Législatives 2022: Macron et sa majorité en danger après une campagne calamiteuse

Emmanuel Macron et sa formation
Emmanuel Macron et sa formation

Emmanuel Macron et sa formation "Ensemble!" n'arrivent pas en tête du premier tour des élections législatives. (Photo: CAROLINE BLUMBERG via AFP)

POLITIQUE - LREM sauve les meubles. Dimanche 12 juin 2022, au premier tour des élections législatives, le parti présidentiel réuni sous la bannière “Ensemble” a obtenu 25,7% des suffrages au niveau national, au coude à coude mais très légèrement devant la NUPES (25,6%), selon les résultats quasi-définitifs publiés par le ministère de l’Intérieur.

Cependant les projections de second tour réalisées dans la soirée par différents instituts de sondage laissent entrevoir une Assemblée nationale sans majorité très nette. Alors que le seuil est à 289 sièges, la moyenne de ces projections donnent LREM et ses alliés à 281.

Retour sur une campagne terne, démarrée très tardivement et remplie d’erreurs politiques. Après sa réélection le 24 avril, Emmanuel Macron fait le choix de donner du temps au temps, dans une campagne des législatives historiquement plus longue que les autres, de deux mois et demi. Le président met trois semaines avant d’annoncer son choix de Premier ministre, le 16 mai. Ce sera une femme, ce qui n’est pas arrivé depuis 1991. Élisabeth Borne prend la tête du gouvernement, après le refus d’autres candidates.

Un mois pour former un gouvernement

Elle qui dédiait sa nomination ”à toutes les petites filles” est immédiatement empêtrée dans l’affaire Damien Abad qui vient polluer la séquence de l’annonce d’un nouveau gouvernement. La seule surprise - le chercheur Pap Ndiaye à l’Éducation nationale, qui suscite critiques et interrogations après un quinquennat porté par Jean-Michel Blanquer, sur une ligne opposée - est vite effacée par un article de Médiapart sur Damien Abad. Seule prise de droite du président, l’ancien président du groupe LR à l’Assemblée est nommé ministre des Solidarités, de l’Autonomie et des Personnes handicapées. Il est rattrapé par des accusations de viol dès le lendemain et pris dans la tourmente pendant plus d’une semaine.

Le gouvernement, laissé en première ligne par un Emmanuel Macron volontairement en retrait, semble figé. Peu d’annonces, peu d’interventions médiatiques. Une non-campagne. De son côté, la Nupes de Jean-Luc Mélenchon laboure le terrain, fait émerger ses propositions et s’impose comme première force d’opposition au président.

Des investitures contestées

La Macronie qui avait promis une “maison commune” dès la rentrée 2021 pour réunir ses différentes sensibilités n’y arrive pas, mais se présente sous la bannière “Ensemble” qui réunit le MoDem, Horizons, LREM, Agir et Territoires de Progrès. Le 5 mai, quatre hommes, sur scène, présentent leur nouvelle coalition. Un goût d’ancien monde bien éloigné de la Révolution promise par Emmanuel Macron dans son livre de 2017 et de ses deux grandes causes du quinquennat successives sur l’égalité femmes-hommes.

Cinq jours plus tard, le 10 mai, les 577 investitures d’Ensemble pour les élections législatives sont dévoilées. Parmi elles, un candidat condamné par la justice pour violences conjugales - Jérôme Peyrat, contraint de renoncer - d’autres poursuivis en justice pour harcèlement moral par des collaborateurs parlementaires. “Circulez, il n’y a rien à voir”, répond en substance le délégué général d’En Marche, Stanislas Guérini, comme vous pourrez le voir dans la vidéo ci-dessous.

Affaire Abad, fiasco du Stade de France...

Les ennuis continuent avec le fiasco de la finale de la Ligue des Champions au Stade de France, le 28 mai. Les témoignages de spectateurs ou observateurs anglais, choqués après l’utilisation de gaz lacrymogènes ou agressés aux abords du Stade de France sont relayés dans le monde entier; les explications du ministre de l’Intérieur qui renvoie la responsabilité “aux supporters anglais” peinent à convaincre. Gérald Darmanin est convoqué devant le Sénat le 1er juin, avec la ministre des Sports à peine nommée Amélie Oudéa-Castéra. Macron reste encore en dehors de la mêlée, laissant une Élisabeth Borne seule qui ne monte pas au front.

