Législatives 2022: Caron vs Bournazel, le duel parisien qui illustre l'incertitude des résultats - REPORTAGE

Les affiches d'Aymeric Caron et Pierre-Yves Bournazel, dans le 18e arrondissement de Paris (Photo: Le HuffPost)
Les affiches d'Aymeric Caron et Pierre-Yves Bournazel, dans le 18e arrondissement de Paris (Photo: Le HuffPost)

Les affiches d'Aymeric Caron et Pierre-Yves Bournazel, dans le 18e arrondissement de Paris (Photo: Le HuffPost)

POLITIQUE - C’est un duel incertain qui se joue dans la 18e circonscription de Paris. Aussi incertain que le score final des élections législatives des 12 et 19 juin, alors que les sondages placent la Nupes et La République en Marche au coude à coude.

Dans cette circonscription de Paris, au nord de la capitale, le match se joue entre le député sortant Pierre-Yves Bournazel - venu de LR et membre d’Horizons, le parti d’Édouard Philippe, soutien d’Emmanuel Macron - et le candidat investi par Jean-Luc Mélenchon, l’ancien chroniqueur télé chez Laurent Ruquier et journaliste, Aymeric Caron.

Ici, entre la butte Montmartre, un petit bout du 9e arrondissement cossu et les quartiers populaires de la goutte d’or ou de la porte de Clignancourt, la gauche est arrivée très haut au premier tour de la présidentielle avec près de 55% des voix, dont 41% pour Jean-Luc Mélenchon. Un score dont espère bien bénéficier Aymeric Caron, pour combler son manque d’ancrage local.

Moi, ce qui me dérange, c’est Mélenchon. Il a le sang trop chaud. C’est un lion, comme moi... Je comprends, mais il fait trop d’erreursUne électrice indécise à quelques jours du premier tour

Quand il se promène rue Ordener, dans le 18e arrondissement, ce mercredi 8 juin après-midi, Aymeric Caron est souvent reconnu. Selfies, bonjour, l’accueil est plutôt bon, surtout quand Jean-Luc Mélenchon est identifié sur le tract. “On sera là dimanche!”, prévient un garagiste qui fume une clope. “Moi, ce qui me dérange, c’est Mélenchon. Il a le sang trop chaud. C’est un lion, comme moi... Je comprends, mais il fait trop d’erreurs”, se plaint au contraire une dame, la soixantaine qui hésite encore.

“Oui, il y a des gens qui n’aiment pas Mélenchon, mais il a prouvé par ses 22% à la présidentielle que les Français de ce camp le plébiscitaient. Je le connais, il est bien loin des caricatures qu’on fait de lui et il sera dans un régime parlementaire”, répond le candidat qui se dit “confiant” pour sa première candidature à une élection et qui prend le temps de convaincre chaque électeur qui se présente à lui, parfois avec véhémence.

“Vous connaissez un peu les enjeux du quartier? Non parce que Pierre-Yves Bournazel, lui, il nous a beaucoup aidés au conseil de Paris”, l’interpelle vivement le président d’une association de riverains et de commerçants très implanté. “Très bien, qu’il reste conseiller de Paris! Moi, je veux changer la vie des citoyens parisiens”, répond la star au blouson, du tac au tac. Son équipe a réalisé une estimation statistique avec l’institut - aux méthodes contestées - Cluster 17. Il arriverait en tête au second tour avec 56% des voix.

Au même moment, devant la mairie du 18e arrondissement, Pierre-Yves Bournazel traverse la rue au côté de son prédécesseur, le socialiste Christophe Caresche, député du coin de 1997 à 2017. Drôle de configuration quand le PS vient de nouer un accord avec Jean-Luc Mélenchon. “Je soutiens mon successeur, c’est un bon député. Je voterai pour lui!” nous affirme tout sourire l’ancien parlementaire qui n’est “pas hostile à la Nupes”, mais qui décrit Aymeric Caron comme “un farfelu qui n’est que de passage dans le 18e et en politique”. La recomposition politique grandeur locale. Le soutien touche Pierre-Yves Bournazel qui connaît bien l’ancrage de gauche de son territoire. 

Peut-être que ça a un côté un peu frondeur, mais l’écologie n’appartient pas aux écologistes, elle appartient à tout le monde.Pierre-Yves Bournazel, député sortant "Ensemble"

La veille, sur les bancs en bois colorés de l’école Hermel du même arrondissement, Pierre-Yves Bournazel a réuni une quarantaine de personnes pour faire le bilan de son mandat et mobiliser, à quatre jours du premier tour. “Je veux être un député de proximité, car on ne représente pas bien ses concitoyens si on ne les connait pas”. La pique, la seule de la soirée, est adressée à son adversaire de gauche qu’il ne cite pas.

