Législatives françaises: discussions autour de LFI, le PS plutôt ouvert, des blocages avec EELV

Des insoumis aux socialistes, en passant par les écologistes et les communistes, la gauche française réussira-t-elle à s'unir pour les législatives, à défaut d'avoir d'avoir pu le faire pour la présidentielle ? À six semaines des scrutins, la question est plus que jamais d'actualité. À la manœuvre : LFI, qui veut rassembler. Le PS est plutôt d'accord, mais cela coince du côté d'Europe écologie-Les Verts.

Fort d'un très confortable 22% au premier tour de l'élection présidentielle, le dirigeant de La France insoumise (LFI), Jean-Luc Mélenchon, veut transformer l'essai et unir la gauche autour de lui.

Son parti a commencé des tractations à gauche pour les législatives de juin prochain. Objectif : obtenir la majorité à l'Assemblée, explique Pierre Olivier, du service politique de RFI.

Du côté du Parti socialiste (PS), cela fonctionne. C'est très satisfait que le porte-parole du parti de la rose, Pierre Jouvet, est ressorti mercredi matin d'une réunion avec les Insoumis.

« Nous avons eu une discussion constructive, permettant de voir et de considérer qu'il n'y avait pas entre nous de point de blocage insurmontable », expose-t-il.

Car pour mener l'union, la France insoumise pose ses conditions et exige de prendre comme base son programme présidentiel. Manuel Bompard, négociateur en chef du parti, distribue les bons points :

« Honnêtement, confie-t-il, on n'avait pas l'impression de discuter avec le même Parti socialiste qu'il y a deux ou trois ans de ça. »

« Nous demandons que les écologistes aient un groupe à l'Assemblée »

Avec Europe écologie-Les Verts (EELV), en revanche, les choses sont plus compliquées. Les désaccords portent sur le nombre de députés, mais aussi sur le programme.

En ce qui concerne Europe écologie-Les Verts, sur les dernières heures, il y a un certain nombre de difficultés et j'espère qu'elles pourront être clarifiées. Mais pour nous, pour l'instant, le point de blocage, il est programmatique. Il y a des points sur lesquels, lors de notre premier échange, il nous avait été dit qu'il n'y avait pas de difficulté, et sur lesquels on s'est rendu compte au fur et à mesure qu'on discutait que finalement, il y avait des difficultés. La question du blocage des prix, notamment du blocage des prix du carburant, sur lequel on nous avait dit initialement "il n'y a pas de difficultés, on est d'accord", maintenant on nous dit "finalement, c'est plus compliqué que ça". La balle, elle est dans leur camp sur ce sujet. On leur demande de clarifier ces différents points, et si ces points sont précisés, on pourra continuer cette discusion.

Réponse dans l'après-midi du côté d'EELV, qui tenait un point presse sur l'avancée des négociations. Pour le dirigeant du parti, Julien Bayou, le blocage viendrait non pas du programme, mais bien du nombre de députés où LFI laisserait des écologistes représenter son union populaire.

Nous demandons que les écologistes aient un groupe à l'Assemblée, ça correspondrait à environ un écologiste pour cinq députés insoumis, ça fait 20%. Ce n'est pas déraisonnable, c'est la proposition qui est sur la table, libre à La France insoumise de la refuser, si elle le souhaite. Elle est parfaitement souveraine. Simplement, ce serait incohérent de dire "nous refusons la proposition des écologistes et nous prétendons quand même arriver à une majorité dans le pays". Parce que si nous voulons aller chercher des majorités dans chacune des 577 circonscriptions, il faut additionner les électorats. Le 10 avril, c'est ce qui a manqué à la stratégie de La France insoumise pour parvenir au second tour.

Pour Alain Coulombel, membre de la direction d'EELV, les insoumis rejouent même, sans le dire, le scénario de 2017, lorsqu'ils refusaient tout accord ou négociation avec leurs potentiels alliés.

« On a le sentiment, parfois à l'heure d'aujourd'hui, que La France insoumise revient à des réflexes hégémoniques de 2017 », confie-t-il.

Ces désaccords irritent LFI. Le parti présentera ses candidats samedi prochain, alors qu'aura lieu, au même moment, un congrès des écologistes consacré aux législatives.

►Invité du matin : « Nous pouvons gagner collectivement les législatives en respectant nos identités »

Les anciens candidats peu enclins à participer, sauf peut-être Roussel

Toutes ces discussions se déroulent sans les ex-candidats des formations politiques concernées, pas toujours sur la même longueur d'ondes que leur parti, explique Aurélien Devernoix, du service politique de RFI.

Tous rassemblés derrière Jean-Luc Mélenchon, par exemple, c'est « non merci » pour Yannick Jadot, qui veut que sa famille politique garde toute son autonomie, ou ce sera sans lui.

De quoi susciter un léger embarras du côté de la direction d'EELV, où l'on met ces déclarations sur le compte de la déception de la présidentielle et des rivalités qu'elle a suscitées.

Côté PS, idem : Anne Hidalgo a mis en garde contre « tous les populismes » dès le soir du second tour. Le PS s'attend à une volée de critiques des proches de la maire de Paris, si les négociations continuent.

Là encore, la direction tente de ménager les susceptibilités, tout en rappelant qu'Anne Hidalgo n'a pas voulu intégrer le comité chargé de préparer les législatives.

En revanche, du côté du Parti communiste français (PCF), Fabien Roussel semble davantage en phase avec ses négociateurs chez LFI. Mais après chaque réunion importante, il fait entendre sa propre mélodie lors de conférences de presse, autant destinées à ses troupes qu'à ses potentiels partenaires de la gauche.

Bref, pas facile pour les ex-candidats de repasser dans l'ombre, après avoir vécu sous le soleil de la présidentielle. Mais ce sont désormais les appareils qui discutent.

►Mardi politique : Manon Aubry, porte-parole de Jean-Luc Mélenchon

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles