Kiyoshi Kurosawa, cosmique de répétitions

Libération.fr

«Avant que nous disparaissions» imagine des envahisseurs aliens venus pour dérober ses concepts à l’humanité. Grinçant et poétique.

Il faudrait mettre au panier des siècles de littérature et de philosophie. L’humanité parle trop, et mal, et ne sait même pas expliquer ce qu’est le moi, ce qu’est l’amour. L’humain est si médiocre qu’on pourrait, cela arrive, confondre les mouvements de son esprit avec ceux d’un poisson rouge. C’est l’une des choses que l’on peut choisir de retenir du très grinçant Avant que nous disparaissions, essai de science-fiction de Kiyoshi Kurosawa (Vers l’autre rive, Creepy), qui a choisi ici de délaisser les fantômes pour s’intéresser aux extraterrestres. Ces derniers projettent d’envahir la Terre et d’éradiquer l’humanité après lui avoir volé tous ses «concepts», concepts qui supposément la définiraient - la famille, le moi, le travail, la propriété, l’amour.

Body-snatching. Cheminant sur une ligne de crête perchée entre satire et sentimentalisme, l’objet high concept à plus d’un titre de Kurosawa - adaptation d’une pièce de théâtre à succès au Japon - suit trois aliens ayant pris forme humaine, dans leurs déambulations émaillées de quelques explosions de sang old school. Soit un périple au sein d’un quotidien dont le réalisateur a toujours dépeint, et c’est encore le cas ici, la charge inquiétante, l’angoisse naissant d’un voisinage trop calme, d’un souffle de vent entrant par une fenêtre que l’on a fait l’erreur de laisser ouverte. Avant que nous disparaissions ajoute un tour piquant à cette histoire de body-snatching et de rapt d’idées : il suffit que les extraterrestres s’emparent d’un concept au moment où l’humain se le figure, ou plutôt le «visualise», car il est incapable de l’articuler convenablement, pour qu’il ou elle le perde à jamais.

Le comique de l’histoire - car le film est souvent drôle - réside dans la mise à profit avantageuse de ce manque. Un patron harceleur devient presque sympathique de s’être délesté de toute idée de (...)

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