Législatives en Irak: un taux de participation historiquement bas

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Le taux de participation aux législatives en Irak a atteint 41%, a annoncé tôt lundi matin la commission électorale, soit une abstention plus forte qu'au dernier scrutin de 2018. Les résultats de ces élections sont attendus en principe dans la soirée.

Ce taux initial publié par la Commission électorale est basé sur les résultats dans 94% des bureaux de vote, a souligné la Commission dans un communiqué. En 2018, la participation s'était établie à 44,52% selon des chiffres officiels que les détracteurs estimaient gonflés, pointent nos envoyés spéciaux à Bagdad Murielle Paradon et Boris Vichith.

« Le nombre de votants est de 9 077 779 », a souligné dans un communiqué la Commission électorale. « Le taux de participation préliminaire est de 41% », a-t-elle ajouté. À Bagdad, le taux de participation a évolué entre 31% et 34%, selon les quartiers. Quelque 25 millions d'électeurs étaient appelés dimanche 10 octobre aux urnes pour choisir parmi plus de 3 200 candidats.

Alors que le vote était toujours en cours dimanche, la cheffe de la mission d'observation de l'Union européenne, Viola von Cramon, avait déploré « une participation très faible ». « C'est un signal politique clair, et nous pouvons seulement espérer qu'il sera entendu par l'élite politique », avait-elle ajouté.

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Des bureaux déserts

Les bureaux de vote où nous avons pu aller hier étaient pratiquement déserts, racontent nos envoyés spéciaux à Bagdad. Ce n’est pas étonnant car de nombreux jeunes, qui avaient participé au mouvement de contestation d’il y a deux ans avaient annoncé qu’ils boycotteraient le scrutin. Ils ne croient pas en un changement, ils pensent que les mêmes têtes resteront au Parlement, malgré une nouvelle loi électorale censée favoriser les candidatures indépendantes.

Depuis ce mouvement de contestation de 2019, rien n’a changé effectivement dans leur quotidien, toujours pas d’opportunité de travail, des services publics déplorables, de l’insécurité. Et ce désespoir, on l’a beaucoup entendu ces derniers jours à Bagdad, et pas seulement dans la bouche des jeunes.

Un succès selon Moqtada al-Sadr

Initialement prévues en 2022, les élections avaient été avancées pour calmer la contestation née fin 2019. Réprimé dans le sang - au moins 600 morts et 30 000 blessés -, le mouvement s'est essoufflé après quelques mois. Des dizaines de militants ont été victimes d'enlèvements et d'assassinats, imputés aux factions armées fidèles à l'Iran, au rôle incontournable en Irak.

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L'élection des 329 députés se fait selon une nouvelle loi électorale, qui instaure un scrutin uninominal et augmente le nombre de circonscriptions pour encourager, en théorie, indépendants et candidats de proximité.

Selon des experts, les grands blocs traditionnels devraient préserver leur représentation dans un Parlement fragmenté, où l'absence d'une majorité claire oblige à négocier des alliances. Le turbulent mais influent clerc chiite Moqtada al-Sadr, dont la liste, déjà arrivée en tête en 2018, est considérée comme favorite, s'est d'ores et déjà félicité du « succès » du processus électoral.

En cas de victoire avéré, le courant de Moqtada al-Sadr, ex-chef de milice à la rhétorique anti-américaine, devra encore composer avec les grands rivaux pro-Iran du Hachd al-Chaabi, entrés au Parlement pour la première fois en 2018, surfant sur la victoire contre le groupe Etat islamique (EI).

(et avec AFP)

♦ Analyse

Comment expliquer cette abstention record ?

« Le taux d’abstention intervient dans un contexte où une grande partie de la jeunesse irakienne, de plusieurs figures du mouvement social, ont appelé à un boycott massif des élections, analyse Hasni Abidi, directeur du centre d’études Cermam (Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen), au micro de Nicolas Feldmann. Le deuxième point qui a favorisé ce taux record d’abstention c’est, bien sûr, la stagnation de la vie politique et la campagne électorale, qui est une campagne morose, terne, et qui a été marquée par une loi électorale qui a favorisé plutôt des individus. Le troisième point qui est à mon avis important est qu’il y a une certaine prise de conscience de la part d’une majorité des Irakiens que, tant que cette offre politique ne change pas, le système politique non plus, ne va pas changer avec cette nouvelle élection ».

Quant à savoir à qui va bénéficier cette abstention record, pour Hasni Abidi, « la grande question aujourd’hui c’est est-ce que l’Iran sortira vainqueur ». Selon lui, la crainte de voir les Iraniens consolider leurs relations avec les partis traditionnels en Irak va plutôt se renforcer.

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