Législatives: derrière l'unité de la Nupes, des fissures entre socialistes, communistes et insoumis

L'Insoumis Jean-Luc Mélenchon s'exprime lors de la première convention de la
L'Insoumis Jean-Luc Mélenchon s'exprime lors de la première convention de la

Dans les Docks d'Aubervilliers, l'union de la gauche se prononce "nu" et s'écrit avec le "V" de la victoire. À six semaines du premier tour des législatives, La France insoumise a réussi à rassembler -non sans mal- socialistes, écolosites et communistes derrière elle et la photo de famille prise pendant la première convention de la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes) samedi 7 mai est venue immortaliser ce qui semblait totalement impossible avant la présidentielle.

Sous les "Union populaire!" scandés par l'assemblée, Olivier Faure (PS), Julien Bayou (EELV) et Fabien Roussel (PCF) se sont affichés ensemble en rang d'oignons derrière Jean-Luc Mélenchon et ses équipes.

Mais au milieu du concert d'enthousiasme et d'euphorie de participer à l'écriture "d'une page de l'histoire politique de la France", comme l'a salué Mélenchon, les premières notes dissidentes s'entendent déjà.

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Une convention très LFI

Couleurs, musique, disposition... La cérémonie d'investiture de la Nupes avait des airs de déjà-vu. Pour ceux qui ont suivi les meetings du leader Insoumis, beaucoup de repères visuels sont identiques. Jusqu'au pupitre en avant scène et les chaises derrière pour le "parlement" populaire, où les premiers secrétaires écologiste et socialiste étaient assis. Pareil pour la police du nouveau logo.

Chez LFI, on assume dans un sourire, la prédominance de la patte de l'Union populaire sur l'identité des autres partis: "Bah, ils ont tout accepté!", nous répond-on. Comme dans ses meetings également, le leader Insoumis est arrivé juste avant son discours et est reparti immédiatement après. Une position de surplomb et de leader bien appuyée, jusque-là acceptée par ses partenaires.

Même observation dans le fond du discours. Une fois évacuée la fierté du rassemblement, les thèmes s'expriment dans la bouche de Jean-Luc Mélenchon comme ils s'écrivent sur les pages de son programme. Santé, environnement, eau, rupture avec le capitalisme, logements...Les modifications liées à l'élaboration d'un programme commun après l'accord trouvé entre les forces sont imperceptibles.

Un socialiste présent qui a participé aux négociations n'y voit pas de danger: "La santé, les inégalités... C'est la preuve qu'il fallait faire l'union, c'est un discours socialiste!", estime-t-il. "Il a même parlé de crimes de guerre en Ukraine", souligne-t-il, visiblement soulagé.

Il ajoute: "En écoutant ce discours, je me suis dit que ma place est ici, je ne regrette rien. (...) Ceux qui ont réussi l'accord, c'est la nouvelle génération. On a décidé d'écrire notre propre histoire. On a décidé de ne plus faire ce qu'on nous disait de faire. Ma place est ici!"

La bonne excuse de Roussel

Un, cependant, n'aura pas suivi ce grand discours. Juste après être passé au pupitre comme les autres têtes de partis, Fabien Roussel n'est pas resté pour le grand raout. "C'était prévu" jure son équipe. Pas tant que ça, quand on interroge celle des Insoumis immédiatement après. Après l'étonnement, l'événement est vite glissé sous le tapis. L'Union populaire ne souhaite pas de bémol après cette journée inédite.

Quelques minutes plus tard, le chef de file communiste tweete qu'il a dû quitter cette convention, sans attendre le discours du troisième homme de la présidentielle pour... célébrer le mariage d'administrés.

Fin de l'événement? Un proche de Jean-Luc Mélenchon finit par concéder: "Fabien Roussel n'était pas pour cet accord. Il a trainé des pieds. Il a été rappelé à l'ordre par certains de ses députés car ça n'avançait pas assez vite. Il voulait un accord a minima, ou un pacte de non-agression."

"Donc qu'il soit parti après son discours...Oui, ça peut avoir une explication politique", nous confie-t-on.

Circonscriptions en éruption

Si l'union s'est maintenue métro "front populaire" samedi en Seine-Saint-Denis, il est en passe de craquer à huit kilomètres de là, dès le lendemain.

Ce dimanche, Lionel Jospin est venu apporter un soutien remarqué à la socialiste Lamia El Aaraje. Selon lui, elle est la "candidate légitime" dans la 15e circonscription de Paris où elle envisage de se présenter en dissidence contre l'Insoumise Danielle Simonnet, déjà investie.

"Pourquoi faudrait-il substituer celle qui a été battue à celle qui a été élue il y a moins d'un an?" a déclaré l'ancien Premier ministre socialiste lors d'une conférence de presse destinée à faire pression sur les Insoumis et après avoir arpenté un marché du 20e avec sa candidate.

L'Union populaire balaye le conflit d'un revers de la main. Pour eux, le problème est réglé. Même si officiellement les négociations ont repris pour cette circonscription, cela ne changerait rien nous explique-t-on. Une position de fermeture que regrettent des négociateurs socialistes et qui pourrait pousser Lionel Jospin a joué davantage de son influence. Mais ce n'est "pas un sujet", répondent les Insoumis.

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À Villeurbanne et Vénissieux, la guerre des tranchés est franchement déclarée. Dans la 6e circonscription du Rhône, le maire PS de Villeurbanne, Cédric Van Styvendael, a accusé le conseiller régional La France insoumise et gendre de Jean-Luc Mélenchon Gabriel Amard, de "parachutage". Ce que l'intéressé dément, nous assurant retourner "au bercail familial".

L'investiture confirmée ce dimanche du journaliste et militant Taha Bouhafs dans la 14e circonscription du Rhône fait également grincer des dents. Voici "un candidat parachuté surtout connu dans les réseaux sociaux condamné en première instance pour propos racistes envers une jeune policière", a commenté Michèle Picard, maire communiste de Vénissieux dans cette circonscription. Cette dernière se considère comme la meilleure candidate de l’union de la gauche et malgré l’accord signé, les communistes la soutiennent toujours. Et espèrent faire bouger les lignes.

Ailleurs, chez d'autres investis, on murmure des doutes. Dans des boucles internes restreintes, certains députés socialistes sortants récemment investis par la Nupes, avouent ne pas être à l'aise avec la ligne politique de Jean-Luc Mélenchon et son programme.

Renoncer à cette investiture? Certains l'évoquent... Et même s'il est encore trop tôt pour marquer maintenant ses distances et entrer en dissidence, "certains jouent sur les deux tableaux" nous confie un élu PS. Tout près, les éléphant continue de barrir. "Le PS a perdu son âme pour un plat de lentilles" en acceptant de "brader nos convictions pour quelques circonscriptions", a regretté sur Radio J ce dimanche matin Jean-Christophe Cambadélis.

Article original publié sur BFMTV.com

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