Législatives 2024 : même Gabriel Attal n’affichera pas le visage d’Emmanuel Macron sur ses affiches

L’image d’Emmanuel Macron est-elle devenue un repoussoir ? En interne, les députés sortants rechignent à afficher ostensiblement leur appartenance au camp présidentiel.

Un président trop présent ? Dans la campagne des législatives, une interrogation taraude le camp présidentiel : faut-il s’afficher avec le président de la République sur ses tracts ? S’il a l’air anecdotique, le sujet est surtout très politique. Et très gênant pour les élus de la majorité.

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Invitée de France info le 12 juin, la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, candidate dans les Yvelines, esquive à plusieurs reprises la question mais prend soin de dire sa fierté « d’être aux côtés d’Emmanuel Macron depuis sept ans ». Ce 13 juin sur France Inter, le Premier ministre Gabriel Attal n’y échappe pas non plus. « J’ai toujours mis ma photo sur mon affiche », évacue celui qui sera candidat dans les Hauts-de-Seine. Aucune trace de son N+1 Emmanuel Macron ? Non, « en 2022, j’étais déjà candidat à ma réélection, j’avais une affiche avec ma photo », a-t-il balayé.

Il ne sera pas le seul. Au moins deux ministres, Aurore Bergé et Sabrina Agresti-Roubache font autant. La première avance le même argument que le chef du gouvernement - « aux législatives, c’est moi qui me présente ». L’entourage de la seconde assure à la presse locale qu’il s’agit avant tout d’une question de timing, les tracts ont été envoyés dès « lundi ». « C’est un choix de chacun », a tenté de dédramatiser Gabriel Attal. Mais les visuels ne sont pas les seuls éléments qui illustrent la gêne de la majorité vis-à-vis de son grand chef.

Dans la presse, les « off » se multiplient. « Il y a eu beaucoup d’appels à ce que Gabriel Attal s’engage » avec l’idée « qu’il ne faut pas que ce soit quelqu’un d’autre, très clairement cela voulait dire pas Macron », affirme un cadre du groupe Renaissance à l’AFP à l’issue d’échanges entre le Premier ministre et les députés le 12 juin.

Plus éloquente encore est l’expression d’Édouard Philippe devant les caméras ce jeudi 13 juin et qui, à la sortie d’un « comité stratégique de campagne » au siège de Renaissance, laisse le silence se prolonger quand il est interrogé sur les raisons de son absence à la conférence de presse d’Emmanuel Macron.

La veille, l’ex-Premier ministre avait fait part de ses doutes sur l’implication d’Emmanuel Macron dans la campagne, pas forcément « sain » et estimant que dans le contexte actuel mieux valait « qu’il soit très président ». Le même jour, la discrète émancipation de l’ancien chef du gouvernement et de son parti devenait tangible dans le Journal Officiel. Comme en 2022, Horizons, MoDem et Renaissance partent à nouveau sous la même bannière « Ensemble ». Mais les modalités divergent, Horizons ayant décidé de déposer ses candidats en préfecture en son nom propre.

Même ambiance au MoDem de François Bayrou. « Il faut nous laisser parler de notre bilan, de notre engagement, de notre volonté de travailler peut-être autrement », dit à l’AFP le président du groupe centriste à l’Assemblée nationale Jean-Paul Mattei. Son collègue Bruno Millienne en fait le « constat malheureux » : « Je suis toujours en alliance avec le président » mais, « pour ma campagne, je ne peux pas m’appuyer sur (son) image », devenue « détestable » aux yeux de nombre d’électeurs. Sympa. Surtout au regard de la place qu’occupait l’image du chef de l’État sur les affiches des marcheurs en 2017 et en 2022.

Ces remontées sont-elles parvenues aux oreilles du principal intéressé ? Le 11 juin, BFMTV et L’Express rapportaient que le président de la République envisageait « trois interventions par semaine jusqu’aux élections législatives ». L’information n’a jamais été confirmée par l’Élysée. Mais mercredi 12 juin en conférence de presse, Emmanuel Macron fait savoir qu’il « n’entend pas faire campagne davantage qu’(il) l’a fait en 2017 et 2022 ». Il se contente de « donner le cap » à travers cette intervention, assure-t-il.

Après un scrutin européen qui s’est nationalisé, personnalisé autour du couple exécutif, il s’agit pour la Macronie de ne pas répéter ce qui, a posteriori, a été interprété comme une erreur. « Ces élections, ce n’est pas un référendum pour ou contre le président de la République, c’est le choix d’une majorité et d’un gouvernement », martèle le Premier ministre sur France Inter. En attendant, selon des informations du Monde, Édouard Philippe pourrait apparaître sur les affiches des candidats Horizons. Les premiers tracts de la majorité présidentielle dévoilés par RMC montre lui un Gabriel Attal souriant, mais seul, avec seulement la mention « majorité présidentielle ».

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