Kosovo : vers une victoire de l'opposition de gauche aux législatives selon les sondages

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Le parti d'opposition de gauche Vetevendosje, incarné par le tribun Albin Kurti, était en passe de remporter les élections législatives au Kosovo dimanche, selon les premiers sondages réalisés à la sortie des urnes.

Un parti d'opposition de gauche est sur le point de remporter les législatives au Kosovo dimanche 14 fevrier devant la vieille garde des commandants, selon les sondages réalisés à la sortie des urnes. Le parti Vetevendosje (VV), incarné par Albin Kurti, brandit l'étendard de la lutte contre la corruption dans le territoire rongé par la pauvreté et l'instabilité politique.

Ce scrutin législatif anticipé, le cinquième depuis la proclamation d'indépendance de l'ancienne province serbe en 2008, était organisé alors que la pandémie du coronavirus s'aggrave.

L'épidémie a également exacerbé les maux économiques et sociaux du territoire comptant 1,8 million d'habitants, où le salaire moyen est de 500 euros environ et où les jeunes, confrontés à un taux de chômage de 50 %, cherchent massivement leur salut dans l'émigration vers la Suisse ou l'Allemagne.

Un parti anticorruption en tête

La soif de changement est incarnée pour beaucoup par Vetevendosje ("autodétermination"), le mouvement réformiste de gauche d'Albin Kurti parti en guerre contre la corruption.

Selon les sondages réalisés à la sortie des urnes par quatre chaînes de télévision, le principal parti d'opposition aurait remporté entre 41 % et 53 % des voix.

Le PDK établi par d'anciens commandants rebelles de la guerre d'indépendance contre les forces serbes (1998-99) ainsi que la LDK de centre-droit auraient recueilli quant à eux entre 15 % et 20 % des suffrages.

Les partisans d'Albin Kurti accusent les ex-guérilleros de captation des ressources de l'État et d'avoir gâché les premières années d'indépendance du territoire peuplé à majorité d'Albanais.

"Les gens attendent le changement, ils attendent la fin des problèmes qui nous empoisonnent, comme la corruption et le népotisme", a dit à l'AFP Sadik Kelemendi, médecin, avant de voter dans le froid et la neige. "Il faut aussi qu'on se consacre à la lutte" contre un virus qui a fait plus de 1 500 morts et manque de submerger des services de santé fragiles, ajoute-t-il.

Une alliance nécessaire pour gouverner

L'ex-rébellion est partie au combat électoral handicapée par l'absence de plusieurs grandes figures, comme l'ancien président Hashim Thaçi, inculpé en novembre par la justice internationale pour crimes de guerre pendant et après le conflit contre les forces serbes.

En face, VV a reçu le renfort de la présidente par intérim, Vjosa Osmani, 38 ans, symbole d'une classe politique nouvelle génération qui a quitté la LDK de centre-droit du Premier ministre sortant, Avdullah Hoti.

Vetevendosje avait fini en tête aux deux dernières législatives mais avait été évincé par des coalitions conclues par d'autres. En 2020, le gouvernement d'Albin Kurti, tribun redoutable qui a passé deux ans dans les geôles de Slobodan Milosevic, avait tenu une cinquantaine de jours avant d'être renversé.

Cette fois, il peut espérer constituer une majorité de gouvernement s'il s'allie avec les partis représentant les minorités, qui disposent de 20 sièges sur 120 au Parlement.

Dialogue difficile avec Belgrade

Tous ne soutiennent pas la totalité du programme d'un mouvement connu autrefois pour ses manifestations violentes et sa rhétorique anti-occidentale, relèvent les analystes.

Albin Kurti est accusé par ses adversaires de visées "dictatoriales" et de représenter une menace pour la relation privilégiée entre le Kosovo et les États-Unis. Il a été interdit par les autorités de se présenter personnellement en raison d'une condamnation pour avoir jeté des gaz lacrymogènes à l'Assemblée. Mais cela ne l'empêcherait pas de former un gouvernement en cas de succès.

Tenant de la ligne dure face à Belgrade, Albin Kurti aurait dans ce cas à poursuivre un difficile dialogue avec la Serbie, censé normaliser les relations avec Belgrade, qui refuse toujours de reconnaître l'indépendance de son ancienne province.

Plus de 20 ans après la guerre, cette question non résolue est source de tensions dans la région et un obstacle aux rêves d'Union européenne de Belgrade comme de Pristina.

Avec AFP