Législatives en Bulgarie: le parti au pouvoir favori dans un paysage politique fragmenté

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Le GERB (centre-droit, au pouvoir) est donné en tête des législatives de ce dimanche en Bulgarie, devant le Parti socialiste bulgare et une nouvelle formation née des manifestations de l’été dernier contre la corruption. Mais le prochain Parlement s’annonce très fragmenté.

S'il est en tête des sondages, c'est avec un grand recul par rapport aux législatives de 2017. Son troisième gouvernement a dû faire face à plusieurs crises : la pandémie, mais aussi une vague de mécontentement à l'été 2020, rapporte notre correspondant à Sofia, Damian Vodénitcharov.

Cela a commencé en juillet. Une affaire d'appropriation d'une plage publique par une grosse pointure de la politique bulgare. Puis une descente du parquet dans les bureaux du président de la République. À partir de là, des milliers de Bulgares sont descendus dans la rue chaque soir pour revendiquer la démission du gouvernement Borissov, à leur avis trop corrompu. Un groupe d'organisateurs de ces manifestations, le Trio venimeux, a ensuite décidé de se lancer dans la politique. Et d'après les sondages, il a toutes les chances de passer la barre des 4% nécessaires pour obtenir des sièges au Parlement.

La gestion confuse de la pandémie ne fait pas de faveur non plus au parti GERB de Borissov. La Bulgarie est frappée de plein fouet par la troisième vague du coronavirus et connaît des pics de patients hospitalisés. La campagne de vaccination est désastreuse : 1,4% de la population a reçu les deux doses de vaccin, 6% ont reçu une seule dose. Les sondages montrent enfin un net recul des partis traditionnels, comme GERB ou le PS, qui perdent près de 10% par rapport aux législatives de 2017. Au profit des nouveaux venus, comme Slavi Trifonov, une présentateur télé, chanteur et comédien. Les sondages lui accordent la troisième place, sans aucune apparition dans les médias grand public pendant la campagne électorale.

Contesté dans la rue cet été par une partie de la population qui dénonce la corruption des élites, éclaboussé par des scandales, Boïko Borissov a donc tenu bon jusqu’aux élections, malgré tout.

Cette perspective n’étonne pas Elena Yoncheva, eurodéputée du Parti socialiste bulgare. « En dix ans de règne, ce parti a construit une très grande administration bulgare, des cadres fidèles, et avec leurs familles, ils représentent environ un million de personnes, souligne-t-elle. La Bulgarie a huit millions d'habitants. Les gens se sentent menacés. S'ils votent pour un autre parti, ils pourraient être renvoyés. »

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Que ce soit le GERB qui arrive en tête ou un autre parti, des alliances seront nécessaires, explique la sociologue Boriana Dimitrova. « On peut s'attendre à avoir une Assemblée nationale très fragmentée avec cinq et jusqu'à sept partis dans le Parlement, estime-t-elle. La question qui va se poser est "quel type de coalition ?" Pour le moment, le GERB se voit vainqueur, mais il n'est pas du tout certain qu'il va réussir à former un gouvernement. »

Boiko Borissov n’est pas novice en la matière. Au cours de ses trois derniers mandats, il a été contraint à de nombreuses combinaisons d'alliances pour former une majorité.

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