Législatives 2024 : Un « nouveau front populaire » à gauche ? Toutes les questions qui restent à trancher

Toutes les questions à trancher à gauche après l’amorce d’un Front populaire (photo prise le 9 juin, place de la République à Paris)
GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP Toutes les questions à trancher à gauche après l’amorce d’un Front populaire (photo prise le 9 juin, place de la République à Paris)

POLITIQUE - Ils sont d’accord pour tomber d’accord. Les principaux partis de gauche ont signé un communiqué commun, lundi 10 juin au soir, pour acter le principe d’une union aux élections législatives anticipées convoquées par Emmanuel Macron après le triomphe du Rassemblement national aux européennes.

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Un dénouement aussi rapide que spectaculaire, si on le compare aux tractations qui avaient traîné en longueur pour la formation de la Nupes (Nouvelle Union populaire écologique et sociale) au printemps 2022. Il n’empêche. Le texte signé par le PS, le PCF, les écologistes et la France insoumise ne dit pas tout.

Bien au contraire. Il précise les contours du « nouveau front populaire » (la nouvelle dénomination de cette alliance), engage les parties prenantes à essayer d’aboutir à un candidat unique par circonscription et à viser la victoire avec l’apport de la société civile, face au Rassemblement national. Pour le reste, de nombreuses questions sont en suspens.

Quel programme ?

Celle liée au fond, tout d’abord. Après avoir insisté, dans les premières heures d’échanges, pour reprendre le programme de la Nupes (un programme largement inspiré par celui de Jean-Luc Mélenchon aux présidentielles 2017 et 2022), les insoumis ont lâché une première concession de taille : le programme du Front populaire ne sera pas celui négocié en 2022.

À la place, le communiqué signé hier soir évoque « un programme de rupture détaillant les mesures à engager dans les 100 premiers jours du gouvernement du nouveau front populaire » et des « urgences démocratiques, écologiques, sociales. » On peut imaginer que le terme « rupture », cher à des mélenchonistes soucieux de ne pas revenir à l’ère de la social-démocratie sauce François Hollande, n’est pas là par hasard.

Dans le détail, plusieurs points précis peuvent être crispants : on peut par exemple citer le soutien à l’Ukraine (bien que les votes soient similaires au Parlement européen), l’énergie nucléaire, l’engagement européen, ou ce que Raphaël Glusckmann dénonce comme la « brutalisation » de la vie publique. Les différents chefs à plume doivent en discuter à partir de ce mardi matin.

Qui pour aller à Matignon ?

Dans ce contexte, la question du chef ou de la cheffe de file se pose également. Pas question pour les partenaires des insoumis de repartir sous le même mot d’ordre qu’en 2022, lorsque les affiches de campagne promettaient l’envoi de Jean-Luc Mélenchon à Matignon. Son image est, semble-t-il, devenue trop subversive.

À la place, plusieurs profils semblent émerger. Le député de la Somme François Ruffin, l’un des premiers à lancer l’idée d’un front populaire dimanche soir coche plusieurs cases pour rassembler toute la gauche derrière lui. Il reçoit d’ailleurs des appuis de tous bords en ce sens.

Raphaël Glucksmann a, de son côté, évoqué l’idée de proposer à Laurent Berger de mener cette alliance. Invité de France 2 lundi soir, l’ancien candidat des socialistes aux européennes a sorti le nom de l’ancien dirigeant de la CFDT de son chapeau pour incarner ce renouveau de la gauche qui passera, aussi, de l’avis de tous, par les syndicats et la société civile.

Quelle place publique ?

Au-delà de cette question de casting, l’eurodéputé cristallise en réalité à lui seul (et avec son parti Place Publique) de nombreuses incertitudes. Sa formation figure parmi les signataires de l’appel de lundi soir, mais certains de ses proches semblent tentés de rétropédaler ce mardi matin.

Il faut dire que les relations entre le candidat du PS et les insoumis n’ont cessé de se tendre tout au long de la campagne des élections européennes. Fort de ses 13,8 % Raphaël Glucksmann entend peser dans le rassemblement qui se profile en définissant des lignes claires et non négociables pour toper avec les mélenchonistes. Parmi elles : l’aide militaire à l’Ukraine ou l’abrogation de la réforme des retraites.

En creux, c’est donc la question des équilibres politiques et du poids de chaque formation au sein de l’alliance qui doit encore être tranchée. Elle le sera également à travers le nombre de candidature que chaque chapelle obtient dans les 577 circonscriptions que compte le pays. En 2022, La France insoumise s’était taillée la part du lion avec 326 candidats, soit plus de 56 %. Qu’en sera-t-il après ce chamboule-tout ?

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