Élections législatives en Irak: vers une forte abstention?

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Quelque 25 millions d’Irakiens étaient appelés à renouveler leurs 329 députés ce dimanche 10 octobre, dans le cadre de législatives anticipées. Ce vote avait lieu deux ans après les protestations massives de jeunes, réclamant du changement, la fin de la corruption, des emplois, des services publics décents. Un mouvement largement réprimé.

Avec nos envoyés spéciaux à Bagdad, Murielle Paradon et Boris Vichith

Globalement, il n’y a pas eu de gros incidents ou de violences, comme on pouvait le craindre dans ce pays en proie à l’instabilité.

D’importantes forces de sécurité avaient été déployées : de nombreux policiers contrôlant les entrées des bureaux de vote, des forces spéciales déployées le long du Tigre à Bagdad, des avions de chasse, même, survolant la ville pour montrer que ces élections se déroulaient en toute sécurité.

Il y a eu en revanche quelques incidents techniques dans les bureaux de vote, avec un nouveau système contrôlant électroniquement l’identité des électeurs. Ça n’a pas toujours bien fonctionné. Système voulu pour renforcer la légitimité de ces élections, supervisées par ailleurs par des observateurs internationaux, dans ce pays qui a connu des fraudes dans le passé.

Pour l’instant, on ne connaît pas les chiffres de la participation. Dans la matinée, il y avait très peu de monde dans les bureaux que nous avons pu visiter, un peu plus dans l’après-midi selon les images diffusées par les médias irakiens.

On peut s’attendre à une abstention importante, de la part des jeunes notamment, qui ont manifesté il y a deux ans et qui ne pensent pas que ces élections puissent apporter un quelconque changement dans le pays.

► Écouter sur RFI : Pour Arthur Quesnay, « ces élections devraient renouveler l'ordre politique »

Si ces élections étaient organisées de manière anticipée pour répondre aux demandes des jeunes, beaucoup ne sont, de fait, pas allés au bureau de vote. Ahmed, par exemple, a participé au mouvement, mais il est sans illusion sur un possible changement dans son pays, et sans illusion sur son avenir.

« J’ai participé, dit-il, aux manifestations pour réclamer de bons services publics, des opportunités de travail. Beaucoup de jeunes sont au chômage. Il n’y a pas d’opportunité. Par exemple, mon frère et moi, on est diplômés et on n’a pas de vrai boulot. Mon frère, qui a un magistère, travaille dans un café à préparer les narguilés. »

Mustafa aussi a boycotté le scrutin. Il ne croit pas en un changement par les urnes. Mais reprendre les manifestations lui parait difficile à imaginer, il a peur des représailles.

« Ça a laissé des traces, le fait que beaucoup de manifestants aient été arrêtés, confie-t-il. Certains ont disparu, d’autres ont été assassinés. Les groupes qui ont fait ça sont connus des autorités, mais le gouvernement ne fait rien. Si vous allez dans des manifestations, vous êtes arrêté et on vous emmène. Si on ose critiquer une personne au gouvernement, on est immédiatement menacé. »

Pour le changement en Irak, Mustafa s’en remet aux générations suivantes. C’est son seul espoir, explique-t-il, lui qui’ n’a pourtant que 25 ans.

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