L'énigme de l'expert : pourquoi sommes-nous une seule espèce aujourd'hui ?

Leemage via AFP

"Sapiens" est le survivant triomphant d'une époque où cohabitaient plusieurs "Homo". Cette singularité questionne le paléoanthropologue Jean-Jacques Hublin.

Cet article est extrait du mensuel Sciences et Avenir - La Recherche n°905-906, daté juillet-août 2022.

Directeur du département Évolution de l'homme de l'Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionnaire, à Leipzig, en Allemagne, Jean-Jacques Hublin enseigne aussi au Collège de France. Dans le numéro "Pourquoi ?" de Sciences et Avenir, il livre une énigme concernant son domaine de recherche et qui ne trouve pas, pour le moment, de réponse décisive.

"C'est l'événement le plus spectaculaire de l'évolution humaine : aux alentours de - 50.000 ans, notre espèce, Homo sapiens, a entamé une expansion planétaire qui s'est accompagnée de la disparition de toutes les autres : Neandertal, Denisova, Flores et H. luzonensis. Est-ce à dire que partout où l'on passe, les autres trépassent, même si nous absorbons un peu de leur ADN ? Il ne suffit pas de dire que nous étions plus intelligents et dotés de techniques plus élaborées. La réalité est sans doute plus complexe.

Ce n'était pas la première fois que notre espèce sortait d'Afrique, mais les précédentes vagues n'ont pas connu cet inexorable déploiement et ce succès. Cette fois, elle sort complètement de sa niche géographique, écologique et climatique : les Africains arrivés à Bacho Kiro, en Bulgarie il y a 43.000 ans se sont adaptés à un environnement comparable à celui de la Norvège actuelle. Le remplacement ne s'est pas fait en un jour mais a été inéroxable. Imaginez une gazinière avec plusieurs casseroles de lait qui bouillonnent : la première qui déborde éteint le feu sous les autres ! Les espèces invasives réduisent la biodiversité locale et la remplacent, sans que l'on sache vraiment pourquoi : il y a quelques petites différences et in fine un meilleur succès reproductif. D'autant qu'à l'époque, les populations étaient peu nombreuses et se comptaient en milliers, pas en millions d'individus.

Les nouveaux venus ont aussi exploité leur environnement plus efficacement. C'est un comportement marquant de notre espèce : nous [...]

Lire la suite sur sciencesetavenir.fr

A lire aussi

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles