Législatives, financement... Les défis qui attendent Le Pen et le RN après l'échec au second tour

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Marine Le Pen lors d'une conférence de presse le 13 avril 2022 à Paris  - Emmanuel DUNAND © 2019 AFP
Marine Le Pen lors d'une conférence de presse le 13 avril 2022 à Paris - Emmanuel DUNAND © 2019 AFP

Début janvier, Éric Zemmour s'était payé Marine Le Pen, raillant une "Arlette Laguiller de la droite nationale" et fustigeant sa "candidature de routine". Référence au record détenu par la figure de Lutte ouvrière, qui fut à six reprises consécutives sur les rangs pour accéder à la magistrature suprême, entre 1974 et 2007.

Quatre mois après le sarcasme et une défaite cuisante pour Éric Zemmour au premier tour, la candidate d'extrême droite n'a pas passé la barre du second, auquel elle a accédé pour la deuxième fois après 2017, et une première candidature à la présidentielle en 2012. Elle a récolté 41,4% des voix ce dimanche 24 avril, contre 58,6% en faveur d'Emmanuel Macron, selon les estimations d'Elabe pour BFMTV et L'Express, avec notre partenaire SFR.

"Dans cette défaite, je ne peux m'empêcher de sentir une forme d'espérance", a réagi dimanche soir la finaliste depuis le pavillon d'Armenonville à Paris. "Plus que jamais, je poursuivrai mon engagement pour la France et les Français", a-t-elle promis, indiquant lancer "ce soir la grande bataille électorale des législatives", qu'elle mènera "au côté de Jordan Bardella", a-t-elle dit sans davantage s'étendre. "Le score historique de ce soir place notre camp dans d'excellentes dispositions pour obtenir un grand nombre de députés en juin prochain", s'est aussi félicitée Marine Le Pen.

"Hélas, hélas, hélas, c'est la huitième fois que la défaite frappe le nom de Le Pen", a cinglé dimanche soir Éric Zemmour, appelant toutefois "le bloc national à s'unir et se rassembler" en vue des législatives.

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"On est à fond présidentielle"

La défaite désormais actée, la question se pose avec une acuité accrue. Que va précisément faire Marine Le Pen, candidate à la présidentielle déclarée depuis janvier 2020, qui avait transmis le temps de la campagne la présidence du parti à l'eurodéputé Jordan Bardella? Va-t-elle rempiler pour un second mandat de députée du Pas-de-Calais?

"A priori, je ne me représenterai pas (à la présidentielle, NDLR). Mais je continuerai à faire ce que je fais depuis des années, à savoir défendre les Français. Je ne sais pas à quel poste, mais à celui où je serai la plus performante", avait lâché Marine Le Pen de manière sibylline fin mars auprès du Journal du dimanche, interrogée sur ce qu'elle ferait en cas d'échec.

"Marine a 53 ans et elle va continuer le combat d'une manière ou d'une autre", assurait jeudi Thibaut de La Tocnaye, conseiller régional Rassemblement national (RN) du Centre-Val de Loire, estimant qu'elle avait fait montre d'une "ténacité assez impressionnante".

"Elle a encore des étapes importantes devant elle", jugeait le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste de l'extrême droite, dans l'entre-deux-tours.

Officiellement au RN, on n'avait pas la tête aux législatives, quelques jours avant le second tour. "On est à fond présidentielle", garantissait Philippe Ballard, porte-parole du RN, joint par BFMTV.com vendredi. "Les législatives, on n'y pense pas vraiment. On est obsédé par la présidentielle", corroborait aussi un proche conseiller de la candidate. Avant que ledit conseiller ne prenne la tangente, direction le quartier général de campagne pour préparer une réunion sur... les législatives.

L'obtention d'un groupe à l'Assemblée en ligne de mire

En dessous du vernis, le RN prépare les élections législatives de longue date. Avec la ferme intention de s'étendre. En 2017, en dépit de la qualification de Marine Le Pen au second tour, le parti n'avait réussi à faire élire que huit députés à l'Assemblée nationale - dont Marine Le Pen qui y avait fait son entrée pour la première fois.

La formation avait échoué à réunir les 15 élus nécessaires pour constituer un groupe et jouir d'un certain poids politique au Palais-Bourbon. Les huit parlementaires (en comptant Emmanuelle Ménard) constituaient néanmoins un nombre inédit depuis les législatives de 1986, à l'issue desquelles 35 députés frontistes avaient été élus à la faveur d'un scrutin proportionnel voulu par François Mitterrand.

Alors que ce 24 avril, le RN a obtenu le score le plus élevé de l'extrême droite à un second tour de présidentielle sous la Ve République, le nombre de députés du parti d'extrême droite pourrait aussi considérablement s'accroître.

"Les législatives se préparent depuis septembre. La commission nationale d'investiture délivre au fil des semaines des investitures", admettait Philippe Ballard auprès de BFMTV.com, qui lâchait finalement: "On se met en ordre de bataille", même avant le second tour de la présidentielle.

"Quand on regarde la carte de France du premier tour, on se dit que le groupe c'est possible", veut croire le porte-parole du parti qui indique qu'à ce stade, "quasiment toutes les investitures sont données".

"Pas d'alliances de partis" aux législatives

Mardi, Éric Zemmour a proposé "la création d'une grande coalition des droites et de tous les patriotes pour les prochaines législatives", assurant qu'il tendait "la main au Rassemblement national, aux Républicains qui refusent le macronisme et à Debout la France". Si l'ancien polémiste a appelé à voter pour Marine Le Pen au second tour, les relations ont été houleuses au cours de la campagne.

"Il n'y aura pas d'alliances de partis, il y aura des candidats Rassemblement national partout", a opposé jeudi Jordan Bardella sur BFMTV-RMC. "Le temps des législatives viendra", a-t-il ajouté. "La majorité que nous souhaitons créer dépassera les frontières du Rassemblement national", a-t-il toutefois entrouvert.

Le RN, plus largement, veut se projeter vers les élections intermédiaires. "Quand on a des maires RN, ils sont réélus, plébiscités. On sait faire quand on est aux manettes", argue Sébastien Chenu, s'appuyant sur les exemples de Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) et Beaucaire (Gard), dirigées par Steeve Briois et Julien Sanchez.

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Renflouer les caisses

Les élections à venir, outre au plan strictement politique, sont d'autant plus cruciales car le RN est financièrement exsangue. "Nous sommes un parti pauvre", a d'ailleurs asséné Marine Le Pen mercredi soir, lors du débat d'entre-deux-tours.

"On a un gros sujet sur la reconstruction du parti. Les comptes sont à sec, on a du mal à rembourser le prêt de 2015", admet un député.

Si l'attention médiatique s'est concentrée sur des figures du RN parties chez Reconquête au fil de la campagne, comme Marion Maréchal ou Nicolas Bay, le transfert d'élus locaux, conseillers départementaux, est lui, passé relativement inaperçu.

"De manière générale, ceux qui veulent partir, partent. Mais ils partent maintenant", avait cinglé Marine Le Pen fin janvier depuis Madrid, alors que le départ de Nicolas Bay était imminent. "Ces départs-là, nous on les regarde, mais les gens ne l'ont même pas vu", commentait Philippe Olivier début avril.

"On s'est beaucoup concentré sur les départs des cadres connus vers Éric Zemmour, mais beaucoup de militants, de cadres départementaux sont partis aussi... Il y a des fédérations sans plus personne, notamment dans le Sud", observe Jean-Yves Camus.

Positionnement politique

Sous le calme affiché des vieilles troupes, les départs à destination de la formation d'Éric Zemmour et leurs conséquences sont scrutés, pas seulement quant aux finances. "On va avoir un problème de positionnement à un moment. Comment on se fait entendre pendant cinq ans face à Éric Zemmour si on garde notre stratégie de la sérénité? Je sais pas trop", jugeait un lieutenant de la campagne.

Dans l'immédiat, Marine Le Pen, qui a encore grignoté des voix depuis 2017, gagnant 7,5 points, a dimanche soir reconnu sa défaite, tout en saluant un résultat qui selon elle "représente en lui-même une éclatante victoire".

"Quand vous faites 45% des voix à un second tour de la présidentielle, vous êtes en position de réclamer la place de principal opposant", estimait jeudi Jean-Yves Camus, en se basant sur les intentions de vote. Intentions qui n'ont finalement pas été concrétisées dans les urnes, mais s'en approchent.

Quoi qu'il advienne par la suite, et particulièrement aux législatives, le politologue rappelle la "capacité de résilience" du parti et celle "à encaisser les coups": "Ce sont des gens qui tambourinent à la porte du pouvoir depuis trente ans." Et qui, en 2022 comme en 2017, n'ont pas été loin de s'en emparer. Marine Le Pen l'a d'ailleurs claironné dimanche soir: "Enterrés, nous l'avons été mille fois, et mille fois, l'histoire a donné tort à ceux qui prévoyaient ou espéraient notre disparition."

Article original publié sur BFMTV.com

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