Législatives au Kosovo: victoire écrasante du parti d'opposition Vetëvendosje

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Les électeurs du Kosovo veulent tourner la page. Selon le décompte de la commission électorale centrale, après le dépouillement de 80% des bulletins de vote, un parti d'opposition de gauche, Vetëvendosje, a remporté les législatives au Kosovo ce dimanche 14 février devant - notamment - la vieille garde des commandants de l'ancienne guérilla de l'UCK.

C’est un victoire sans appel, le mouvement de gauche souverainiste Vetëvendosje a très largement remporté le scrutin législatif de ce dimanche 14 février, avec près de 48% des voix, selon les résultats encore partiels communiqués dans la soirée par la Commission électorale, rapporte notre correspondant à Pristina, Jean-Arnault Derens.

Le PDK établi par d'anciens commandants rebelles de la guerre d'indépendance contre les forces serbes (1998-99) ainsi que la LDK de centre-droit auraient recueilli quant à eux 17% et 13% des suffrages. Les partisans d'Albin Kurti accusent les ex-guérilleros de captation des ressources de l'État et d'avoir gâché les premières années d'indépendance de ce territoire peuplé à majorité d'Albanais.

La soif de changement est incarnée pour beaucoup par Vetëvendosje (VV) ou « autodétermination », le mouvement réformiste de gauche d'Albin Kurti parti en guerre contre la corruption. C’est aussi une triomphe personnel pour son dirigeant Albin Kurti, déjà vainqueur des élections d’octobre 2019, mais dont le gouvernement avait été démis au mois de mars suivant.

Vetevendosje et Albin Kurti incarnent aussi l’espoir d’une population lasse de la mauvaise gouvernance chronique des « vieux » partis, notamment ceux issus de l’ancienne guérilla de l’UCK. « Aujourd’hui, le Kosovo vit un jour aussi important que lors de la proclamation d’indépendance en 2008, lâche une enseignante de Pristina, dans la foule qui fête la victoire, drapeaux albanais brandis dans la nuit glacée. J’espère juste que nous ne serons pas déçus comme nous l’avons été après notre indépendance ». En effet, les défis qui attendent le nouveau gouvernement sont immenses, dans un pays dont la fragile économie a été laminée par la pandémie de Covid-19.

Un parti anti-élites de gauche

L'ex-rébellion est partie au combat électoral handicapée par l'absence de plusieurs grandes figures comme l'ancien président Hashim Thaçi, inculpé en novembre par la justice internationale pour crimes de guerre pendant et après le conflit contre les forces serbes. En face, VV a reçu le renfort de la présidente par intérim Vjosa Osmani, 38 ans, symbole d'une classe politique nouvelle génération qui a quitté la LDK de centre-droit du Premier ministre sortant Avdullah Hoti.

Vetëvendosje avait fini en tête aux deux dernières législatives mais avait été évincé par des coalitions conclues par d'autres. En 2020, le gouvernement d'Albin Kurti avait tenu une cinquantaine de jours avant d'être renversé. Cette fois, il peut espérer constituer une majorité de gouvernement s'il s'allie avec les partis représentant les minorités, qui disposent de 20 sièges sur 120 au Parlement.

Albin Kurti a été interdit par les autorités de se présenter personnellement en raison d'une condamnation pour avoir jeté des gaz lacrymogènes à l'Assemblée. Mais cela ne l'empêcherait pas de former un gouvernement. Albin Kurti, tenant de la ligne dure face à Belgrade, devra poursuivre un difficile dialogue avec la Serbie, censé normaliser les relations avec Belgrade, qui refuse toujours de reconnaître l'indépendance de son ancienne province.

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La minorité serbe demeure sous l'étroite surveillance de Belgrade

Pendant que les partisans d'Albin Kurti célébraient leur victoire dans le centre de Pristina, seul un vent glacé s'engouffrait dimanche soir dans les rues de l'enclave centrale de Gracanica, où vivent 15 000 des quelque 100 000 Serbes du Kosovo. Ici, pas d'effusion de joie, tant les résultats étaient attendus : la Lista Srpska, le parti téléguidé depuis Belgrade, a de nouveau emporté les dix sièges qui sont réservés aux Serbes au sein du Parlement du Kosovo. Gare en effet à qui se risquait à sortir du rang : les menaces et les intimidations se sont multipliées ces dernières semaines explique Nenad Rašić, qui se présentait pour une liste d'opposition.

« Les Serbes du Kosovo n'ont malheureusement aucune liberté dans leurs choix lors des élections. Le régime de Belgrade se comporte envers ces gens affamés avec une extrême violence. Il les maltraite, il les terrorise, et le jour du vote, il les amène voter », explique le candidat.

Avec la victoire de la Lista Srpska, le président serbe Alexandar Vucic conserve un important moyen de pression sur les autorités de Pristina, alors que les négociations sur la normalisation des relations entre le Kosovo et la Serbie sont au point mort. La Constitution du Kosovo oblige pourtant Albin Kurti à intégrer des représentants serbes dans son gouvernement et, plutôt que le dialogue avec Belgrade, le futur Premier ministre entend privilégier le « dialogue interne » avec les Serbes du Kosovo.