Sur une affiche, il arbore fièrement son vote contre le glyphosate en 2018, contraire à la position de la majorité. “Peut-être que ça a un côté un peu frondeur, mais l’écologie n’appartient pas aux écologistes, elle appartient à tout le monde”, appuie celui qui se présente comme un député “libre”. ”Il n’y a rien de pire qu’un député godillot. Nous ne sommes pas des pots de yaourts, nous ne sommes pas que des étiquettes”, insiste celui qui n’a pas mis la photo d’Emmanuel Macron sur son affiche, sans cacher son soutien à la majorité. Il met en avant les réformes sociales du président, comme le dédoublement des classes de CP-CE1,  le remboursement des prothèses dentaires et son classement à la 6e place des députés les plus écolos. Le public est conquis, mais les questions portent sur les retraites ou la crise à l’hôpital. Le national n’est jamais loin. 

En bon macroniste, “Pyb” réunit des déçus de la droite et de la gauche. Comme Elyette, 78 ans, qui a voté pour Valérie Pécresse au premier tour de la présidentielle et qui aimerait que “Sa Majesté descende un peu de son piédestal pour venir voir le peuple”. Elle parle d’Emmanuel Macron. Elle ne veut surtout pas qu’Aymeric Caron l’emporte, car elle “refuse de manger de l’herbe”. “Je ne suis pas un lapin”, dit-elle sous ses petites lunettes, en référence à l’engagement antispéciste du candidat “parachuté, en plus”.

Claudine et Didier, la soixantaine, habitent l’arrondissement depuis près de 30 ans. Ils se sont mariés à la mairie du 18e arrondissement et votaient “socialiste à toutes les élections”, sauf aux législatives, où ils votent pour Pierre-Yves Bournazel depuis 2017, car “il est toujours sur le terrain, il apporte toujours une réponse”, décrit Claudine. Ils appellent Aymeric Caron “le Versaillais” qu’ils décrivent comme un “arriviste” et puis de toute façon “il n’y a plus de gauche”. 

“Le Versaillais, s’il y en a un ici, c’est Bournazel”, répond Caron, très agacé quand on lui parle du sujet, lui qui n’habite pas le coin. Il énumère qu’il a travaillé dans les studios d’On n’est pas couché “au Moulin rouge” et que son premier appartement quand il a débarqué à Paris à vingt ans ”était à Marcadet-Poissonniers”. “Moi, ma référence, c’est Louise Michel, c’est pour ça que je me sens si bien ici”, confie l’ancien journaliste qui loue les engagements “précurseurs” de la communarde, “pour les droits sociaux, les droits des femmes et des animaux”. Il dit aussi “j’ai habité vingt ans à Paris”.

Paris n’est que la banlieue de Montmartre. Ici, on n’aime pas les parachutés.Un commerçant de la butte Montmartre

“Paris n’est que la banlieue de Montmartre. Ici, on n’aime pas les parachutés”, répond, à distance, un commerçant de la butte, symbole des affrontements de la Commune entre Parisiens et Versaillais au XIXe siècle, qui veut rester anonyme. Il cite Jean-Louis Debré qui a tenté sa chance en 1997, avant de renoncer pour se présenter en Normandie. “On lui disait: t’es qui toi?”. Montmartre l’insoumise.

À quelques pas de la place du Tertre, carte postale de Montmartre avec ses peintres et ses restaus à touristes, le candidat LR, Rudolph Garnier veut y croire. “Je suis la seule alternative”, lance celui qui renvoie dos à dos le bilan d’Anne Hidalgo dans la capitale et la politique du gouvernement. “Il y a une connivence entre Caron et Bournazel sur bon nombre de sujets, comme les salles de shoot ou la rénovation du parc social qui n’a pas été faite”, déplore-t-il. “Sur le terrain, je pose toujours la même question: ’Est-ce que vous vivez mieux à Paris depuis cinq ans?′ La réponse est systématiquement ‘non’”, rapporte ce proche de Rachida Dati qui se bat sur le plan local et national, revendiquant le bilan de la droite, notamment au Sénat. “McKinsey, Benalla et Darmanin convoqués, c’est le Sénat!”, se félicite celui qui ne veut “ni d’un candidat télé-réalité, ni d’un touriste à l’Assemblée!”. Il est persuadé d’être au second tour face à Pierre Yves-Bournazel.

Les trois candidats affichent leur confiance, mais tous reconnaissent que la clé se trouve dans la mobilisation alors que l’abstention a atteint 57% au second tour des législatives de 2017 dans ce territoire. Les commerçants de la butte Montmartre n’entendent “pas du tout parler de cette élection”. “On a été assommés par la présidentielle”, explique l’un d’eux. ”À une époque, on était avides de rencontrer les députés, là pas vraiment...”, poursuit le patron d’un restaurant. Rudolph Granier acquiesce au peu d’intérêt que susciteraient ces élections: “Aux municipales (de 2020) on pouvait sentir les choses... Là, tu sors ta truffe et tu sens rien”.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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