A Kiev, les blessés évitent les hôpitaux de peur d'être arrêtés

Devant une clinique improvisée dans le centre de Kiev. Les manifestants antigouvernementaux ukrainiens blessés lors d'accrochages avec les forces de police à Kiev ne veulent pas être hospitalisés, de peur d'être arrêtés, et préfèrent se faire opérer dans les cliniques improvisées que gère une armée de médecins bénévoles. /Photo prise le 27 janvier 2014/REUTERS/Vasily Fedosenko

par Jack Stubbs KIEV (Reuters) - Les manifestants antigouvernementaux ukrainiens blessés lors d'accrochages avec les forces de police à Kiev ne veulent pas être hospitalisés, de peur d'être arrêtés, et préfèrent se faire opérer dans les cliniques improvisées que gère une armée de médecins bénévoles. Depuis que les affrontements se sont intensifiés la semaine dernière, les médecins ont à soigner des blessures plus graves, des brûlures dues aux gaz lacrymogènes. "Lorsque je travaillais au service des urgences, toute blessure susceptible d'avoir été causée par des violences devait être signalée", raconte Aleksandr Pivovarov, un ancien médecin urgentiste kiévien de 32 ans. "Les gens le savent et ils préfèrent se faire soigner dans la rue que d'aller en prison", ajoute-t-il. Des vidéos mises en ligne jeudi montrent des policiers effectuant une descente dans un service d'urgences à Kiev et arrêtant des militants blessés allongés sur les lits. Les organisations de manifestants, appelées collectivement "Euromaïdan" d'après Maïdan, la place de l'Indépendance, occupée par les contestataires, disent qu'officiellement, 30 à 40 militants ont été arrêtés à l'hôpital, mais que le nombre véritable d'arrestations est en fait nettement supérieur. Une délégation de l'Union européenne en Ukraine a fait part de sa préoccupation face à la "détérioration des droits de l'homme" dans le pays. "Les arrestations de blessés devant les hôpitaux sont inacceptables, quelles que soient les circonstances", a déclaré cette délégation dans un communiqué. Les médecins hospitaliers craignent de perdre leur emploi s'ils contestent les arrestations, explique Pivovarov, dont certains amis travaillent toujours aux urgences. "Tout le monde n'approuve pas les manifestants", fait-il remarquer. "Certains pensent qu'il s'agit de criminels fauteurs de troubles". Aleksandr Pivovarov fait partie aujourd'hui d'une équipe de dix médecins bénévoles basée dans deux centres médicaux installés près du stade du Dynamo de Kiev, l'un des principaux points de tension avec les forces de l'ordre. "SEULS LES IDIOTS VONT A L'HÔPITAL" Ces bénévoles, dont les casques en plastique se distinguent par des croix rouges, apportent sur les barricades les premiers soins aux opposants blessés. Avec l'aggravation des violences la semaine dernière, on déplore désormais au moins six morts liés à la contestation du pouvoir ukrainien, qui a pour origine le refus du président Viktor Ianoukovitch de signer, en novembre, un accord d'association entre l'Ukraine et l'Union européenne. Après deux mois de contestation et d'occupation du centre de Kiev, les manifestants continuent d'exiger la démission de Viktor Ianoukovitch. Des éléments d'extrême droite rejoignent les manifestations et affrontent depuis le 19 décembre les forces de l'ordre. "Les blessures sont bien plus graves maintenant", déplore Pivovarov, en précisant : "Nous traitions au début des cas d'hypothermie, des refroidissements. Maintenant, je vois des choses qui rappellent une zone de guerre. Des blessures ouvertes, des brûlures dues aux gaz, des éclats dans les yeux, et même des amputations". Malgré cela, il préfère n'envoyer que les cas les plus graves dans les hôpitaux, en les confiant là-bas à des médecins dignes de confiance. Les manifestants accusent les policiers de tirer des balles en caoutchouc à hauteur de la tête, de viser les médecins sur le théâtre des affrontements et de fixer des clous aux grenades assourdissantes de manière à en faire des armes mortelles. La moitié des manifestants évacués vers les hôpitaux de fortune sont soignés pour des blessures à la tête. Au "centre médical n°1" mis en place par les manifestants à l'intérieur d'une bibliothèque, un manifestant se fait bander une main, blessée par un cocktail Molotov. "Seuls les idiots vont à l'hôpital", dit-il à Reuters. "On vous jette un regard et on appelle la police". De leur côté, des policiers sont blessés par les jets de pierre ou de cocktails Molotov de manifestants. "Je le dis officiellement, il s'agit de criminels qui doivent répondre de leurs actes", a affirmé la semaine dernière le Premier ministre, Mikola Azarov. Eric Faye pour le service français

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