Législatives : les macronistes entament de longues tractations pour tenter de faire émerger une coalition centrale

Après la surprise du second tour, une nouvelle période d’incertitude s’est ouverte en France. Quelles forces politiques s’imposeront dans l’Assemblée nationale, alors qu’aucun des trois blocs ne peut se prévaloir de constituer la majorité à lui seul ? En tête en nombre de sièges (182, hors divers gauche), le Nouveau Front populaire a été le premier à revendiquer la légitimité pour gouverner. Hier soir, dans la foulée des résultats, ses principaux responsables ont exclu toute concession, devant les caméras. « Le Nouveau Front populaire appliquera son programme. Rien que son programme, mais tout son programme », a prévenu la figure tutélaire des Insoumis, Jean-Luc Mélenchon. « Nous ne nous prêterons à aucune coalition des contraires, qui viendrait trahir le vote des Français et prolonger les politiques macronistes », s’est aussi engagé Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti socialiste.

De leur côté, les forces du camp présidentiel réunies sous la bannière « Ensemble » ont aussi l’intention de rester au centre du jeu de la future Assemblée nationale, à travers un « arc républicain ». « Il faudra inventer quelque chose de neuf, de grand, d’utile », a appelé dimanche soir le Premier ministre Gabriel Attal, évoquant une « offre politique nouvelle ». Le patron de Renaissance, Stéphane Séjourné, a tendu la main à « l’ensemble des partis républicains », mettant de côté « Jean-Luc Mélenchon et un certain nombre de ses alliés ».

« Une alliance qui nous permette, sur des projets très clairement identifiés, de pouvoir gouverner le pays »

« Tout le monde va appeler tout le monde. Ne prévoyons pas dans l’immédiat ce qu’il peut se passer, il faudra sans doute du temps », anticipait ce matin sur notre antenne François Patriat, le patron des marcheurs au Sénat. « On ne peut pas dire que c’est notre programme, que notre programme et tout notre programme. Je demande à chacun de l’humilité. Il y a un chemin aujourd’hui important pour que ces forces centrales soient capables d’avoir une coalition de projets », veut croire le sénateur Renaissance Martin Lévrier, qui souligne que « personne n’a gagné ».

Président sortant des députés Renaissance, Sylvain Maillard annonce que sa famille a déjà commencé à prendre contact avec « les différents responsables de l’arc républicain », pour savoir « ce qu’ils souhaitent porter ». « Nous ce qu’on propose, c’est une alliance, qui nous permette sur des items et des projets très clairement identifiés, de pouvoir gouverner le pays dans les trois prochaines années », a résumé le député de Paris. La majorité sortante « Ensemble », qui réunit Renaissance, le Modem et Horizons, doit en parallèle se structurer de l’intérieur. « Ça va prendre forcément du temps pour que nous puissions avoir une base programmatique, ce n’est pas la culture de la France de construire des coalitions, des alliances […] On est partis probablement pour plusieurs semaines de discussions », a prévenu Sylvain Maillard, à nos confrères de LCP.

En fonction de leur ascendance, les différentes chapelles d’Ensemble n’ont d’ailleurs pas les mêmes conceptions du barycentre du nouvel hémicycle. Dans l’aile gauche de Renaissance, les regards sont naturellement tournés vers leurs voisins, en particulier socialistes. « La France a aussi un nouveau visage et de toute évidence la sociale démocratie a une place essentielle dans la vie politique de notre pays. J’en tirerai les conséquences », annonçait hier Sacha Houlié, après sa réélection dans la Vienne. Selon France Info, l’ancien président de la commission des lois aurait envoyé un message à plusieurs de ses collègues, en vue de créer un nouveau groupe. Clément Beaune, membre du bureau exécutif de Renaissance, a également insisté sur l’importance de la « social-démocratie » pour les prochains mois.

Les parlementaires venus de la droite lorgnent logiquement vers les Républicains, qui ont plutôt bien résisté à la tempête des législatives. Le député du 16e arrondissement de Paris, Benjamin Haddad souligne ce lundi que « le pays n’est pas à gauche ». « En travaillant avec les Républicains, en respectant l’indépendance de chacun, nous pouvons créer un bloc central qui sera premier à l’Assemblée nationale », assure cet ancien secrétaire national de l’UMP. À imaginer qu’une telle alliance se réalise, Ensemble, LR et quelques divers droite ne pourraient compter qu’environ 230 voix, pas assez pour constituer une coalition suffisamment robuste. Sous 289 voix, c’est s’exposer à l’adoption d’une motion de censure.

« Le pays est à droite. On doit gouverner à droite » défend Gérald Darmanin

Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, qui s’est rendu à l’Assemblée nationale après son élection dans le Nord, n’y va pas non plus par quatre chemins : « Le pays est à droite. On doit gouverner à droite. » L’ancien LR a déjeuné avec une trentaine de députés de son camp ce midi, selon l’Opinion.

À droite, les appels du pied des députés d’Ensemble se soldent généralement par des refus catégoriques. Laurent Wauquiez, qui pourrait prendre la présidence du groupe LR en vue de 2027, a fait savoir hier qu’il n’y aurait « ni coalition, ni compromission ». Le sénateur LR Roger Karoutchi évacue tout de suite l’hypothèse d’une coalition qui irait jusqu’à la gauche : « Il faut que l’on soit d’accord sur un certain nombre de lignes politiques, de projets, de réalités. Quand j’entends Olivier Faure ou Marine Tondelier, je me dis que l’on ne peut pas gouverner avec eux. » Mais l’ancien premier vice-président du Sénat se montre aussi conscient des risques qu’il y aurait à intégrer ce type d’alliance. « Les Français vont se dire qu’on leur vole leurs élections. Si Emmanuel Macron redissout dans un an, tous ceux qui ont été dans un gouvernement dans des conditions pareilles seront balayés. La présidentielle de 2027, c’est champ libre pour Marine Le Pen. »

Le député Thibault Bazin imagine un groupe LR qui appuierait seulement les textes qui « vont dans le bon sens ». « Pas de chèque blanc, pas d’obstruction », nous résume-t-il. Finalement, peu de LR appellent à soutenir le bloc central, à l’image du sarkozyste Franck Louvrier.

Ancienne figure de LR, Jean-Pierre Raffarin glisse sur le réseau X une suggestion : « Il nous faut un gouvernement à durée limité (par exemple 12 a 18 mois) construit exclusivement autour de 3/4 textes législatifs majeurs capables d’obtenir le vote du grand arc républicain ».

Un scénario qu’imagine le constitutionnaliste Benjamin Morel. « L’objectif, c’est de faire passer un budget, on pourra déjà être content. Quelques textes emblématiques pourront passer, mais malgré tout, on ne pourra pas faire passer de grands textes. On a forcément une coalition qui est fragile, précaire. Il va falloir légiférer le moins possible », pressent le maître de conférences en droit public à l’Université Paris II Panthéon Assas.

C’est dans ce contexte incertain que Gabriel Attal a été maintenu à son poste ce lundi par l’Élysée, afin d’assurer la continuité, dans la perspective d’un été marqué par les Jeux olympiques. Emmanuel Macron attend notamment la « structuration » de la nouvelle Assemblée nationale avant de sortir du bois. Les groupes politiques ont jusqu’à 18 juillet pour se constituer.