Kumbalgarh en majesté

Michael Freeman/Corbis

Rares sont les Indiens, je peux l’affirmer sans trop de risque, qui savent que la deuxième muraille la plus longue du monde après celle de Chine se trouve dans leur pays. Et plus précisément au Rajasthan, au fort de Kumbalgarh. J’étais moi-même dans la plus parfaite ignorance de ce record avant d’aller visiter ce monument et d’admirer un tronçon de ses imposants remparts. Si ce mur-là n’arrive sans doute pas à la cheville de la Grande Muraille chinoise, il n’en est pas moins imposant. Totalisant 36 kilomètres de long et 7 mètres d’épaisseur, les fortifications du fort de Kumbalgarh montent et descendent, sinueuses, sur les versants des monts Aravalli, dans le district de Rajsamand, dans le sud du Rajasthan. Derrière cette enceinte se trouvent quelques-uns des palais et temples les plus spectaculaires de l’Etat. Une visite qui mérite le détour pour quiconque se trouve dans les environs d’Udaipur, à environ 90 kilomètres de là.
Comme la plupart des forteresses indiennes, Kumbalgarh a une histoire fascinante. La structure actuelle aurait été édifiée par le rana [roi] Kumbha entre 1443 et 1458, mais certains experts pensent qu’elle a pu être bâtie sur une construction plus ancienne, ordonnée par le prince jaïn Samprati au iie siècle av. J.-C. Le vaste empire du rana Kumbha, le Mewar, s’étendait de Ranthambhor à Gwalior et englobait une bonne part des actuels Etats du Rajasthan et du Madhya Pradesh. Au cours des siècles, les plus illustres souverains du Rajasthan ont apporté leur touche au complexe fortifié de Kumbalgarh, avec notamment le superbe Badal Mahal [palais des nuages], construit sur l’ordre du maharana [grand roi] Fateh Singh il y a plus d’un siècle. Le fort ne fut pris qu’une seule fois, au xvie siècle, apparemment à cause des effets combinés d’une pénurie d’eau et de la puissante association des forces de l’empereur moghol Akbar, des chefs d’Amber [l’actuelle Jaipur] et d’Udai Singh, le raja du Marwar. Bien sûr, Kumbalgarh a eu son lot d’intrigues de palais : le rana Kumbha a ainsi été tué par son fils alors qu’il priait, agenouillé dans le temple de Mama Deo.
Dressé majestueusement sur l’un des plus hauts plateaux de la zone, à 1 100 mètres d’altitude, Kumbalgarh est bordé d’épaisses forêts d’un côté et d’antiques édifices de l’autre. Les forêts font partie de la réserve naturelle de Kumbalgarh, créée en 1971, qui s’étend sur plus de 610 kilomètres carrés. Elle abrite ours lippus, léopards, antilopes tétracères et divers autres mammifères, plus de 200 espèces d’oiseaux et d’autres animaux encore, y compris, comme l’annonce un site de tourisme vantant ses visites du fort, des “crocodiles issus d’un élevage scientifique”. La réserve, qui est l’une des plus vastes étendues forestières relativement préservées de la région, présente aussi un intérêt hydrologique majeur, puisque plusieurs cours d’eau alimentant villages et villes en aval y trouvent leur source. Rien d’étonnant, dès lors, à ce que, dans chacune des vallées de la réserve naturelle de Kumbalgarh, la chaleur sèche du Rajasthan cède la place à une atmosphère fraîche et agréablement humide. Au fil des siècles, ces forêts ont certainement été le refuge bienvenu de plus d’un fantassin épuisé par le combat, en route pour le fort ou en revenant. Elles ont probablement aussi vu beaucoup de chasseurs, mais ceux-ci se sont heureusement raréfiés depuis plusieurs dizaines d’années.
Mais revenons au fort. A peine a-t-il franchi l’imposante arche de l’entrée principale que le visiteur est frappé par la multitude de temples disséminés dans le complexe. Car les dimensions de ses murailles ne sont pas la seule statistique remarquable dont se targue Kumbalgarh : la forteresse compte 360 lieux de culte, dont environ 300 sont jaïns, les autres étant hindouistes. Parmi les plus notables figurent le temple de Neelkantha Mahadeo, le temple de Parsvanath, le temple de Vedi, le Bawan Devris, le temple de Pitaliya Shah et le complexe religieux de Golera. Malgré l’existence dans la forteresse d’un village pittoresque dont la population, comprenant le personnel d’entretien du site, est majoritairement musulmane, il semble ne pas y avoir de mosquée digne de ce nom. De l’entrée principale, où l’on achète son billet, un chemin sinueux monte et franchit successivement de nombreuses portes. Chacune est protégée par d’impressionnants pics de bois rappelant les épines de l’acacia ou du kapokier et qui servaient à dissuader les éléphants de donner la charge et de les abattre. A mi-chemin de mon ascension, je m’arrête pour reprendre mon souffle. Me retournant, je comprends pourquoi les fortifications font la fierté des habitants. Maintenant que j’ai une certaine perspective, il me semble vraiment que le fort ne s’arrête que pour se fondre dans la grise aridité du sol environnant. De mon poste d’observation, j’aperçois aussi plusieurs réservoirs d’eau. Comme dans tous les forts du Rajasthan et du Maharashtra, chefs et habitants étaient passés maîtres dans l’art de recueillir le peu de pluie qui tombait du ciel et de la stocker longtemps sans risque de pollution.

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