Karl Olive : « Les Français boycottent les urnes et on continue de regarder ailleurs »

Karl Olive cumul des mandats
LUDOVIC MARIN / AFP Karl Olive cumul des mandats

LUDOVIC MARIN / AFP

Karl Olive cumul des mandats

POLITIQUE - So 2014. Les députés de la majorité présidentielle ont retoqué, lundi 19 septembre, la proposition de leur collègue Karl Olive de revenir sur la règle interdisant le cumul des mandats, votée sous le quinquennat de François Hollande.

Une déception attendue pour le député Renaissance (ex-LREM) des Yvelines, qui en a fait l’un de ses chevaux de bataille, mais pas forcément définitive. « Les Français boycottent les urnes et on continue de regarder ailleurs », regrette l’ancien maire de Poissy après le choix de ses comparses de ne pas le soutenir. Lui voulait autoriser, à nouveau, la double casquette parlementaire/maire pour les communes de moins de 20 000 habitants, sans cumul d’indemnités.

Le but : « Fluidifier » encore davantage les relations « entre les administrés, le maire, et le sommet de l’État », mais aussi contribuer à résorber la fracture entre les citoyens et leurs élus. Et pour Karl Olive, rien n’est top tard : l’élu, qui se targue d’avoir le soutien d’Emmanuel Macron sur le sujet, compte sur la commission transpartisane voulue par le chef de l’État sur les institutions pour remettre son idée dans le débat.

Le HuffPost : Comment comprenez-vous le refus de Renaissance de porter votre proposition de cumul des mandats à l’Assemblée ?

Karl Olive : Honnêtement, je ne suis pas surpris. La position de Renaissance n’a pas évolué depuis le mois de décembre, quand ils avaient déjà retoqué une proposition semblable. Sur les 9 interventions au bureau, 8 venaient de collègues qui n’ont jamais été maires…

Mais cela n’empêche pas la proposition de prospérer. Ce dont je suis satisfait, c’est d’avoir remis au cœur de l’actualité cet enjeu qui traverse tous les partis. J’ai échangé avec l’Élysée et je sais que la commission transpartisane voulue par le président de la République abordera le sujet du cumul d’expériences.

Emmanuel Macron y est justement favorable, selon vous…

Pas selon moi : au moment des gilets jaunes, déjà, il m’avait dit qu’il pourrait revenir sur cette loi, peut-être dans une autre formule. Il le pense et l’a dit ouvertement en décembre dernier lors d’une visite dans le Cher. Mais cela se fait en début de quinquennat… Et on est en plein dedans.

Pour moi, ce n’est pas une nouveauté de la part du chef de l’État, comme de la part de Gérard Larcher, le président du Sénat, qui a toujours défendu cette révision. Même chose pour Édouard Philippe dont c’est l’ADN, François Bayrou qui l’a rappelé en août dernier, ou même Fabien Roussel qui s’était engagé pendant la présidentielle à revenir sur le cumul. On voit bien qu’un large consensus se dégage, c’est presque un enjeu sociétal.

Le retour du cumul des mandats ne risquerait-il pas de créer de nouvelles baronnies, où les élus locaux s’enracinent pour des décennies, ce que la loi de 2014 visait à endiguer ?

La loi a fait son effet : l’idée de pouvoir féminiser l’Assemblée ou celle de faire émerger des députés de la société civile ont parfaitement rempli son objectif. Pour autant, passer de 250 maires en 2012 à 0 aujourd’hui, c’est excessif. La voix de ces fantassins de la République manque tant à l’Assemblée qu’au Sénat.

Pour le reste, nous sommes aujourd’hui dans une vaste hypocrisie : à l’échelon local, un maire peut avoir différentes fonctions dans les syndicats intercommunaux avec un cumul d’indemnités. Cela existe également à l’échelon national, puisque vous pouvez être député et conseiller départemental, régional ou municipal en additionnant, là aussi, les indemnités. Et vous ne pourriez pas être maire et député ? Ce cumul d’expérience vient pourtant nourrir la démocratie, sans cumuler les indemnités. J’y crois plus que jamais.

Quelles sont vos autres pistes pour rapprocher les citoyens de leurs élus ?

Aujourd’hui, le cumul ou la 'proximité naturelle’ est une des clefs pour remédier à l’éloignement récurrent entre l’élu et le citoyen. C’est le moyen d’avoir des relations plus fluides encore entre les administrés, le maire, et le sommet de l’État.

Or, aujourd’hui, je m’aperçois que les Français boycottent les urnes et on continue de regarder ailleurs… Il est temps de prendre ces sujets à bras-le-corps, sans quoi nous risquons de nous interroger longtemps sur les tristes records d’abstention, élection après élection.

Si on veut répondre à la fracture démocratique, il faudra un jour ou l’autre arriver à faire en sorte que les Français puissent voter électroniquement. Il faudra également simplifier le système des procurations. Plus globalement, je crois que la démocratie a besoin de souffle.

À voir également sur Le HuffPost :

Vous ne pouvez visionner ce contenu car vous avez refusé les cookies associés aux contenus issus de tiers. Si vous souhaitez visionner ce contenu, vous pouvez modifier vos choix.

Lire aussi