Législatives: les 14 enfants oubliés du macronisme

Un homme tracte durant la campagne de la candidate Valérie Oppelt (La République en Marche) pour les élections législatives, à Nantes, le 4 juin 2017 (LOIC VENANCE)
Un homme tracte durant la campagne de la candidate Valérie Oppelt (La République en Marche) pour les élections législatives, à Nantes, le 4 juin 2017 (LOIC VENANCE)

Au commencement, ils étaient 14. Sept ans plus tard, la "naïveté" des débuts s'est évaporée: des premiers candidats investis par Emmanuel Macron pour les législatives de 2017, seuls trois tentent de nouveau leur chance, et peu marchent totalement alignés derrière leur président.

"Eh bien, vous les avez là, au premier rang". 6 avril 2017, à l'approche de la présidentielle, Emmanuel Macron dévoile dans L'Emission politique sur France 2 ses "parlementaires", censés incarner l'un des slogans de la campagne et le coeur du macronisme: "Renouvellement des visages et des usages".

Quelques uns bénéficient d'une petite notoriété, comme Jean-Michel Fauvergue, ex-patron du Raid, le sociologue Jean Viard, ou encore l'ancien porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot, Matthieu Orphelin. La plupart sont de parfaits inconnus issus de la société civile: Mireille Robert, enseignante dans l'Aude; Jean-Baptiste Moreau, agriculteur dans la Creuse; ou encore Claire Houd, DRH d'Eure-et-Loir. Et pour tous, s'asseoir à quelques mètres du candidat Macron, qui a fondé pile un an avant son mouvement En Marche, est le point d'orgue d'une "journée incroyable", dixit l'une des adoubées, Valérie Oppelt.

Car les 14 ont été conviés de dernière minute à Paris, par l'homme-orchestre des investitures, aujourd'hui ministre des Affaires étrangères, Stéphane Séjourné. Réunis dans une brasserie, ils apprennent que leurs candidatures sont acceptées et qu'ils sont attendus le soir à la télévision.

"Je prends une paire de gifles énorme, je n'y croyais absolument pas", témoigne Mme Robert, qui s'est même interrogée: n'ai-je pas été "sacrifiée" ?

"Je me demandais comment j'allais trouver l'argent pour faire campagne. Et je me suis dit: mon mari va tomber à la renverse sur le canapé", ajoute-t-elle.

Une photo de groupe au QG de la campagne immortalise le moment. "La Laetitia de cette photo, c'est une personne très novice. Mais cette naïveté était sans doute nécessaire pour se sentir capable de tout", rembobine l'avocate Laetitia Avia, députée de 2017 à 2022.

- "Illusions" -

Egalement avocate, Caroline Reverso-Meinietti abonde: "Je n'avais pas d'expérience politique. J'y suis allée vraiment en toute sincérité: je trouvais que c'était génial qu'on donne la parole à des gens qui sont dans le cambouis". Face au LR Eric Ciotti, solidement implanté dans les Alpes-Maritimes, cette dernière a même cru "pouvoir renverser la table". Sans succès.

Derrière la fraîcheur des profils se cachent des calculs politiques. Cette première salve propulse des candidats face aux présidents des commissions d'investitures LR et PS. Message envoyé: avec eux, "il n'y aura pas d'accord", explique un stratège de la campagne Macron.

Juin 2017, la vague macroniste emporte tout et 10 des 14 postulants décrochent leur ticket pour l'Assemblée. Juin 2022, le ressac est violent, plus aucun ne subsiste.

"On a considéré qu'on était nous-mêmes de l'ancien monde. On s'est fait prendre à notre propre jeu", résume Mme Avia.

Entre-temps, tous ont revu leurs espérances. Sur la politique en général, et les promesses du macronisme en particulier.

"Je ne m’étais pas trop bercé d’illusions sur le rôle du député. Mais j’avais espoir qu’avec un homme nouveau, les choses soient appréhendées différemment", souffle Jean-Michel Fauvergue

On se disait: "quand il y aura des trucs intelligents qui sont dits de part et d'autre, on les reprendra. Mais on a fini par faire les choses comme les autres", soupire encore l'ancien policier.

Depuis sa voiture, sillonnant les routes de la Creuse pour tenter de retrouver un siège au Palais-Bourbon, Jean-Baptiste Moreau râle: "on s'est mis dans les charentaises des partis traditionnels". Pour lui, ce n'est pas tant une question "de ligne politique qui serait devenue trop à droite" que "d'usages".

Un constat que ne partage pas tout à fait Jean Viard qui fait "partie des gens qui pensent que le pilier social a gravement manqué". "Les macronistes sont des gens urbains, très brillants, qui ont fait peu de politique. C'est un gouvernement de gagnants qui n'a pas su associer la société".

- Isolement -

Laetitia Avia non plus ne se sent "pas toujours" en phase, même si elle se "retrouve sur l'essentiel".

Pour beaucoup, la loi immigration, votée fin 2023, reste difficile à avaler. "Elle m'aurait posé problème", consent Valérie Oppelt. Elle se dit toujours "très loyale" au président. Mais en se présentant de nouveau en Loire-Atlantique, comme M. Moreau ou Elisabeth Toutut-Picard en Haute-Garonne, elle aborde cette campagne "différemment" des précédentes, "avec beaucoup plus de liberté dans les combats que je veux mener".

Désormais retirée de la politique, Mireille Robert, "très inquiète", observe "la montée du RN". Aux législatives, elle soutiendra donc un candidat de gauche à la tête d'"un front républicain, même si on a une candidate Renaissance".

De la photo d'avril 2017, qui trône toujours "dans le bureau des parents" de Jean-Baptiste Moreau, que reste-t-il ?

Plusieurs ont disparu du paysage après avoir marqué leurs distances avec Emmanuel Macron, de son ancien secrétaire d'Etat Mounir Mahjoubi à l'ex-député de Paris Hugues Renson, en passant par Matthieu Orphelin.

Ce dernier se souvient de sa "journée un peu folle" du 6 avril 2017, mais ne souhaite pas ressasser les raisons qui l'ont poussé à claquer la porte d'En marche dès 2019, déçu notamment par le manque d'avancées en matière écologique.

Et Emmanuel Macron ? "Le pouvoir isole, ce n'est pas une nouveauté", commente Jean-Baptiste Moreau, qui a "continué à échanger avec lui comme au premier jour, avec les engueulades que cela comporte". Mais, "je ne sais pas si beaucoup de gens autour de lui lui font remonter la situation du pays".

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