Législatives au Liban: sur fond de crise les indépendants rêvent d’une percée

Les électeurs libanais se rendent aux urnes dimanche pour élire les 128 députés du Parlement de Beyrouth. Un scrutin se déroule sur fond de crise économique et sociale catastrophique, entre pénurie d’électricité, dévaluation de la Livre et hyperinflation. Il s'agit des premières élections depuis le mouvement de contestation de 2019, réclamant le départ d'une classe politique jugée corrompue et responsable de la dégradation de la situation.

Un carré de pelouse borde le local en rez-de-chaussée et d’immenses affiches vertes surplombent l’ensemble. Les lieux ont été prêtés pour y installer le QG de campagne de la liste emmenée par Najat Aoun-Saliba. Au sud-est de Beyrouth, la circonscription montagneuse du Chouf-Alley enverra 13 députés au Parlement ce dimanche.

Sur les affiches, le sourire d’une femme aux cheveux gris et courts : Najat Aoun-Saliba, universitaire, professeure de chimie engagée sur les questions environnementales, candidate pour la première fois. Pour financer sa campagne, elle a dû collecter des fonds et aussi puiser dans ses économies.

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Son programme ? « Les mêmes chances pour tout le monde, sous un gouvernement unique » résume la candidate qui veut aussi « donner aux femmes tous leurs droits pour qu’elles vivent en égales des hommes dans ce pays ». Najat Aoun-Saliba est membre de Taqadom, (« progrès » en arabe) un parti formé dans la foulée de la vague de contestation qui a éclaté en octobre 2019 au Liban.

Alors que le pays ne cesse de s’enfoncer dans la crise, la candidate indépendante veut « créer des emplois, car nous ne voulons plus que nos enfants quittent le pays : quand la jeunesse s’en va, nous perdons toute l’énergie dont nous avons besoin pour redresser ce pays ».

Nous avons besoin d’électricité, d’eau et d’air propres. Nous avons besoin d’un bon système de santé et d’une bonne éducation.

« La conscience tranquille »

Dans la circonscription du Chouf-Alley, la candidate se dit « optimiste » mais combien de sièges sa liste peut-elle gagner face aux puissants partis politiques libanais ? Même accusées de corruption et d’incompétence, la plupart des grandes formations sont toujours là. Il semble loin le slogan des manifestants qui, ces dernières années, rêvaient de tous les voir disparaître. « On a la conscience tranquille » dit Richard Kouyoumjian, ancien ministre, aujourd’hui responsable des Affaires extérieures des Forces Libanaises.

Les affiches rouges du puissant parti chrétien sont bien visibles sur les routes et dans les villes libanaises. « Nous avons été intègres en tant que ministres et députés, nous sommes un parti politique enraciné, fier de notre histoire » assure le cadre des Forces Libanaises. Et de fait, ni le système confessionnel ni les partis traditionnels qui l’incarnent n’ont été balayés par la tempête économique de ces dernières années. Pas plus qu’ils n’ont été emportés par la colère de la rue. Ainsi le Hezbollah et son allié Amal sont-ils assurés de faire le plein de voix dans leurs fiefs musulmans chiites et de maintenir leur position incontournable sur l’échiquier politique.

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« Zaïm »

Clientélisme, antagonismes exacerbés et culte du chef sont quelques-unes des raisons qui expliquent ce maintien des partis hérités de la guerre civile. « Malheureusement, pour les Libanais, un chef de parti ou leader politique, c'est pratiquement une divinité » analyse Nasri Messara qui dirige le département de Sociologie à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth. Il existe même un mot au Liban pour décrire cela : zaïm.

Le zaïm, on est prêt à mourir pour lui, à verser son sang. Il y a une génération qui ne croit qu’à cela.

À cela s’ajoutent les effets du système confessionnel qui impose une répartition très stricte des candidats de chaque liste en fonction de leur appartenance. Exemple ? Sur les sept sièges de la circonscription de la Bekaa, deux reviennent automatiquement à des catholiques de rite grec, les chrétiens maronites, chrétiens orthodoxes de rite grec, arméniens orthodoxes, musulmans chiites et musulmans sunnites se partageant équitablement les cinq sièges restants.

Dans ce contexte, les différentes listes d’opposition savent qu’elles peuvent difficilement espérer plus d’une dizaine de sièges sur les 128 du Parlement. Lors du précédent scrutin en 2018, une seule candidate étiquetée indépendante avait été élue députée.

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Inconnue sunnite

Cette année, il y a un absent de taille pour ces élections législatives : l’ancien Premier ministre Saad Hariri a annoncé que son parti Le Courant du Futur n’y participerait pas. Une mise en retrait qui laisse planer une incertitude sur le vote des Musulmans sunnite du Liban, la communauté de Saad Hariri. « Pour la première fois, nous avons la chance de ne pas nous ranger derrière un chef » commente Wadda Sadek, tête de liste dans la circonscription de Beyrouth 2 (qui envoie 11 députés dont 6 Sunnites au Parlement).

L’homme d’affaire sunnite est un ancien proche de Saad Hariri dont il se dit « déçu ». Sa liste, Beyrouth changement, est ici aussi en concurrence avec d’autres candidatures indépendantes. « Nous sommes réalistes, un pays bâti sur la corruption pendant des décennies ans ne peut pas être transformé en seulement une année, ni deux, ni trois. ». Le candidat espère « le plus grand bloc possible » pour l’opposition au Parlement.

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