Kore-eda, vies de «Tempête»

Libération.fr

Scrutant les déceptions ordinaires, le cinéaste japonais met en scène les relations d’une famille tokyoïte éclatée. Une belle étude sur la transmission.

«Comment ma vie a tourné comme ça ?» La phrase n’est pas d’une originalité folle, mais prononcée par une femme qui trompe son mari, puis notée sur un post-it par un écrivain raté, elle fait ici figure de programme. Contrairement à ce qu’indique son titre, Après la tempête ne s’intéresse pas au beau temps après la pluie, mais au cœur du maelström, à l’œil du cyclone, et à comment on en arrive là, à cet endroit où il va bien falloir accepter que la vie ne tournera pas comme on veut.

Crépuscule. Plus amer que les récentes propositions de Hirokazu Kore-eda - on attend en vain, ici, la rédemption - le film déploie un extraordinaire tableau de vies déçues : celle d’un fils qui rêvait d’écrire mais dilapide son avenir au jeu, celle d’une femme excédée par cet ex-mari qui n’est pas (et ne fut jamais) à la hauteur, et surtout, celle d’une mère qui tente avec humour d’accepter l’idée que ce dont elle rêvait pour elle et les siens n’adviendra pas. Quelle forme particulière de solitude et de tristesse, se demande-t-on en voyant la veuve vaquer à ses occupations, dans sa minuscule cuisine d’une cité-dortoir de la banlieue de Tokyo, s’abat sur un être au crépuscule de sa vie devant encore s’inquiéter pour ses enfants ? Toute la finesse de Kore-eda est de faire affleurer ces questions au cours de scènes anodines, discussions en repiquant les boutures du balcon, en s’affairant autour d’une soupe, la lourdeur des enjeux n’étant jamais relayée par une mise en scène qui, elle, volette ici et là. Sur le beau visage rond de Yoshiko (Kirin Kiki) se frôlent bonhomie, sagesse et résignation, et un flegme amusé qu’on lui envie.

Ryota (Hiroshi Abe), grand dadais à la silhouette de play-boy fatigué, n’a pas tué ses voisins ni braqué une banque. Il est la cause d’une déception lancinante, à savoir que les défauts de son père mort récemment ont (...)

Lire la suite sur Liberation.fr

«Jeanne», habemus papesse
Vite vu
«Mister Universo», le goût du sort
Ticket d’entrée
«Je ne suis pas votre nègre», magistrale généalogie du racisme aux Etats-Unis

En utilisant Yahoo vous acceptez les cookies de Yahoo/ses partenaires aux fins de personnalisation et autres usages