Législatives: pourquoi un bon score à la présidentielle ne rime pas forcément avec une victoire à l'Assemblée

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L'hémicycle de l'Assemblée nationale française, le 5 janvier 2022
 - BERTRAND GUAY © 2019 AFP
L'hémicycle de l'Assemblée nationale française, le 5 janvier 2022 - BERTRAND GUAY © 2019 AFP

Quelques minutes à peine après sa défaite dimanche soir, Marine Le Pen appelait à lancer "la grande bataille des législatives". Jean-Luc Mélenchon veut de son côté "se faire élire Premier ministre" le 19 juin prochain. De quoi donner le sentiment que les bons chiffres des deux candidats à la présidentielle leur offriraient un boulevard pour peser à l'Assemblée nationale. C'est pourtant très loin d'être fait avec le mode de scrutin des législatives.

L'abstention complique l'accès au second tour

Pour ces élections, bien plus qu'à la présidentielle, le taux de participation est un élément essentiel. Si aucun postulant ne l'emporte dès le premier tour en récoltant plus de 50% des voix, seuls les deux candidats arrivés en tête ou ceux ayant obtenu un nombre de voix au moins égal à 12,5% du nombre des électeurs inscrits peuvent se maintenir.

Autrement dit, plus l'absention est forte, plus le seuil d'accès au second tour est élevé, limitant de fait la présence de trois candidats - ce qu'on appelle une triangulaire - ou plus au second tour.

De quoi donner des sueurs froides au RN et à la France insoumise avec un paysage politique qui semble désormais se diviser entre trois tendances, avec d'un côté un bloc central (LaREM et LR) qui représentent environ 11,5 millions de voix, un bloc de gauche (LFI, EELV, PC et PS) avec 11,1 millions de bulletins et un bloc de la "droite nationale" (RN+ Reconquête+ Debout la France) d'environ 12,5 millions de votes.

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Des scores décevants aux législatives en 2017

Alors que l'abstention à la présidentielle au second tour était de 28% dimanche dernier - le chiffre le plus important depuis 1969 -, elle pourrait d'ailleurs être encore plus forte aux législatives. Elle avait atteint le record de 58% au second tour en 2017.

Cette année-là, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon avaient d'ailleurs fait les frais de ce mode de scrutin. Malgré les 34,32% au second tour de la représentante du RN, seuls 8 députés de sa famille politique - dont elle-même - avaient fait leur entrée au Palais-Bourbon. Jean-Luc Mélenchon, qui n'était pas parvenu à passer la marche du premier tour (19,58%), tout en étant en tête à gauche, récoltait 17 députés.

Des projections qui peuvent donner le sourire au RN et LFI

Quant à Emmanuel Macron, dont c'était la première élection, il obtenait un véritable raz-de-marée, avec 308 députés. C'est l'autre handicap pour Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Depuis la réforme constitutionnelle de 2000 qui a inversé le calendrier électoral et qui organise désormais la présidentielle et les législatives dans la foulée, les Français ont toujours donné une majorité de la couleur du président élu.

De quoi freiner les velléités de vote en faveur du RN et de LFI. Les premières projections peuvent cependant leur donner de l'espoir. De 8 députés sortants, le RN pourrait obtenir entre 75 et 105 parlementaires, d'après un sondage Harris interactive pour Challenges publié au lendemain du second tour.

Sur les bancs des insoumis, cette projection, qui n'inclut pas un éventuel accord avec le PC, EELV et le PS, leur donne entre 25 et 45 élus. La droite, après la défaite de Valérie Pécresse, serait sérieusement à la diète, avec 25 à 54 députés, loin des 100 que le parti compte actuellement. LaREM et ses alliés comme Agir, le MoDem et Horizons obtiendrait, eux, entre 328 et 368 députés, contre 346 aujourd'hui.

Article original publié sur BFMTV.com

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