L'écrivain Christian Lehmann sur Gabriel Matzneff : "J'ai dénoncé à plusieurs reprises ce prédateur"

"J'ai rencontré Gabriel Matzneff en 1988. Cette année-là, mon premier roman connaît le succès. Je fais partie des coqueluches de la rentrée littéraire. Jeune ­médecin généraliste à Poissy, dans les ­Yvelines, me voilà ­brièvement invité dans les ­mondanités parisiennes. En ­décembre, ­l'hebdomadaire médical Impact Médecin, qui vient de me recruter comme chroniqueur, donne une soirée au Théâtre des Champs-­Élysées. Je me retrouve assis à côté de Matzneff, un ­écrivain célèbre, adulé par la critique, qui tient lui aussi une chronique dans le ­journal et qui se présente comme un ­artiste maudit, victime de passions ­incomprises pour les adolescentes. Il est justement accompagné d'une très jeune fille ; elle s'est faite toute belle pour venir assister au ballet. Les parents de la demoiselle sont présents eux aussi.

Je suis très mal à l'aise car je viens de lire son roman Ivre du vin perdu. Le passage au cours duquel le narrateur se désole de voir une ancienne amoureuse fréquenter un garçon de son âge m'a éclairé sur ce qu'il est : un homme obsédé par la quête de la virginité, physique et morale, qui hait les femmes qui lui échappent en grandissant. J'ai aussi lu son pamphlet Les Moins de Seize Ans et ça m'a horrifié : ­comment un tel texte, dans lequel il raconte que tout homme adulte bande devant les fesses des petits garçons de 12 ans, et qui est en fait l'autoportrait d'un prédateur, peut-il être en vente ? Bref, je le déteste, il me révulse. Je l'ai dit au directeur de la r...


Lire la suite sur LeJDD