net. « C'est comme si certains modèles donnaient des informations en miles et d’autres en kilomètres », illustre Giacomo Grassi, expert forestier à la Commission européenne et auteur principal d’une étude sur ce sujet parue dans Nature Climate Change.

Émissions, absorption et flux net de CO2 anthropique selon le modèle international (IAM) ou la compatibilité nationale (NGHGI). © Giacomo Grassi et al., Nature Climate Change, 2021
Émissions, absorption et flux net de CO2 anthropique selon le modèle international (IAM) ou la compatibilité nationale (NGHGI). © Giacomo Grassi et al., Nature Climate Change, 2021

Les puits de carbone au cœur du débat

Les raisons de ce gigantesque hiatus sont très techniques mais reposent en majeure partie sur la façon de comptabiliser les puits de carbone, et notamment la quantité de CO2 absorbée par les forêts. Les pays possédant de grandes forêts peuvent déduire de leurs émissions le CO2 capté par les arbres. Les États-Unis, par exemple,...

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