Législatives: Jean-Luc Mélenchon et le Parti socialiste, quinze ans d'histoire tumultueuse

Jean-Luc Mélenchon, leader de LFI, le 3 mai 2022 - EMMANUEL DUNAND  © 2019 AFP
Jean-Luc Mélenchon, leader de LFI, le 3 mai 2022 - EMMANUEL DUNAND © 2019 AFP

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Nous sommes en 2008. Le Parti socialiste débat en interne pour renouveler sa ligne politique. Plusieurs programmes sont plébiscités, mais c'est bien celui de l'ancienne candidate à la présidentielle Ségolène Royal qui l'emporte devant Bertrand Delanoë, ancien maire de Paris, et Martine Aubry, actuelle maire de Lille.

C'en est trop pour Jean-Luc Mélenchon. Alors sénateur socialiste de l'Essonne, il quitte ses camarades du PS dont il dénonce la "dérive libérale", pour créer le Front de gauche.

Depuis qu'il a pris ses distances avec les socialistes, celui qui se rêve aujourd'hui en Premier ministre n'a eu de cesse de s'écharper avec son ancien parti.

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Des moments qui lui sont rappelés par certains frondeurs socialistes et autres éditorialistes qui pointent des incohérences politiques au moment où LFI est en passe d'entériner une alliance historique avec le PS.

Le Parti de gauche comme début des tensions

La première alliance de taille de Jean-Luc Mélenchon remonte à février 2009, lorsqu'il fonde le Parti de gauche (PG), et qu'il lance le "Front de gauche", avec les communistes pour les élections européennes de 2009. Le but? Incarner une alternative à l'européisme social démocrate proposé par le Parti socialiste qu'il vient tout juste de quitter.

Très vite, le candidat se positionne en rupture de son ancien parti. Tête de liste pour la région Sud-Ouest aux européennes, le sénateur s'interroge alors sur la gauche à l'ocassion d'un meeting à Figeac (Lot) deux mois avant le scrutin. Voici ce qu'il lance, comme le rapportaient nos confrères de La Dépêche à l'époque:

"Est-ce que les gens de gauche sont prêts à regarder leur parti se faire hara-kiri? Nous, nous proposons un Front de Gauche qui rassemble ceux qui luttent".

Une fois élu au Parlement européen, Jean-Luc Mélenchon, lors d'un bref passage à Toulouse dans le cadre d'un petit tour de France pour remercier ceux qui l'ont soutenu, ne se montre pas plus tendre avec ses anciens amis:

"Sarko est très fort, toujours dynamique, imparable. Face à lui: une opposition guimauve avec un PS qui s'est effondré et ridiculise la gauche".

Front de gauche vs Parti socialiste

Après avoir quitté ses collègues de la rue de Solférino, Jean-Luc Mélenchon connaît une percée médiatique en partie grâce à son livre "Qu'ils s'en aillent tous!", paru en 2010, contre les élites.

Ainsi, il présente officiellement sa candidature à l'élection présidentielle en janvier 2011 avec son mouvement le Front de Gauche, malgré la primaire socialiste en face.

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Fort de sa nouvelle notoriété, l'eurodéputé s'affiche plus taquin que jamais. "Je suis une institution à moi seul", dit-il par exemple en mars 2012 en marge d'un déplacement dans le Val-de-Marne.

Surtout, il n'hésite pas à égratigner le PS au travers de la candidature de son ancien ami et nouveau rival François Hollande. Au lendemain de la victoire de ce dernier à la primaire, il attaque sur Franceinfo:

"Je crains que le programme de François Hollande soit assez court. Proposer comme espérance et comme horizon pour toute la gauche 60.000 postes dans l’Education nationale et des contrats génération, c’est vraiment le tarif super minimum de la gauche".

Et d'ajouter de manière plus incisive:

"L’euro-béatitude mène la France au désastre et lui est un euro-béat enchanté, content de son sort".

Après sa défaite au premier tour avec 11,10% des voix, il n'appelle pas à voter directement Hollande. Il se félicite même après la victoire de la gauche: “Nous avons fait battre, nous le Front de gauche, Nicolas Sarkozy, parce que sans nous, François Hollande n’était pas élu”.

Les sorties de ce type sont régulières tout le temps du quinquennat Hollande. Comme en 2013 lorsque l'ex-premier secrétaire du Parti socialiste, Harlem Désir, se demande si Jean-Luc Mélenchon n'a pas "mâché trop de coca" pendant ses vacances sud-américaines, après ses virulentes critiques contre les socialistes.

"Il cherche à tout prix à attirer la lumière, parfois même au prix de la division de la gauche. Je pense qu'il a tort, qu'il vaut mieux que cette caricature médiatique".

L'opposition continue sous bannière LFI

En février 2016 l'ancien militant socialiste annonce son intention de se présenter à la prochaine élection présidentielle avec une candidature hors parti. LFI est née. Ainsi il ne participe toujours pas à la primaire à gauche, marquant une nouvelle fois sa rupture avec le PS.

Pendant la campagne, il se montre aussi offensif envers son ancien parti. Lors d'un premier débat entre les principaux candidats à l'élection présidentielle, le financement de la campagne est évoqué. Tandis que Benoît Hamon demande des comptes à Emmanuel Macron, de son côté Jean-Luc Mélenchon ironise: "Il faut bien qu'il y ait un débat au PS", provoquant l'hilarité de l'ensemble du plateau.

Le scrutin de 2017 est une revanche pour l'insoumis (19,58%) face au marasme socialiste (6,36%). C'est donc tout naturellement qui se présente aux législatives, pendant lesquelles il est là aussi au coeur de vives polémiques. Jean-Luc Mélenchon dit sur Bernard Cazeneuve pendant la campagne, qu'il s'est "occupé de l'assassinat de Rémi Fraisse".

L'ancien Premier ministre, qui a démissionné du PS pour protester contre le récent rapprochement avec LFI, porte plainte pour diffamation à l'époque.

Tout est prétexte à querelles. Y compris sur Twitter fin 2020. Retweetant la une de l’hebdomadaire L’Obs avec Anne Hidalgo et la mention "Présidentielle: la tentation Hidalgo", le chef de file de LFI accompagnait l’image d'un commentaire ironique :

"Enfin quelqu’un au PS. Quelqu’un qui assume l’ambiguïté avec l’autoritarisme macronien et les connivences avec le monde des affaires"

Quand il est question aujourd'hui d'une alliance avec Mélenchon, quelques socialistes grincent des dents malgré les près 22% de Mélenchon à la présidentielle. Si la nouvelle garde menée par Olivier Faure jure à la non-soumission, les éléphants du parti, eux, n'ont pas la mémoire courte.

Article original publié sur BFMTV.com

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