L'énigme de l'expert : pourquoi tout le monde n'est-il pas à l'aise en mathématiques ?

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Il n'existe pas de prédisposition génétique entre matheux et littéraires, explique le mathématicien David Bessis. Tout est affaire de méthode et de pédagogie.

Cet article est extrait du mensuel Sciences et Avenir - La Recherche n°905-906, daté juillet-août 2022.

Professeur assistant à l'Université Yale (États-Unis) de 1999 à 2001, David Bessis a ensuite intégré le CNRS. En 2010, il fonde Tinyclues, une start-up spécialisée en marketing prédictif. Il vient de publier "Mathematica" (Seuil). Dans le numéro "Pourquoi ?" de Sciences et Avenir, il livre une énigme concernant son domaine de recherche et qui ne trouve pas, pour le moment, de réponse décisive.

"Il existe une croyance fausse selon laquelle certaines personnes seraient naturellement douées pour les maths et d'autres naturellement nulles. On entend dire que ce serait inné, comme s'il y avait une prédisposition génétique, une 'bosse des maths'. Mais, dès l'enfance, les différences de niveau en la matière sont tellement vastes que l'hypothèse génétique ne tient pas. Il y a sans doute une part d'inné, mais forcément une énorme part d'acquis. Or qu'est-ce que cela veut dire exactement ? Comment ces notions sont-elles acquises ? Ce serait une erreur de réduire cela à des mécanismes sociaux liés à la culture et au niveau de vie. On sait qu'au sein même des familles, quels que soient les milieux, il existe des écarts gigantesques.

Ma conviction est que cela se joue au niveau de l'expérience intime : ce que nous faisons dans notre tête, les habitudes mentales que nous prenons, notre manière d'interagir avec nos idées, nos images mentales et nos émotions. Or cette expérience intime n'est jamais discutée, on n'enseigne pas les gestes mentaux qui permettent de progresser. Ainsi se perpétue le mythe d'une différence de naissance entre matheux et littéraires, ce qui neutralise complètement l'enseignement de notre discipline. C'est comme si on voulait enseigner la natation sans expliquer les bons mouvements et en faisant croire aux enfants que c'est une affaire de génétique, que certains flottent et que les autres sont condamnés à couler.

Or ce qui est frappant en maths, c'est que[...]

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