"Khibula", vision christique du premier président géorgien élu et destitué

Jacky Bornet
Khibula est la petite ville où fut retrouvé mort, dans des circonstances non élucidées en 1993, le premier président démocratiquement élu géorgien Zviad Gamsakhourdia. Le film éponyme de George Ovashvili ("L'Autre rive") retrace les dernières semaines de sa fuite avec un groupe de fidèles à travers une Géorgie magnifiée. Ovashvili y dresse une élégie christique du chef d'Etat déchu.

Martyr démocratique

Les films géorgiens sont rares, tout comme la veine d'un cinéma politique quasi disparu. "Khibula", en continuité avec les deux précédents longs métrages de George Ovashvili, parle de la Géorgie, pays devenu indépendant de l'Union soviétique en 1990, dont la situation n'a jamais cessé de se complexifier, avec coup d'Etat, guerre civile, intervention russe armée... La figure de Zviad Gamsakhourdia demeure fondatrice de cette indépendance. Le cinéaste ne cache pas ses sympathies pour celui qu'il considère comme le martyr d'une démocratie impossible à atteindre, aux résonnances chrétiennes enracinées.

L'identification au Christ traverse le film. Le petit groupe d'une dizaine de fidèles mené par Zviad Gamsakhourdia à travers les paysages caucasiens, renvoie à Jésus et ses apôtres traversant la Galilée tels des clochards célestes, allant à la rencontre de convertis ou de nouveaux adeptes. Les motifs du repas, du pain et du vin se rattachent à une Cène qui se répète jusqu'au dernier dîner. Gamsakhourdia va jusqu'à périphraser le Christ quand il dit qu'il n'est pas un pourvoyeur de paix, mais de conflit ("Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive" – Saint-Mathieu)...

Partir

L'image chrétienne est cohérente avec Zviad Gamsakhourdia. Adepte revendiqué de l'Eglise Orthodoxe de Géorgie, ses convictions religieuses le mènent vers un militantisme fervent en faveur des Droits de l'Homme. Politique et religion se mélangent dans le dissident, puis le leader politique et enfin le président très majoritairement élu en 1991. Si un nationalisme certain le caractérise, c'est en réaction à une politique soviétique qui, depuis Staline, s'est évertuée à faire peser son joug sur une Georgie stratégique et fortement identifiée. Gamsakhourdia n'a-t-il pas de plus un destin identifiable à celui du Christ, porté par le peuple et rapidement destitué, puis mort, peut-être supprimé ?

"Khibula" exalte ce portrait dans un film nomade, (...)

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