Législatives: pourquoi les sondages sont plus difficiles à réaliser que lors de la présidentielle

Les instituts de sondage ont réalisé moins d'études lors des élections législatives que lors du scrutin présidentiel. - PIERRE-OSCAR BRUNET / BFMTV
Les instituts de sondage ont réalisé moins d'études lors des élections législatives que lors du scrutin présidentiel. - PIERRE-OSCAR BRUNET / BFMTV

Omniprésents au premier et deuxième tour de la présidentielle, les sondages se raréfient pendant la période des législatives. Très différente de sa grande sœur, l'élection les 12 et 19 juin des 577 députés qui siègeront à l'Assemblée nationale est plus difficile à anticiper pour les instituts.

"À la présidentielle, il n'y a qu'une grande circonscription qui s'appelle la France. Aux législatives, il faut en sonder 577", résume Bernard Sananès, le président d'Elabe, avec qui travaille BFMTV.

Les sonder toutes demanderait des moyens humains et matériels considérables. Au niveau local, seules quelques circonscriptions sont donc scrutées, mais elles ne peuvent pas donner une vision d’ensemble. Au niveau national, les intentions de vote d'un panel représentatif de la population ne peuvent pas être transposées directement en une photographie de la future Assemblée.

Un questionnaire difficile à établir

Pour la présidentielle, c'est simple: 12 candidats, on propose aux sondés les 12 noms. Pour les législatives, c'est plus complexe. Jusqu'à récemment, les intentions de vote étaient calculées sur la base d'une offre dite "standard": les sondés étaient appelés à se prononcer pour le parti pour lequel ils étaient les plus enclins à voter aux législatives parmi une liste. Les réponses étaient donc récoltées sur la base des étiquettes politiques, par sur le nom des candidats.

Depuis le début de la campagne officielle et la validation des candidatures par le ministère de l'Intérieur, certains panelistes sont appelés à s'exprimer sur une "offre réelle". Autrement dit, ils peuvent répondre en ayant sous les yeux la liste complète des postulants dans leur circonscription, avec leur étiquette politique.

C'est sur cette nouvelle méthode que repose la dernière enquête Elabe réalisée pour BFMTV et L'Express avec notre partenaire SFR et publiée ce vendredi: 81% des personnes interrogées l'ont été sur l'offre réelle.

"Cela permet d'affiner les tendances", explique Bernard Sananès.

Mais impossible d'interroger 100% des sondés sur les candidats de leur circonscription. Dans le cas du sondage Elabe, les 19% restants ont été interrogés selon la formule précédente car ils résident généralement dans les grandes agglomérations, où le découpage des circonscriptions est plus complexe.

Conséquence mécanique de ce changement de méthode: les candidats divers gauche ou divers droite sont représentés dans les intentions de vote. Et les résultats de la Nupes - l'union de la gauche - et d'Ensemble - la majorité présidentielle - se tassent légèrement.

Le délicat calcul de la répartition des sièges

Une fois les intentions de vote récoltées, le sondeur s'attelle à la deuxième partie de l'enquête: la périlleuse projection de la répartition en sièges à l’Assemblée. Là non plus, l'affaire n'est pas simple, car il y a faut donc projeter le résultat de 577 élections simultanées, compliquées par la la possibilité de triangulaires - c'est-à-dire de la présence de trois candidats au second tour.

Le mode de scrutin est en effet plus complexe qu'à la présidentielle: sont qualifiés au second tour les deux candidats arrivés en tête au premier ainsi que les suivants, s'ils ont obtenu un nombre de voix égal à au moins 12,5% des inscrits dans la circonscription. Un seuil plus ou moins facile à atteindre en fonction de la configuration politique locale et du niveau de l'abstention.

Être en tête au niveau national dans les intentions de vote ne veut donc pas dire être en tête en nombre de sièges: dans notre dernier sondage Elabe, la coalition présidentielle et la Nupes sont au coude-à-coude. Mais c'est Ensemble qui est crédité du plus grand nombre de sièges dans l'hémicycle.

Pourquoi? À cause de la répartition des votants de cette élection. Comme l'ont montré les résultats de la présidentielle, les électeurs de Jean-Luc Mélenchon sont davantage concentrés dans les grandes agglomérations. Les électeurs d'Emmanuel Macron sont plus largement disseminés sur le territoire, élisant ainsi plus de députés. Le président de la République est ainsi arrivé en tête au premier tour dans 256 circonscriptions législatives, contre seulement 104 pour l'insoumis.

Une abstention imprévisible

Dernière difficulté des sondeurs et non des moindres: l'abstention. Grande invitée des législatives depuis son record historique en 2017 où elle a frisé les 57,5% au second tour, cette dernière, difficile à estimer, complique inévitablement toute évaluation.

"Elle va probablement être très forte cette année et son impact est imprévisible", prévient le directeur d'Elabe. "Difficile de savoir quel camp politique va en être le plus affecté", estime-t-il.

Particulièrement prégnante chez les jeunes et les milieux populaires, elle pourrait donner l'avantage au parti présidentiel qui bénéficie d'un électorat plus âgé et plus diplômé. Mais l'union inédite de la gauche cette année pourrait renforcer l'attractivité du scrutin et pousser les déçus du second tour de la présidentielle à se déplacer en plus grand nombre qu'il y a cinq ans.

S’ils donnent une idée des rapports de force, les sondages des législatives se lisent donc avec précaution.

Article original publié sur BFMTV.com

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