L'âge légal de la retraite sera progressivement décalé à 64 ans en 2030

Ce sera 64 ans à l'horizon 2030: Élisabeth Borne a présenté mardi la réforme des retraites, engagement phare du président réélu Emmanuel Macron, confirmant un report de l'âge légal de départ qui laisse augurer une vive opposition dans la rue et au Parlement.

La Première ministre a confirmé lors d'une conférence de presse l'arbitrage qui avait largement fuité depuis plusieurs jours, après une séquence de plusieurs mois mêlant consultations, atermoiements et report-surprise de l'annonce au mois de décembre.

"J'ai bien conscience que faire évoluer notre système de retraite suscite des interrogations et des craintes chez les Français. Nous voulons y répondre, et convaincre" et surtout "garantir l'équilibre du système en 2030", a déclaré la cheffe du gouvernement.

Les partis de gauche, le Rassemblement national et l'ensemble des syndicats de salariés sont vent debout contre un recul de l'âge de départ.

Le report de l'âge légal à 65 ans, engagement initial d'Emmanuel Macron, n'a "jamais été une fin en soi", a insisté Mme Borne, présentant sa copie comme le fruit des consultations avec les syndicats et les partis politiques, au premier rang desquels Les Républicains dont le gouvernement espère l'approbation.

A compter du 1er septembre, l'âge de départ sera "relevé progressivement de trois mois par an pour atteindre 64 ans en 2030. Nous serons donc à 63 ans et 3 mois à la fin du quinquennat" en 2027, a détaillé la Première ministre.

"Nous n’irons pas plus loin que les 43 ans de cotisation prévus par la réforme Touraine pour partir avec une retraite à taux plein. Mais nous atteindrons cette cible plus vite, en passant à un rythme d’un trimestre par an", a-t-elle développé. Il faudra donc avoir cotisé 43 ans dès 2027 au lieu de 2035 pour une retraite à taux plein.

- Pension minimum -

Autre mesure-phare sur laquelle le gouvernement compte pour faire accepter la réforme: le relèvement à 85% du Smic net, soit 1.200 euros brut actuellement, de la pension minimum pour les carrières complètes. Une mesure étendue aux retraités actuels. "Près de deux millions de petites retraites vont être augmentées", a fait valoir Élisabeth Borne.

La réforme comprend également un dispositif "adapté" pour les carrières longues, "pour qu'aucune personne ayant commencé" à travailler tôt ne soit obligée de travailler plus de 44 ans", selon le gouvernement.

Elle "actera l'extinction des principaux régimes spéciaux" subsistants: "les nouveaux embauchés à la RATP, dans la branche des industries électriques et gazières et à la Banque de France" seront notamment affiliés au régime général, a précisé Mme Borne.

Sur le volet pénibilité, "un fonds d'investissement dans la prévention de l'usure professionnelle" sera instauré et doté d'un milliard d'euros sur le quinquennat.

Le gouvernement veut en outre créer un "index seniors" pour les entreprises de plus de 1.000 salariés "dès cette année", et pour celles de plus de 300 salariés en 2024, que les entreprises devront renseigner sous peine de sanctions. Une mesure qui suscite l'hostilité du patronat.

Au plan politique, Élisabeth Borne assurera le service après-vente mardi soir sur France 2. Et le gouvernement devrait inscrire sa réforme dans un projet de budget rectificatif de la Sécurité sociale présenté en Conseil des ministres le 23 janvier, avant examen en février à l'Assemblée.

"Nous sommes prêts à faire encore évoluer notre projet, et cela sera possible grâce à un débat parlementaire loyal et constructif", a précisé la Première ministre.

- "Régression sociale" -

Les réactions ne se sont pas faites attendre. Jean-Luc Mélenchon a dénoncé une "grave régression sociale". Marine Le Pen a assuré de sa "détermination" à "faire barrage" à une "réforme injuste" que le gouvernement entend faire adopter "avec le soutien de LR".

Le président des députés LR Olivier Marleix s'est dit "satisfait d'avoir été entendu", sur le rythme de la réforme et les petites retraites.

Au plan social, la suite ne fait guère de doute: réunis en fin d'après-midi à la Bourse du travail à Paris, les dirigeants des huit grands syndicats (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, Solidaires, FSU) devraient appeler à une première journée de manifestations et de grèves le 19 ou le 24 janvier.

Avant cette réunion, le patron de Force ouvrière Frédéric Souillot a dénoncé "la réforme la plus injuste pour les salariés de la deuxième ligne et les plus précaires".

"Même avec des mesures positives sur les carrières longues ou la pénibilité", "il n'y aura pas de deal avec la CFDT", avait de son côté prévenu le secrétaire général du syndicat réformiste, Laurent Berger, dont l'exécutif a un temps espéré le soutien.

Le Medef, de son côté, a salué "les décisions responsables et pragmatiques" du gouvernement.

Selon les derniers sondages, une large majorité de Français sont opposés au relèvement de l'âge légal.

S'il prédit "un mouvement d'ampleur" des syndicats, le député Renaissance Marc Ferracci, proche d'Emmanuel Macron, affiche en revanche la détermination du pouvoir: "Il faut qu'on montre qu'on ira jusqu'au bout".

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