Législatives 2024 : de Delogu à Bardella, quand des vidéos inspirées de la K-pop font de la communication politique

Alors que le RN a fortement misé sur les réseaux sociaux pour attirer les jeunes, la riposte du Front Populaire sur les « edits » arrive à toute vitesse.

Et si les fans de K-pop ou de Taylor Swift étaient les meilleurs promoteurs du Front Populaire sur les réseaux sociaux ? La question se pose au regard du mouvement qui émerge ces derniers jours chez les militants. À coups de vidéos courtes (appelées edits) de nombreux comptes mettent en avant des personnalités de gauche, mais dans le style de leurs artistes préférés.

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Ce mouvement s’affirme comme le soutien du Front Populaire sur Internet, mais aussi en lutte contre l’extrême droite, qui utilise ces mêmes outils de communication pour gagner des voix chez les jeunes. Comme l’explique le documentaire d’Arte France : la jeunesse n’emmerde plus le RN, l’extrême droite rallie de plus en plus de jeunes à sa cause. C’est le cas de Cassandra, une lycéenne de 17 ans et soutien indéfectible de Bardella. « Ce n’est pas vraiment sa beauté qui m’intéresse, mais plutôt son charisme. Il est gentil et drôle. » , y expliquait-elle tout en regardant des TikTok de lui sur son lit.

Le candidat du RN est arrivé en tête chez les 18-34 ans lors des européennes, avec 32 % des suffrages, et cette communication décalée y a forcément joué son rôle. Alors que des élections législatives ont lieu les 30 juin et 7 juillet prochains, la France pourrait nommer un gouvernement d’extrême droite si le RN l’emporte. Ce serait une première dans son histoire. Face à cette situation, de nombreux jeunes ont décidé de soutenir, à leur manière, le Front Populaire.

Les vidéos qui pullulent sur les réseaux sociaux ressemblent, dans leur style et leur durée, à celles partagées par les fans de K-pop et les swifties (fans de Taylor Swift) pour mettre en avant leur idole. Mais il ne s’agit ici ni de BTS ou de la chanteuse américaine, mais plutôt de Sébastien Delogu ou encore Clémence Guetté. Concrètement, sur des formats d’une dizaine de secondes communes sur TikTok, on voit la personnalité politique mise en avant pour son charisme ou avec une punchline qu’il a exprimé sur un plateau télé.

Le montage est rythmé, sur fond d’une musique entraînante dont le style varie en fonction des goûts du créateur de la vidéo. Ce genre de contenus s’appelle plus couramment des edits. Cette manière de mettre en avant une personne fonctionne puisque sous ces vidéos, on peut d’ores et déjà lire des commentaires du style « Je soutiens Bardella mais j’avoue qu’il a du charisme » en faisant référence à Sébastien Delogu. Pour d’autres c’est grâce aux édits qu’ils peuvent découvrir des personnalités politiques, et ensuite s’intéresser à leurs idées.

C’est ce que promeut Johan, un jeune trentenaire lyonnais qui partage et publie des édits sur twitter sourd le pseudonyme @KhloeDelcourt. Comme il l’affirme au HuffPost, « je ne voudrais pas que le côté mode passe avant tout, les edits ne sont que des outils pour faire parler et intéresser le plus de personnes aux élections et au Front Populaire ». Plusieurs fans base, déjà organisés pour partager leur passion d’un ou une chanteuse utilisent également leurs ressources pour s’organiser et produire des edits.

Il n’y a pas qu’auprès des connaisseurs que les edits deviennent incontournables. Marie Toussaint, tête de liste des Écologistes lors des européennes, commente ainsi sa défaite en concédant avoir sous-estimé « la force de TikTok ». Et alors que les élections législatives du 30 juin arrivent très vite, ce type de communication politique risque de peser lourd dans la balance.

À ce jeu, Jordan Bardella et le RN partent avec une longueur d’avance puisque cela fait déjà de longs mois que ce type de communication est développé un peu partout sur les réseaux sociaux. Mais de l’autre côté de l’échiquier politique, la riposte s’organise. De nombreux jeunes, désabusés face aux résultats des dernières élections s’engagent politiquement, par ce genre de vidéos.

C’est le cas par exemple de Tazhio, chroniqueur de la radio Mouv’ et fondateur de Spotters, un média spécialisé sur les réseaux sociaux. Ce dernier a lancé un projet ces derniers jours pour aider à rassembler le Front Populaire et amplifier la portée de ses messages. Pour ce faire, un serveur Discord est en création, regroupant des veilleurs chargés de trouver des extraits vidéos sur le web et des monteurs amateurs qui s’occupent de créer du contenu.

« Traditionnellement, les militants distribuent des tracts sur les marchés. Cette fois-ci ce sera des edits et nous aiderons à les créer » schématise Tazhio. Si inonder Internet de montages avantageux de personnalités est au cœur de la bataille, elle n’est pas une finalité. Les différents protagonistes interrogés insistent sur le fait d’aller plus loin, et de s’intéresser à la politique. C’est d’ailleurs par cette « guerre » de la communication que beaucoup de personnes se politisent pour la première fois, sans forcément appartenir à un parti.

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