Kiril Martynov (Novaïa Gazeta) : «En Russie, la profession de journaliste est interdite»

Baptiste Giroudon

Opposé à l’invasion de l’Ukraine, Kiril Martynov, directeur adjoint de « Novaïa Gazeta » s’est réfugié à Riga, en Lettonie. C’est ce pays que Martynov - accompagné d’autres membres de l’équipe - a choisi pour installer le siège de son nouveau journal « Novaïa Gazeta Europe », sans rapport avec celui de Moscou. Paris Match a rencontré ces champions du journalisme d’investigation. Un reportage à retrouver dans notre dernier numéro, en vente en kiosque.

Paris Match. Quelles sont les difficultés pour informer aujourd’hui en Russie ?
Kiril Martynov. La profession de journaliste y est interdite. Si vous faites autre chose que de la propagande d’État, vous pouvez être poursuivi comme un criminel et votre média court le risque d’être fermé par l’agence de censure russe. Les autorités ont de nombreux outils pour nous détruire et ils l’ont déjà fait. Aujourd’hui, on ne peut faire ce métier que depuis l’étranger, ou sous couverture, sous pseudo, et à travers les réseaux sociaux - Youtube et Telegram ne sont pas encore fermés en Russie. Mais, déjà avant la guerre, c’était très dur de travailler. Les autorités ont créé de très nombreuses lois, notamment celle instaurant le statut « d’agent de l’étranger », inventé juste pour interdire tout journalisme indépendant et toute opposition.

Avez-vous été menacé ?
Officiellement, l’agence de censure a donné deux avertissements à Novaïa Gazeta en deux jours. En recevoir un second signifie que le journal peut perdre sa licence pour publier en Russie. La raison invoquée pour ces deux avertissements était bidon. Je pense qu’ils étaient destinés à nous menacer : si vous n’arrêtez pas maintenant, on n’en utilisera pas d’autres, on vous poursuivra en justice. Quelques jours plus tard, Dmitri Muratov, le directeur du journal a été attaqué dans un train. Si un prix Nobel peut être attaqué, cela signifie qu’aucun journaliste ne peut aujourd’hui se sentir en sécurité. Personnellement j’ai reçu beaucoup de menaces sur les réseaux sociaux, comme probablement la plupart des journalistes indépendants en Russie. On essaye de ne pas les prendre trop au sérieux.

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