Législatives: la mauvaise surprise des députés sortants recalés de la Macronie

Des membres de La République en Marche dans l'hémicycle - JACQUES DEMARTHON / AFP
Des membres de La République en Marche dans l'hémicycle - JACQUES DEMARTHON / AFP

La "prime aux sortants" promise par les ténors de la majorité, Richard Ferrand et Christophe Castaner en tête, est en passe d'être quasiment respectée. Sur 267 députés de la majorité, 33 ont jeté l'éponge et n'ont pas souhaité se représenter. Et 19 n'ont pas été reconduits pour les législatives de juin. Mais ces derniers pourraient être plus nombreux, une fois toutes les investitures d'Outre-Mer et des Bouches-du-Rhône sorties.

Déboutés au profit de plus gros qu'eux, payant le prix fort de certaines infidélités... Pour ces députés de La République en Marche (LaRem), la nouvelle est rude à encaisser. Certains envisagent même la dissidence et songent à se représenter au scrutin des 12 et 19 juin prochains.

Toutes les raisons sont bonnes

Ces recalages peuvent découler tout simplement de la logique implacable d'un classique jeu de chaises musicales. Comme le subit dans la 7e circonscription du Var la députée sortante Emilie Guérel, au profit de sa collègue Cécile Muschotti. Cette dernière ne pouvant se représenter à Toulon dans sa zone, après avoir perdu aux municipales face au LR Hubert Falco.

La loyauté dans l’hémicycle pendant ces cinq dernières années peut également jouer dans ces décisions. Son vote contre le projet de loi instaurant le pass vaccinal aura coûté sa place à Marie-Ange Magne, dans la Haute-Vienne. Typhanie Degois, en Savoie, qui avait voté contre son extension, ne fait pas non plus partie des réinvestis. Et l'on peut imaginer que le même sort soit réservé à Olivier Serva en Guadeloupe.

Didier Baichère, “émancipé une ou deux fois", comme il l'avoue à Politico, est lui débranché dans les Yvelines au profit de l’ex-conseiller ministériel Charles Rodwell.

Le manque d’implantation locale peut être reproché et suffire à un remplacement. Jacqueline Dubois en a fait les frais, non sans agacement, pour laisser la place à Jérôme Peyrat, ancien conseiller de Macron et aujourd’hui stratège LaREM.

“Je me sens trahie", s'est-elle exclamée sur France Bleu Périgord après avoir appris la nouvelle. Elle assure, d'autant plus étonnée, que les habitants lui disent qu’elle a "fait le job".

Place aux favoris

Enfin, dans certains cas, la place laissée à plus cooptés qu'eux a eu raison d'autres recalés. Dans les Hauts-de-Seine, c'est l'hécatombe des plus petits: Jaques Maire est supplanté par Prisca Thevenot, porte-parole LaREM, une “décision incompréhensible et injuste”, a-t-il dénoncé dans une lettre adressée à "Ensemble!". Jacques Marilossian est remplacé par Pierre Cazeneuve, adjoint au chef de cabinet d'Emmanuel Macron. Et Christine Hennion d'être supplantée par une proche du conseiller macroniste Thierry Solère, Aurélie Taquillain.

Face à Manuel Valls, Stéphane Vojetta a été contraint de laisser sa place dans la circonscription des Français à l’étranger. À Nice, Cédric Roussel est remplacé par l’adjoint de Christian Estrosi, Philippe Pradal. Et Jean-Charles Larsonneur à Brest verra l’ami de Richard Ferrand, Marc Coatenea, faire campagne, non sans amertume, comme il le confie au Figaro: “j’ai été pris pour un guignol alors que j'ai servi loyalement la majorité et les habitants pendant cinq ans".

La dissidence envisagée

Ces trois derniers sortants remplacés par plus gros qu'eux ne digèrent pas la nouvelle. Pour l'instant, ils assurent continuer leur campagne. "Je suis déterminé", a déclaré Cédric Roussel sur l'antenne de France Bleu Alpes-Maritimes.

"Je me rappelle très bien avoir été le seul élu niçois qui suis allé au contact des Français, des Françaises en colère, notamment à La Trinité, à l'Ariane, lors de cette crise des gilets jaunes. Je suis dans l'émotion, mais plus que l'émotion, voire la violence. Donc je sais ce que j'ai fait et je sais ce que je peux encore apporter aux côtés du président Emmanuel Macron, réélu", a-t-il rappelé, particulièrement ému.

En Isère, Catherine Kamowski mènera elle aussi la bataille. Même son de cloche chez Aina Kuric, “victime", selon ses mots, "d’accords politiques entre amis”. La députée macroniste sortante de la Marne repart en campagne à Reims face à une ancienne collaboratrice de Sarkozy, Laure Miller.

Et même Pierre Cabaré, pourtant visé par une plainte pour agression sexuelle et harcèlement moral en Haute-Garonne, laisse sous entendre qu’il compte rempiler dans un tweet énigmatique: “En politique il ne suffit pas d'avoir de l'appétit, il faut aussi avoir de l’estomac”, écrit-il.

Claire O’Petit, pas réinvestie elle non plus, renonce à une dissidence dans l’Eure dans une lettre adressée à ces “messieurs (...) parisiens”, fustigeant le cumul de mandats de certains. Paye-t-elle la séquence malheureuse des cinq euros d'APL du début du quinquennat, au profit de François Ouzilleau, "qui trouve même du temps pour aller en plus donner des cours à Paris..."?

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En Macronie, on espère que l’émotion va retomber et que les séditieux se compteront sur les doigts d’une main. D’ici le 20 mai, date de clôture des candidatures, les choses ont encore le temps de bouger et de s'apaiser.

Mais contrairement à 2017, aucune commission d’investiture n’a, cette fois, été formellement réunie pour régler les conflits. Autour de ces annonces de nouvelles têtes, des critiques montent pour dénoncer une forme d’opacité dans la prise de décision.

Un moine-soldat de LaRem pestait ainsi chez Politico contre le nombre de collaborateurs parlementaires, de conseillers ministériels et autres petites mains du parti investis à la place de sortants “pas déméritants”. “Est-ce le retour de l’ancien monde?”, interroge en ce sens la sortante de Dordogne, Jacqueline Dubois.

Article original publié sur BFMTV.com

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