Législatives en Côte d'Ivoire : pouvoir et opposition revendiquent la victoire

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En Côte d'Ivoire, le pouvoir et l'opposition ont revendiqué, dimanche, la victoire aux législatives alors que seuls des résultats partiels ont été dévoilés. Le scrutin s'est déroulé dans le calme et semble avoir été marqué par une très forte abstention.

Est-ce le début d'un blocage politique en Côte d'Ivoire ? Le pouvoir et l'opposition ont revendiqué, dimanche 7 mars, leur victoire aux législatives, avant la proclamation des résultats par la Commission électorale indépendante (CEI), qui continue de compter les bulletins de vote.

Lundi, le président Alassane Ouattara a nommé un proche, Patrick Achi, Premier ministre par intérim à la place d'Hamed Bakayoko, absent pour des raisons de santé. Ce dernier est en France depuis le 18 février pour des examens médicaux.

La Côte d'Ivoire, dont la vie politique récente a été marquée par de fortes tensions et des violences électorales, a vécu pour la première fois depuis dix ans des élections apaisées ce dimanche, l'ensemble des principaux acteurs politiques ayant participé au scrutin.

"Notre objectif était de remporter autour de 60 % des sièges, nous y sommes", a déclaré Adama Bictogo, numéro deux du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), le parti au pouvoir.

"À cette étape du dépouillement, les premières tendances (...) montrent clairement que notre parti sortira vainqueur avec une majorité confortable", a ajouté Adama Bictogo.

Niamkey Koffi, coordinateur général pour les législatives du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI, principal parti d'opposition) avait lui aussi revendiqué la victoire.

"Nous pensons être autour de 128 sièges avec nos alliés", a-t-il affirmé, soit juste la majorité des 255 députés de l'Assemblée nationale.

Ces deux déclarations de responsables des partis au pouvoir et de l'opposition sont intervenues alors que la Commission électorale indépendante (CEI), chargée de la proclamation des résultats, n'en avait annoncé dimanche soir qu'une partie.

Faible participation

Le PDCI de l'ex-président Henri Konan Bédié a formé une alliance avec Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (EDS), coalition regroupant les partisans de l'ex-président Laurent Gbagbo dominée par son parti, le Front populaire ivoirien (FPI).

"Notre inquiétude, c'est la manipulation des résultats", a dit Niamkey Koffi, en mettant en garde "le gouvernement contre toute tentative qui fausserait la sincérité du scrutin".

Il a dénoncé "des résultats provisoires émaillés de tricheries, de tripatouillages, de manipulations", ainsi que "des tentatives d'inversion des résultats" dans plusieurs grandes villes et circonscriptions importantes, où le PDCI et le RHDP revendiquent la victoire.

Il a listé les communes de Yopougon, Abobo, Port Bouët et Marcory à Abidjan, la capitale politique Yamoussoukro, la cité balnéaire de Grand-Bassam, ainsi qu'Agboville où se présentait le numéro deux du parti au pouvoir, Adama Bictogo.

Adama Bictogo a récusé les accusations de fraudes. "Ils sont dans leur logique, la logique des perdants", a-t-il affirmé, ajoutant : "L'opposition n'est plus audible".

Selon Niamkey Koffi, le taux de participation "ne dépasse pas 20 %" au niveau national - contre officiellement 34 % aux précédentes législatives de 2016 - en raison des "craintes de violences" qui ont dissuadé les électeurs d'aller voter.

"La population n'a pas manifesté un réel intérêt pour cette élection", a indiqué, sans donner de chiffres, Indigo, organisation ivoirienne qui avait déployé 500 observateurs dans tout le pays.

Grand retour du FPI de Gbagbo

Les législatives de samedi se sont dans l'ensemble déroulées dans le calme, contrairement à la présidentielle d'octobre 2020, marquée par des violences avant et après le scrutin qui avaient fait 87 morts et quelque 500 blessés.

Ce scrutin avait été boycotté par les partis d'opposition et le président Alassane Ouattara, réélu avec plus de 94 % des voix pour un troisième mandat controversé.

Le vote de samedi a marqué le grand retour du FPI de Laurent Gbagbo. Son parti boycottait tous les scrutins depuis l'arrestation de Laurent Gbagbo en avril 2011 à Abidjan et son transfèrement à la Cour pénale internationale à La Haye, après des violences post-électorales ayant fait quelque 3 000 morts.

Après son acquittement en janvier 2019, il a été remis en liberté conditionnelle et vit depuis à Bruxelles. Ses partisans attendent avec impatience son retour, que Laurent Gbagbo a récemment annoncé pour "bientôt".

L'enjeu des législatives pour les partis d'opposition est d'obtenir suffisamment d'élus à l'Assemblée nationale afin d'empêcher "la consolidation d'un pouvoir absolu" du président Ouattara et de son parti.

Pour poursuivre la politique de "réformes" du chef de l'État, le RHDP entend lui conserver sa majorité absolue de 167 sièges sur 255, obtenue en décembre 2016 alors qu'il était allié au PDCI.

Le scrutin s'est tenu sans le Premier ministre Hamed Bakayoko dont l'hospitalisation à Paris depuis le 18 février a été prolongée. Selon la CEI, il a été réélu dans son fief de Séguéla (nord).

Avec AFP