Kraft Heinz, à ses plus bas, a pesé sur l'agroalimentaire européen

(Reuters) - Kraft Heinz a plongé vendredi à ses plus bas historiques à la Bourse de New York, où les investisseurs ont sanctionné les 15,8 milliards de dollars de dépréciations d'actifs passées par le géant américain de l'agroalimentaire, perçues comme le reflet d'une érosion de la valeur de ses marques.

L'action Kraft Heinz chutait de plus de 27% à 35 dollars dans l'après-midi, entraînant à la baisse ses concurrents General Mills (-3%) et Campbell Soup (-8%).

Les acteurs de marché estiment non seulement que la stratégie de compression des coûts mise en oeuvre depuis quelques années par les actionnaires de Kraft Heinz a pénalisé l'animation des marques du groupe (Kraft, Oscar Mayer, Heinz Ketchup) mais notent aussi que les temps sont difficiles pour l'ensemble du secteur des produits conditionnés, alors que les consommateurs veulent de plus en plus une alimentation saine.

Kraft Heinz, contrôlé par le fonds brésilien 3G Capital et le véhicule d'investissement de Warren Buffett Berkshire Hathaway, pâtit aussi de l'annonce d'une enquête réglementaire, de ses résultats inférieurs aux attentes et de la baisse de son dividende.

La chute du titre, qui efface près de 17 milliards de dollars de capitalisation boursière, pénalise aussi les valeurs européennes du secteur : l'indice Stoxx européen de l'alimentation et des boissons a cédé 0,82%, le brasseur AB InBev 3,62%, Nestlé 0,87% et Unilever 1,54%.

A Paris, Danone a limité son repli à 0,47%.

Kraft s'efforce de contrer la hausse des coûts de transport et des matière premières en resserrant ses dépenses à tous les niveaux. Mais cela a un prix.

"Pendant des années, les investisseurs ont demandé si le modèle de 3G de réduction extrême des coûts entraînerait en définitive une érosion de la valeur de la marque", a remarqué Ken Goldman, analyste de JPMorgan, qui a ramené son conseil sur le titre Kraft de "surpondérer" à "neutre".

"Nous pensons que la réponse est probablement venue sous la forme d'une réduction de valeur d'actifs incorporels de 15 milliards de dollars pour les marques Kraft et Oscar Mayer."


L'EFFICACITÉ DU MODÈLE DE 3G EN QUESTION

La société brésilienne a été saluée pour avoir utilisé une stratégie appelée budgétisation sur base zéro (ou ZBB) - où les gestionnaires doivent justifier toutes les dépenses, des crayons aux chariots élévateurs -, qui a permis de renforcer les marges de Kraft Heinz et de les placer parmi les meilleures du secteur.

Les analystes doutent maintenant de l'efficacité du modèle de 3G étant donné que les marges du groupe avant intérêts et impôts sont tombées à 23,2% en 2018, contre 27,2% en 2015.

"Ce qui explique en partie pourquoi le titre va souffrir en Bourse (...) c'est qu'on voit que le modèle 3G dépend fortement de la réalisation de transactions et des synergie et qu'à un certain moment avoir les meilleures marges de la catégorie importe peu si la croissance des ventes n'arrive pas", a commenté dans une note Laurent Grandet, analyste de Guggenheim Partners. "Les résultats de Kraft Heinz ont confirmé toutes nos pires craintes - et plus encore."

Stifel, de son côté, a abaissé son conseil sur la valeur d'acheter à conserver et a plus que divisé par deux son objectif de cours pour le ramener à 35 dollars, bien en deçà de l'objectif médian actuel qui est de 52 dollars.

Credit Suisse a réduit son objectif de cours de neuf dollars pour le ramener à 33 dollars, ce qui en fait l'objectif le plus bas sur Kraft à Wall Street.

"La réduction du dividende, la dépréciation de valeur des marques Kraft et Oscar Mayer et les perspectives de cessions reflètent une entreprise confrontée à un grave problème de bilan", a estimé Robert Moskow, analyste au Credit Suisse.

Les annonces de Kraft ont aussi eu un impact sur les obligations de la société. Selon MarketAxess, ces titres, d'une valeur de près de 31 milliards de dollars, étaient vendredi parmi les plus négociés sur le marché américain des obligations d'entreprises. Les rendements de plusieurs des souches les plus importantes de Kraft ont grimpé en flèche et les prix ont chuté d'un point ou plus.

Les spreads sur Kraft, soit la prime demandée par les investisseurs en compensation de la détention de titres Kraft par rapport au papier plus sûr du Trésor américain, se sont considérablement élargis pour toute une gamme d'obligations du groupe.


(Siddharth Cavale à Bangalore, Benoit Van Overstraeten et Dominique Rodriguez)