Kendrick Lamar, après lui le déluge

Libération.fr

Sorti vendredi, «Damn.» est une œuvre à la fois fascinante et décevante. A l’image d’un rappeur piégé dans son rôle de porte-parole et sa célébrité.

C’est un disque qui débute par un coup de semonce, littéral et inattendu (son but sans doute, car quels coups de semonce ne le sont pas ?). Après un préambule à la Curtis Mayfield, crooné par une chorale gospel aux airs de chœur grecou de voix off d’une émission de télé-réalité qui se piquerait de questionnements métaphysiques («Is it wickedness ? Is it weakness ? You decide, are we gonna live, or die ?» - «Est-ce de la malice ? De la faiblesse ? Vous décidez : allons-nous vivre, ou mourir ?»), le narrateur de Blood, auquel Kendrick Lamar prête sa voix et que l’auditeur élevé aux traditions du rap confondra volontiers avec sa personne, y raconte sa rencontre avec une femme aveugle et hébétée, dont l’agitation l’intrigue au point qu’il finit par lui offrir son assistance. «J’ai l’impression que vous avez perdu quelque chose et j’aimerais vous aider à le retrouver», lui propose-t-il. «Oh, mais c’est vous qui avez perdu quelque chose», lui répond-elle, avant d’ajouter : «La vie» - et de lui tirer dessus, à la manière d’un Ange exterminateur. Le film de Luis Buñuel de 1962 décortiquait ce moment précis où une communauté sous pression se révèle à elle-même en glissant de la civilisation vers la sauvagerie ; cette introduction en forme de parabole évoque avec une emphase exaltée le tumulte qui agite la communauté afro-américaine depuis l’assassinat de Trayvon Martin en 2012, et dont Kendrick Lamar, qui n’a pas encore 30 ans, s’est retrouvé être un porte-parole - un messie - au point de ne plus pouvoir rapper sa vie en tout égocentrisme.

Sidération. Pourquoi cet épais brouillard mystique pour charger l’album en sus ? On ne trippe pas son ego de la même manière quand on est un perdreau de l’underground et quand on a l’oreille d’un président - comme c’était le cas il y a encore peu pour Lamar avec Obama - et d’un peuple pour (...)

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