Il reste deux semaines de campagne, la Nupes est créditée de 26% des suffrages, au coude à coude avec le parti présidentiel composé du MoDem, d’Horizons, d’Agir et de Territoires de progrès. La Macronie commence à se dire qu’elle doit réinvestir la campagne. Le 30 mai, Élisabeth Borne convoque ses troupes en visio et appelle à la mobilisation. Dans Le Point, elle annonce une “loi d’exception” pour réduire les énergies fossiles, façon de récupérer des points sur son aile écologiste, incarnée par la Nupes. Une loi sur le pouvoir d’achat est bien annoncée, mais le gouvernement ne veut pas dévoiler le montant du chèque alimentation très attendu, avant les législatives. Une campagne a minima.

Le 2 juin, le président Macron reprend ses déplacements et se rend à Marseille, sa ville de cœur, accompagné de son ministre de l’Éducation Pap Ndiaye qui reste discret. Le lendemain, le président accorde un entretien à la presse quotidienne régionale pour relancer une campagne qui tâtonne. Ce qu’on en retient? Qu’il ne sent pas obligé de nommer Jean-Luc Mélenchon à Matignon s’il emportait la majorité. Façon de lui donner le point. “Aucun parti politique ne peut imposer un nom au président”, déclare Emmanuel Macron qui renvoie le RN et la Nupes dos-à-dos par cette formule: “le désordre et la soumission”.

À l’étranger, Valls éliminé; la Nupes en embuscade 

Dès le 5 juin, le résultat des Français de l’étranger sonne comme une alerte. L’ancien Premier ministre Manuel Valls, investi par LREM, est éliminé au premier tour dans la 5e circonscription de l’Espagne et du Portugal. Sur place, on reproche au parti du président d’oublier ses promesses de renouvellement. Dans la plupart des circonscriptions, Ensemble arrive en tête dans neuf circonscriptions sur onze, mais est talonnée par la Nupes qui se qualifie au second tour dans dix circonscriptions sur onze. Un signal que la Macronie ne prend pas en compte.

Les promesses d’Emmanuel Macron sur un nouveau mode de gouvernance, basé sur l’écoute, n’apparaissent pas. S’il a bien annoncé le 3 juin un “Conseil national de la Refondation”, inspiré par le Conseil national de la Résistance, dans les colonnes de la Presse quotidienne régionale, le concept trop flou ne convainc pas et est moqué par l’opposition.

À cinq jours du premier tour, le 7 juin, Élisabeth Borne accorde un dernier entretien à France Bleu, mais ne fait pas preuve d’empathie quand une femme handicapée l’interpelle sur la déconjugalisation de l’allocation dont elle aurait besoin pour ne pas dépendre de son mari. Tollé dans l’opposition. “Indignité”, juge LR. La popularité de la Première ministre n’est pas haute: 20% d’opinions favorables selon notre baromètre YouGov, le 10 juin. Bien loin derrière son prédécesseur Jean Castex à plus de 30%.

Blanquer éliminé, Montchalin en difficulté

A trois jours du scrutin, lors d’un ultime déplacement dans le Tarn, le président se fait alpaguer par une lycéenne qui lui demande “Vous mettez à la tête de l’État des hommes accusés de viols et de violences sur les femmes. Pourquoi?”. Emmanuel Macron répond “présomption d’innocence”. Le lendemain, la jeune femme reçoit la visite des gendarmes dans son lycée au motif de sa question au président. Une visite qui indigne. La gendarmerie s’excuse et samedi 11 juin, veille du scrutin, la question de Laura est reprise en boucle sur les réseaux sociaux. La grande cause du quinquennat n’est pas oubliée par les électeurs. Dans l’Ain, dimanche 12 juin, Damien Abad arrive tout de même en tête, très proche de l’emporter dimanche 19 juin.

Au terme d’un scrutin inédit - c’est la première fois qu’un président sortant est réélu depuis le quinquennat de l’an 2000 et l’inversion du calendrier avec les législatives - Emmanuel Macron arrive donc en deuxième position. Des figures de sa majorité sont en difficulté, comme l’ex-ministre Jean-Michel Blanquer, éliminé dès le premier tour ou Amélie de Montchalin, ministre de la Transition écologique, en grande difficulté dans l’Essonne. La campagne d’entre-deux-tours éclair d'une semaine qui s’ouvre sera clé pour le Président et ses troupes si elles souhaitent conserver la majorité absolue.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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