Législatives: que se passerait-il si Emmanuel Macron n'obtenait pas la majorité absolue?

L'hypothèse d'une majorité étriquée ou de la nécessité de gouverner avec les Républicains pourrait se poser si Renaissance (ex-LaREM) et ses alliés ne parvenaient pas à dépasser les 289 sièges à l'Assemblée nationale le 19 juin prochain.

De quoi donner des sueurs froides à l'exécutif. Selon un sondage Ifop-Fiducial pour LCI publié mardi, la majorité présidentielle pourrait obtenir entre 275 et 310 sièges à l'Assemblée nationale lors des élections législatives du 12 et du 19 juin. Cette projection ouvre la possibilité pour l'exécutif de ne pas obtenir la majorité absolue à 289 sièges. Que se passerait-il si Renaissance (ex-LaREM) et ses alliés se retrouvaient dans ce cas de figure? Éléments de réponse.

• Une majorité relative qui n'empêche pas Emmanuel Macron de gouverner

Première possibilité: Renaissance échoue à obtenir 289 députés à elle seule mais obtient la majorité grâce aux députés Horizons, Modem et Agir.

"On se retrouverait dans une configuration assez proche de celle de 1988 où les socialistes sont redevenus la première force au Palais-Bourbon, tout en ayant un RPR et des communistes puissants", analyse le constitutionnaliste Benjamin Morel pour BFMTV.com.

À l'époque, Michel Rocard, Édith Cresson puis Pierre Bérégovoy s'étaient succédés à Matignon, en parvenant à faire appliquer l'essentiel du programme de François Mitterrand.

Emmanuel Macron serait alors dans un cas de figure où le gouvernement pourrait mener à bien les réformes qu'il souhaite si les alliés de sa majorité n'ont pas intérêt à le faire tomber. "Ça peut tenir au début d'un mandat, notamment parce que les députés investis ont été choisis avec soin", décrypte Paul Cassia, professeur de droit public à Paris 1.

Ensemble, le nouveau nom de la majorité présidentielle, s'est d'ailleurs assuré de la fidélité de ses candidats en leur demandant de signer une charte dans laquelle ils s'engagent à "soutenir l'ensemble des engagements" du président.

"Mais la seconde partie du quinquennat devient plus compliquée quand les ambitions s'exacerbent", nuance Benjamin Morel.

Sans compter que l'absence d'Emmanuel Macron sur la ligne de départ en 2027 - la Constitution l'empêche de faire plus de 2 quinquennats - devrait alimenter les appétits.

Autre problème pour le chef de l'Etat: les relations doivent rester bonnes avec ses alliés pour se mettre d'accord sur les textes à faire voter. Alors qu'Horizons défend par exemple la retraite à 67 ans, loin des 64 ou 65 ans évoqués par Emmanuel Macron, le parti d'Édouard Philippe pourrait être tenté de jouer sa partition.

• Une majorité étriquée qui nécessite des accords avec les Républicains

Seconde option possible: le poids additionné de Renaissance, Agir, Horizons et du MoDem est en dessous des 289 sièges. Dans le même temps, aucun autre intergroupe comme la Nouvelle union populaire écologique et sociale (NUPES) qui réunit les socialistes, les communistes, les écologistes et les insoumis ne dépasse ce chiffre.

"Cette configuration obligerait les lieutenants d'Emmanuel Macron à devoir aller chercher une majorité sur chaque texte. Dans le contexte politique actuel, ce sont les Républicains qui joueraient le jeu de cette force d'appoint", décrypte le spécialiste de droit constitutionnel, Benjamin Morel.

Si un accord pourrait être trouvé sur certains sujets comme l'allongement de l'âge de départ à la retraite, d'autres projets de loi semblent moins en mesure de mettre d'accord, comme le versement des prestations sociales à la source.

Ce paysage à l'Assemblée nationale rendrait par ailleurs nécessaire une plus grande mobilisation des troupes d'Ensemble.

"On a parfois vu que sur certains textes, les députés de la majorité présidentielle avaient du mal à se mobiliser le jour J, permettant aux députés de l'opposition plus nombreux numériquement à l'Assemblée au moment du vote de rejeter un texte", souligne Benjamin Morel.

Dernier exemple en date: le pass vaccinal, dont l'examen a dû être suspendu en janvier dernier. Les députés de la majorité n'ont pas été assez nombreux pour dire oui à la poursuite des débats. Après un vote à main levée afin de pouvoir continuer la séance après minuit, les oppositions, alors plus nombreuses sur les bancs de l'hémicycle ont voté pour sa suspension.

• Une cohabitation qui rend impossible l'application du programme du président

Dernière option: la Nupes dépasse en termes de sièges Renaissance, Agir, Horizons et le Modem, ouvrant de fait une période de cohabitation. Le président serait alors contraint d'un point de vue politique, même si la Constitution ne l'y oblige pas, de nommer un Premier ministre du groupe qui a le plus d'élus, fort probablement La France insoumise. Jean-Luc Mélenchon remporterait alors son pari de devenir Premier ministre avant de nommer son gouvernement.

À l'exception de la politique étrangère et de la gestion des armées, Emmanuel Macron aurait des marges de manœuvre très limitées tandis que le chef du gouvernement piloterait l'essentiel de la politique intérieure comme les questions économiques, la santé ou encore l'éducation.

"On pourrait imaginer que dans ce cas de figure, Emmanuel Macron convoquerait des élections législatives anticipées. On le voit mal laisser passer les trains pendant cinq ans," juge Paul Cassia, professeur de droit public à Paris 1.

63% des personnes interrogées dans le sondage Ifop-Fiducial veulent que les oppositions représentent la majorité des députés au Palais-Bourbon.

Article original publié sur BFMTV.com

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