Législatives françaises: la droite affaiblie et tiraillée avant d'aborder le scrutin

Le parti Les Républicains (LR) donne, ce week-end du 7-8 mai, le coup d'envoi de sa campagne pour les législatives en réunissant son Conseil national à Paris. Mais la bataille s'annonce difficile et les troupes sont inquiètes et divisées après la troisième défaite consécutive de la droite à la présidentielle.

LR compte aujourd'hui 101 députés. C'est le premier groupe d'opposition à l'Assemblée nationale. Mais qu'en restera-t-il le 19 juin, au soir du second tour des prochaines élections législatives ? « En 2017, malgré les 20% de François Fillon, la droite avait pris une raclée aux législatives », rappelle une présidente de région LR. « Cette fois-ci, ça va être encore pire », prédit-elle après les 4,8% de Valérie Pécresse au premier tour de l'élection présidentielle 2022.

D'ailleurs, plusieurs dizaines de candidats investis par Les Républicains ont finalement jeté l'éponge ces dernières semaines. Ils n'ont pas envie de payer les pots cassés de la présidentielle ni de finir endettés personnellement s'ils n'atteignent pas les 5% nécessaires pour être remboursés par l'État de leurs frais de campagne. Quant à ceux qui vont à la bataille, ils effacent le logo du parti de leurs affiches, misant tout sur leur ancrage local.

Comment sauver sa peau ?

Au sein des députés LR, deux camps s'opposent sur la conduite à adopter pour sauver sa peau. La ligne officielle et majoritaire au sein du parti est de rester indépendant. Pas question de rejoindre la majorité présidentielle ni de frayer avec l'extrême droite. Le patron du parti, Christian Jacob, le répète inlassablement : il n'y aura pas de double appartenance. « On ne peut pas être LR et majorité présidentielle, on ne peut pas être LR et Reconquête (le parti d'extrême droite d'Éric Zemmour, ndlr), on ne peut pas être LR et Horizons (le parti d'Édouard Philippe, allié d'Emmanuel Macron, ndlr) », a-t-il encore martelé cette semaine. C'est aussi la ligne défendue par l'aile droite et par la jeune garde de LR qui aimeraient bien mettre la main sur le parti après les législatives.

D'autres députés LR réfléchissent, eux, à s'arrimer à la majorité présidentielle. L'ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, s'active en coulisses depuis des mois pour négocier un accord de coalition avec Emmanuel Macron. Le chef de l'État l'aurait reçu cette semaine à l'Élysée. Et plusieurs figures de LR ont aussi défendu cette idée : des maires, des présidents de région, et même le trésorier du parti, Daniel Fasquelle. « Il faut être intelligents. Si Emmanuel Macron propose une réforme des retraites, il ne faudra pas s'y opposer juste parce que ça vient de lui », affirme le maire du Touquet, qui a finalement renoncé à candidater aux législatives. « Quand on regarde les résultats de notre candidate au premier tour de la présidentielle, on ne peut pas dire que tout va bien et qu'on ne va rien changer », assène-t-il.

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Hésitations et calculs d'apothicaire

Depuis plusieurs semaines, la droite murmure qu'une vingtaine de députés LR sortants seraient prêts à sauter le pas et s'allier à la majorité présidentielle. Par proximité idéologique, mais surtout par calcul électoral local. Il y a ceux qui, en contact avec des ministres macronistes venus de la droite, espèrent ne pas avoir de candidat de la majorité en face d'eux. Et ceux qui réfléchissent carrément à prendre les couleurs de la majorité présidentielle.

Le député Robin Reda, ancien porte-parole de Valérie Pécresse et candidat dans l'Essonne, reste lui ambigu : « Je pense qu'il faut trouver des points d'accord. Je ne suis pas qualifié aujourd'hui pour vous dire si c'est dans une majorité, dans l'association à une majorité ou dans une opposition constructive. Les Républicains, en tous cas, ne peuvent pas s'emmurer dans une stratégie d'indépendance qui ne porte pas de projet politique. »

Macron a les clés

Et que va faire Emmanuel Macron ? C'est ce qu'il reste à savoir. Depuis plusieurs semaines, les quelques 80 députés LR candidats à la réélection se reniflent, tâtent le terrain, font leurs calculs au niveau local, hésitent. Chacun négocie dans son coin et tout le monde est dans le brouillard. Y aura-t-il un mouvement coordonné de députés LR vers la macronie ? D'après le journal Le Figaro, ils seraient finalement moins de 10 députés LR sortants à briguer leur succession sous les couleurs de la majorité présidentielle en juin.

D'autre part, combien de députés LR seront épargnés dans leur circonscription ? Lesquels ? Avec quelle contrepartie ? L'un des premiers à avoir porté l'idée de travailler avec Emmanuel Macron, le député de l'Yonne Guillaume Larrivé, a finalement un député marcheur face à lui. C'est dans les prochains jours, en dévoilant le casting de son gouvernement et surtout la totalité les candidats investis par sa confédération de partis pour les législatives, qu'Emmanuel Macron donnera les premières pistes de cet acte 2 de la recomposition politique.

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