Législatives : Quitterie de Villepin, une candidature pour redonner goût à la politique

Candidate sans étiquette aux élections législatives dans la très chic deuxième circonscription de Paris, Quitterie de Villepin propose à ses électeurs d’être élue pour un mandat qui reposera sur l’intelligence collective des citoyens en instaurant un "mandat délibératif".

"Nous avons mené la plus longue et la plus belle campagne des législatives de France." L’autosatisfecit de Quitterie de Villepin, candidate sans étiquette aux élections législatives (12 et 19 juin) à Paris pourrait prêter à sourire à première vue. Mais force est de constater qu’il est rare de voir une campagne indépendante de tout parti politique susciter autant d’enthousiasme.

Partie en campagne dès le 10 octobre, Quitterie de Villepin laboure depuis huit mois le terrain de la deuxième circonscription de Paris, qui regroupe le 5e arrondissement, une partie du 6e et la majeure partie du 7e, avec une idée en tête : redonner le goût de la politique aux citoyens avec la promesse d’instaurer le premier "mandat délibératif" à l’Assemblée nationale.

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Le principe repose sur une nouvelle méthode : associer les citoyens au travail législatif en créant une assemblée locale délibérative rassemblant 100 personnes tirées au sort parmi les 100 000 habitants de sa circonscription. Ceux-ci se réuniraient tous les mois pour élaborer, avec leur députée, des propositions de loi et des amendements aux textes étudiés à l’Assemblée nationale. Le tout avec une "boussole" devant guider l’action politique de Quitterie de Villepin : faire en sorte que la France respecte l’accord de Paris sur le climat et les 17 objectifs de développement durable signés avec l’ONU.

"Je suis partie du constat que les Français affirment n’avoir aucun lien avec leur député, qu’il existe aujourd’hui une perte de repères et que le rôle joué par l’Assemblée nationale inquiète", explique la candidate de 44 ans, mère de quatre enfants et parente éloignée de l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin, engagée depuis 20 ans pour faire entendre la voix des citoyens.

"Autant il y a eu une forte aspiration à faire entrer la société civile en politique en 2017, autant la pratique qui a été celle du pouvoir ces cinq dernières années a accentué une forme de crise de la Ve République et de la représentation nationale, poursuit-elle. Aujourd’hui, les gens sont en perte de repères alors qu’il est possible d’avoir une démocratie plus aboutie."

Ancienne proche de François Bayrou

Engagée au début des années 2000 dans des associations comme Max Havelaar, Greenpeace ou Les Amis de la Terre, Quitterie de Villepin adhère à l’UDF en 2003. Elle se fait connaître lors de la campagne présidentielle de 2007 en étant la porte-parole des jeunes UDF et la responsable de la communication digitale de François Bayrou. Connue alors sous le patronyme Quitterie Delmas, la jeune femme prend de plus en plus de place au sein du parti centriste, devenu après la présidentielle le Mouvement démocrate (MoDem), jusqu’à se voir offrir une tête de liste aux élections européennes de 2009. Mais plutôt que d’accepter un mandat européen qui lui tendait les bras, elle claque la porte du MoDem.

"J’ai adoré les six années que j’ai passées à l’UDF et au MoDem, mais, d’une part j’étais en désaccord avec François Bayrou sur la structuration du parti, et surtout, j’ai vécu comme une fracture profonde la ratification du traité de Lisbonne. Même si j’avais voté 'oui' au référendum constitutionnel de 2005, que des gouvernements passent outre la volonté des citoyens m’a choquée. À ce moment-là, j’interroge pour la première fois le mot démocratie", se souvient Quitterie de Villepin, qui a depuis repris son nom de naissance à la suite de son divorce.

Après avoir tenté de faire vivre la démocratie participative au sein du MoDem, elle fait alors le choix de renouveler les pratiques démocratiques à l’extérieur des partis politiques. Elle contribue à la création d’initiatives citoyennes et de nouvelles approches au sein d’associations de parents d’élèves notamment. Elle s’implique dans le mouvement #MaVoix qui tente de faire élire des citoyens lors des élections législatives de 2017. Puis lance en 2020 le collectif Les Investies, qui vise à favoriser l’émergence de nouvelles candidates citoyennes.

"La démocratie pour moi, ce n’est pas une question de confiance, mais d’efforts. Il faut lui dédier du temps. Et mon combat, c’est de retisser les liens entre les gens et la politique en faisant le pari de l’intelligence collective. Il n’y a qu’à voir les travaux des 150 citoyens de la Convention citoyenne pour le climat. C’est canon ce qu’ils ont fait !", lance-t-elle, convaincue que des gens de gauche et de droite peuvent travailler ensemble pour faire émerger des propositions.

"Est-ce que le travail de terrain compte encore ?"

Ses huit mois de campagne semblent lui donner raison. Après des dizaines de réunions publiques, d’opérations de tractage sur les marchés et de rencontres avec les habitants, Quitterie de Villepin a provoqué suffisamment d’enthousiasme pour récolter 35 000 euros de dons issus de 165 donateurs – soit un don moyen de 212 euros par personne. De quoi faire pâlir n’importe quel candidat étiqueté par un grand parti.

"On a pu avoir les mêmes moyens que les gros candidats pour faire campagne. Cet argent nous a permis d’avoir une permanence, de faire trois envois de tracts dans les boîtes aux lettres, d’être présents sur les réseaux sociaux et de créer une dynamique autour de mon projet que les autres n’ont pas", assure la candidate.

Parvenir au second tour serait toutefois un exploit, d’autant que se présentent face à elle le patron du groupe La République en marche à l’Assemblée nationale, Gilles Le Gendre, mais aussi le maire Les Républicains du 6e arrondissement, Jean-Pierre Lecoq, sans oublier Marine Rosset, candidate socialiste de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes).

"En se basant sur les résultats de 2017, nous avons estimé qu’il fallait 8 500 voix pour accéder au deuxième tour, explique Quitterie de Villepin. C’est l’objectif et c’est possible. Il y a un truc qui s’est créé sur le terrain avec les gens. Et d’ailleurs, ce que nous faisons interpelle bien au-delà de notre circonscription. On a déjà démontré qu’on pouvait faire une campagne hyper professionnelle et hyper bien financée, axée sur les rencontres avec les citoyens et leur implication. C’est pour cela que j’aime beaucoup cette campagne. Elle va apporter une réponse à une question essentielle : est-ce que le travail de terrain compte encore ?"

Le contexte actuel, avec un président de la République qui ne bénéficiera pas lors des législatives de la même vague électorale qu'en 2017 et une gauche unie autour de la figure de Jean-Luc Mélenchon, pourrait lui être favorable, veut croire Quitterie de Villepin. Réponse dimanche 12 juin.

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