Législatives: A l'Assemblée, une rentrée dans le calme avant la tempête

POLITIQUE - Une écharpe tricolore, des cocardes républicaines, le règlement intérieur de l’Assemblée nationale... le cartable des nouveaux députés est prêt: c’est la rentrée.

Le Palais Bourbon accueille ses parlementaires à partir de ce lundi 20 juin, au lendemain du second tour des élections législatives. Si le gros des troupes doit prendre possession des lieux en milieu de semaine, les bons élèves sont présents dès l’ouverture des portes. A ce petit jeu, c’est le futur ex-maire de Poissy, Karl Olive, élu dans les Yvelines, qui arrive le premier.

Un peu avant huit heures, nous dit-il, pas peu fier d’entrer dans la maison du peuple, cravate rose ajustée et souliers vernis. “C’est une émotion particulière, un message envoyé à tous les jeunes qui veulent devenir député”, appuie-t-il, en pensant à ses parents, d’origines modestes. En réalité, ce lundi, l’Assemblée nationale prend des airs de colonie de vacances joyeuse où les petits nouveaux, parfois perdus, sont guidés par les anciens.

L’heure des embrassades

Le résultat des élections? Un pays ingouvernable? La percée de l’extrême droite? Loin des bouleversements politiques de ces dernières instants, l’heure est aux sourires, aux congratulations, aux photos dans l’hémicycle et autres rites initiatiques d’usage. Comme si de rien n’était, ou presque.

“La star!”, s’amuse ainsi Maud Bregeon, la nouvelle députée Ensemble! des Hauts-de-Seine, quand elle devine son collègue Karl Olive au milieu d’une nuée de caméras. Tous se félicitent chaleureusement au milieu de la salle des quatre colonnes. Dehors, même atmosphère légère. La cour d’honneur du Palais Bourbon compte, en permanence, trois fois plus de journalistes que de députés.

“C’est vous qui allez me guider”, s’amuse d’ailleurs Benjamin Lucas en arrivant au pied de la rampe qui mène à l’une des entrées principales. Le coordinateur du petit mouvement Génération.s (allié à Europe-Ecologie les Verts) est le nouveau député de la 8e circonscription des Yvelines. Difficile pour ce proche de Benoît Hamon de cacher sa “joie”, son ”émotion” au moment d’entrer à l’Assemblée.

Mêmes sentiments pour Violette Spillebout, la nouvelle élue (Ensemble!) du Nord, accompagnée par la plus expérimentée Aurore Bergé à son arrivée. Ou pour François Gerginon, l’un des vingt-huit députés du parti d’Edouard Philippe Horizons. “Félicitations”, lui lance son collègue Denis Masséglia du MoDem en le croisant dans les jardins du Palais: “tu as vu, c’est grand hein?”. L’intéressé acquiesce dans un sourire, avant de se prêter au jeu des photos.

Le RN et la Nupes attendus dans la semaine

Comme eux, la communiste Elsa Faucillon, l’Insoumis Eric Coquerel, l’ancienne ministre Sara El Hairy font leur rentrée ce lundi, cartable au poing. Mais il en manque, beaucoup. Dans quelques heures, mercredi 22 juin, ce sont les députés du Rassemblement national qui prendront possession des lieux, derrière leur cheffe de file Marine Le Pen.

Mais pour l’heure, aucune trace d’eux. Dans les coursives de l’hémicycle, comme dans les discussions des députés présents. Comme si, au fond, l’élection d’une cohorte de 100 personnalités d’extrême droite n’était pas vraiment un événement. Tous préfèrent se renvoyer la balle dans cette cour d’honneur.

D’un côté, Eric Coquerel de la NUPES reproche aux troupes du chef de l’Etat d’avoir favorisé cette poussée avec leur “ni-ni” pendant l’entre-deux-tours. A quelques centimètres de là, sous un soleil voilé mais aveuglant, Erwan Balanant, se dit agacé par ce procès intenté à la Macronie. “Nous on combat l’extrême droite”, fulmine l’élu du MoDem, tout de noir vêtu, face aux caméras. “Par contre, quand on passe son temps à déverser de la haine, on participe à tout cela”, poursuit-il, dans ce ping-pong devenu habituel.

D’autres, au-delà de ces débats, sont plus enclins à parler du combat à venir contre les représentants du Rassemblement national. C’est le cas de Rodrigo Arenas, l’un des quelques députés de gauche présents ce lundi à l’Assemblée nationale. “J’ai l’impression que c’est mon destin”, nous dit, sans ambages, l’ancien patron de la FCPE (la fédération des parents d’élèves), chilien d’origine.

Premiers pas, premier impair

“Mes parents sont devenus clandestins”, quand le dictateur Augusto Pinochet a pris le pouvoir dans les années 1970 au Chili. ”Ils se sont battus” contre l’extrême droite, raconte celui qui avoue son impatience de siéger après “Danton”, “Robespierre” ou “Simone Veil”, “là où se sont passés beaucoup de combats depuis la révolution française”.

“C’est à mon tour désormais. Celles et ceux qui se font emmerder par l’extrême droite aujourd’hui doivent savoir qu’ils ont une écharpe pour les protéger, chaque fois que c’est nécessaire”, nous dit encore l’élu de Paris, après avoir découvert, ému, son écharpe tricolore de député, et juste avant d’être éconduit par un huissier désireux de laisser l’accès aux quatre colonnes libre de toutes âmes. “Désolé, n’hésitez pas à me dire si je fais les choses mal”, s’excuse alors Rodrigo Arenas, avant de s’éloigner pour finir notre discussion.

Malgré le calme apparent au Palais Bourbon en ce lundi de rentrée, le personnel de l’Assemblée nationale a fort à faire pour guider les nouveaux dans leurs premiers pas... et leurs premiers impairs. “Bon, elle a ouvert... mais c’est pas fait pour”, s’impatiente l’un de ces gardes en costume en attendant qu’une députée insoumise termine sa cigarette sur une fausse terrasse de la salle des pas perdus. La clope avant la tempête.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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