L'échappement immunitaire : quand les variants du Covid-19 résistent au vaccin

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L’Organisation mondiale de la santé a alerté mercredi sur un nouveau variant du Covid-19 baptisé "Mu", qui a été identifié pour la première fois en Colombie et qui pourrait être plus résistant aux anticorps du fait de ses mutations. France 24 fait le point sur ce risque appelé "échappement immunitaire" qui menace l’efficacité vaccinale.

Alors que les pouvoirs publics intensifient leurs campagnes de vaccination à travers le monde pour venir à bout de la pandémie de Covid-19, l’apparition de mutations du virus considérées plus résistantes face au vaccin continue de susciter l’inquiétude. Si le variant Delta, repéré en Inde, est aujourd’hui majoritaire en France et à travers le monde, l’Organisation mondiale de la santé a récemment identifié plusieurs nouvelles mutations baptisées Mu, Lambda ou Epsilon qui présenteraient, elles aussi, un risque dit d’"échappement immunitaire", neutralisant en partie les anticorps présents du fait de la vaccination ou bien d'une infection passée. Pour mieux comprendre cette notion devenue cruciale dans la lutte contre le Covid-19, France 24 s’est entretenu avec le professeur Jean-Daniel Lelièvre, chef du service d'immunologie et de maladies infectieuses de l'hôpital Henri-Mondor de Créteil.

France 24 : Pouvez-vous expliquer à quoi correspond le risque d’échappement immunitaire soulevé par l’OMS à propos de certains variants ?

Jean-Daniel Lelièvre : L’échappement immunitaire fait référence à la moindre efficacité de la protection des personnes vaccinées, ou bien qui ont déjà été malades, face à certaines souches virales responsables de Covid-19. Ces personnes ont développé des anticorps qui leur procurent une immunité de plusieurs mois, qui va baisser avec le temps. Mais le Covid-19 a la particularité de muter vite et beaucoup.

Plus la nouvelle version du virus est différente de l’originale, plus l’immunité préexistante est faible. Or si la grande majorité des variants ne posent pas de problèmes particuliers, on observe chez certains d’entre eux des modifications qui sont en quelque sorte des failles et peuvent rendre les anticorps moins efficaces.

Cet échappement immunitaire menace-t-il aujourd’hui l’efficacité de la couverture vaccinale ?

Il y a deux problèmes majeurs avec les variants aujourd’hui, l’échappement immunitaire, qui rend donc les personnes immunisées plus vulnérables, et la plus grande contagiosité observée avec certains variants, comme les variants Alpha et Beta. Avec la diffusion du Covid-19 à travers le monde, les variants qui deviennent majoritaires tendent à rassembler ces deux caractéristiques. Aujourd’hui, les gens vaccinés avec la forme initiale restent protégés des formes sévères du Covid-19, même face aux nouveaux variants. Mais la question est de savoir pour combien de temps...

Jusqu’ici, nous n’avons pas détecté de mutations suffisamment différentes de la souche pour baisser significativement l’efficacité du vaccin car les anticorps ne sont pas uniques et ciblent plusieurs parties importantes du virus. Mais nous ne pouvons pas totalement exclure ce risque car il faut bien reconnaître que nous avons été surpris par la rapidité d’apparition des variants du Sars-CoV-2 et que nous ne comprenons toujours pas bien les mécanismes de sélection des mutations du virus.

Quelles mesures sanitaires permettent de combattre au mieux ce risque d’échappement immunitaire ?

Le risque d’échappement immunitaire est l’une des raisons de l’ouverture de la vaccination au plus grand nombre : plus on empêche la diffusion du Covid-19 parmi la population, plus on réduit ses capacités de mutation. C’est d’ailleurs lors de périodes de levées de restrictions que l’on a observé d’importantes mutations du Covid-19 – et notamment l’apparition du variant Delta. Il faut donc bloquer les chaînes de transmission avec les gestes barrières, bien sûr, mais également et surtout en vaccinant massivement. La difficulté aujourd’hui, c’est que nous sommes engagés dans une course contre la montre mais que nous manquons de données. Avec le séquençage, nous repérons ces modifications, parfois dans des parties critiques pour la réponse immunitaire, mais il faut ensuite analyser l’évolution du variant car c’est seulement s'il prend le pas sur les autres formes qu’il doit bénéficier d’une attention particulière. Il faut donc adapter la politique vaccinale en fonction de l’évolution du risque. Face à ces nouveaux variants qui présentent des mutations inquiétantes, il semble aujourd’hui nécessaire de se diriger vers la généralisation de la troisième dose à l’ensemble de la population pour maintenir un niveau d’efficacité vaccinale suffisant.

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