A Kiev, une foule rend hommage à un jeune "héros" tué au combat

Roman Ratouchny était une figure du mouvement pro-européen Maïdan, un militant anticorruption, et il combattait les forces russes avec l'armée ukrainienne. Samedi sur la place de l'Indépendance à Kiev, des milliers de personnes ont rendu hommage à ce "héros" tué dans l'Est à 24 ans.

Devant le cercueil recouvert d'un drapeau ukrainien jaune et bleu au pied du monument qui surplombe cette place emblématique de la capitale, des personnes de tous âges ont salué la mémoire du jeune homme qui avait rejoint l'armée comme nombre d'autres civils depuis le début de l'offensive russe le 24 février.

"Je pense qu'il important d'être ici car c'est un héros de l'Ukraine et nous devons nous souvenir de lui", a déclaré à l'AFP Dmytro Ostrovsky, un lycéen de 17 ans.

Roman Ratouchny est mort le 9 juin près d'Izium, dans la région de Kharkiv, où les forces ukrainiennes sont confrontées à l'armée russe.

Venus sur la place de l'Indépendance seuls ou famille, jeunes ou âgés, ils se sont approchés de la dépouille chacun leur tour en s'agenouillant ou en faisant une génuflexion et en posant une main sur le cercueil où de nombreuses fleurs ont été déposées.

"Pour tous, tu étais un frère, pour certains un fils, et pour d'autres une figure paternelle", a déclaré au micro son père, Taras Ratouchny, qui a rendu un hommage appuyé à son fils devant la foule.

"Roman s'est toujours battu pour la bonne cause et c'est un exemple pour nous tous, pour les jeunes", a renchéri Hlib, un militaire de 29 ans.

Ratouchny était l'un des premiers étudiants à protester fin 2013 sur cette place, le Maïdan, théâtre de manifestations proeuropéennes massives qui ont entraîné en février 2014 la chute du président pro-russe Viktor Ianoukovitch.

Outre son engagement politique et contre la corruption en Ukraine, Ratouchny a dirigé l'ONG Protasiv Yar, du nom d'un lieu historique de Kiev défendu par des militants qui tentent de protéger cette zone de constructions illégales entraînant la destruction d'une grande forêt du quartier.

Son militantisme au sein de cette ONG lui avait valu des menaces de mort. Il en avait appelé au président Volodymyr Zelensky et au procureur général de Kiev, mais aucune enquête pénale n'avait alors été ouverte.

"S'il y avait 10 personnes comme Roman en Ukraine, nous vivrions dans un pays complètement différent", a estimé M. Ostrovsky.

Dans la matinée, des centaines de personnes parmi lesquelles le maire de Kiev, Vitali Klistchko, ont assisté aux obsèques au monastère Saint-Michel-au-Dôme-d'Or, dans le centre de Kiev.

"Bien que je ne le connaissais pas personnellement, j'ai ressenti (sa mort) comme une perte, car lorsque ma vision du monde s'est formée, (Roman) est devenu une personne qui a influencé ma vision et la personne que je suis maintenant", a déclaré à l'AFP Alina Horhol, une étudiante venue à la cérémonie qui s'est déroulée devant le monastère.

"Roman était le genre de personne qui aurait pu changer beaucoup de choses dans notre société", a-t-elle ajouté.

L'annonce de sa mort en début de semaine avait suscité une vague de réactions sur les réseaux sociaux, parmi lesquelles celle de la légende du football anglais Gary Linecker qui a retweeté l'information en écrivant: "tragique".

"Roman Ratouchny, l'un des étudiants manifestants battus par la police le premier soir de la révolution de Maïdan, (...), je l'ai interviewé plusieurs fois (...) un type très vif, très intelligent", avait tweeté le journaliste Oliver Caroll.

Après l'hommage rendu sur le Maïdan, six soldats ont porté le cercueil en descendant les marches de la place à travers la foule massée des deux côtés, avant de le déposer dans un corbillard.

Il devait être mis en terre dans l'après-midi au cimetière Baïkove, dans le sud de Kiev, où reposent de nombreuses personnalités ukrainiennes.

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles