De Kaboul à Paris, la France rend hommage aux victimes du terrorisme

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Plusieurs cérémonies se sont tenues ce jeudi 11 mars en hommage aux victimes du terrorisme. Une commémoration nationale dont la date, le 11 mars, a été choisie par plusieurs associations européennes en référence à l'attentat de Madrid de 2004.

La moitié des victimes du terrorisme dans le monde sont en Afghanistan. Pour la deuxième année consécutive, l’ambassade de France à Kaboul a honoré la mémoire des victimes du terrorisme dans ce pays d’Asie centrale déchiré par la guerre depuis plus de quatre décennies, et qui fait face à une insurrection talibane depuis 2001 ainsi qu’aux attaques du groupe État islamique depuis 2015.

Ce jeudi, les portraits de plusieurs victimes étaient ainsi posés sur des tréteaux dans la cour de l’ambassade de France, à quelques mètres de la stèle en hommage aux Français morts en Afghanistan : 90 soldats ainsi que des travailleurs humanitaires, des journalistes et leurs collègues afghans tombés à leurs côtés, rapporte notre correspondante à Kaboul, Sonia Ghezali.

L’ambassadeur David Martinon a égrainé les noms des victimes, parmi lesquelles le photographe Shah Marai, le journaliste Sardar Ahmad et le chauffeur Mohamad Akhtar, tous employés de l’Agence France-Presse à Kaboul et tués dans différentes attaques. Également parmi les victimes, Johanne Sutton, notre collègue de RFI tombée sous les balles des talibans dans le nord du pays le 11 novembre 2001, avec Pierre Billaud, confrère de RTL.

L'Afghanistan, un pays où la France maintient sa présence depuis près d’un siècle, a rappelé l’ambassadeur : « Cette relation entre nos deux pays, entre nos deux peuples, a été nourrie par des gens qui ont pris des risques inconsidérés en venant ici, qui ont mené leur engagement, qu’il s’agisse d’un engagement humanitaire ou de leur travail de journaliste. J’ai une pensée aussi pour les gardes de l’ambassade de France qui ont été tués en 1992 dans un tir de roquette. »

« Toutes ces personnes, c’est un devoir et un honneur de les honorer », a conclu David Martinon avant que ne retentisse la Marseillaise, prélude à une minute de silence en guise de dernier hommage.

Macron aux Invalides et à Dammartin-en-Goële

À Paris aussi, plusieurs manifestations ont été organisées ce jeudi. Emmanuel Macron a présidé dans la matinée une cérémonie aux Invalides, à Paris. Entouré de ses prédécesseurs Nicolas Sarkozy et François Hollande, le chef de l'État français a déposé une gerbe devant la statue La Parole portée, représentant une femme décapitée, dédiée aux victimes des attentats.

Une cérémonie très sobre, sans prise de parole officielle, ainsi qu’il en avait été convenu, raconte Guillaume Denoix de Saint Marc, directeur général et fondateur de l'Association française des victimes du terrorisme, au micro de RFI. « L’intérêt de cette commémoration est pour les victimes, mais aussi pour recréer le lien entre les victimes et la société. On ne peut pas se reconstruire si on est dans le déni de ce qui s’est passé et ce qui s’est passé concerne la société dans son ensemble », explique-t-il.

Emmanuel Macron s'est ensuite rendu à l'imprimerie Catalano à Dammartin-en-Goële, en région parisienne, pour rencontrer Michel Catalano, qui avait été pris en otage par les frères Kouachi au cours de leur cavale après l'attentat de Charlie Hebdo en 2015

L'imprimeur, un quinquagénaire calme et grave, a montré au président les traces de l'assaut des gendarmes qui ont abattu les deux assaillants, en cavale après avoir semé la mort à la rédaction du journal satirique deux jours plus tôt. Pour témoigner de cette violence, il a laissé intacte, sur le parking de son entreprise, une voiture criblée de balles qu'il veut donner au futur musée des victimes du terrorisme. Michel Catalano lui a aussi montré une photo de l'équipe, trouée d'une balle, et la kitchenette où s'était caché son salarié Lilian Lepère, sous l'évier.

Plusieurs centaines de victimes françaises

Cette Journée nationale d'hommage aux victimes du terrorisme, actée en 2019, est organisée pour la deuxième année consécutive. Depuis janvier 2015, les attentats ont fait plus de 260 morts en France, les plus meurtriers ayant été ceux du 13 novembre 2015 avec 130 morts à Paris et Saint-Denis, et celui du 14 juillet 2016 à Nice (86 morts).

Au total, plus de 6 300 victimes et proches ont été pris en charge par le Fonds de garantie des victimes (FGTI) depuis 2015. « La menace terroriste reste toujours élevée », souligne l'Elysée, rappelant que 33 attentats ont été déjoués depuis 2017.

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■ Hommage réduit à Madrid

Une cérémonie était également prévue à Atocha, la gare de la capitale espagnole où aurait dû arriver le train de banlieue piégé par les bombes, le 11 mars 2004. Mais en raison de la pandémie de Covid-19, l'hommage a été réduit à une courte cérémonie dans le bois du souvenir du Retiro à Madrid. « Seize années ont passé depuis le pire attentat de notre histoire. Les victimes, ceux qui ont perdu la vie et ceux qui vivent avec [cette] horreur chaque jour, restent dans notre souvenir. Aujourd'hui et à jamais », a écrit Pedro Sanchez sur le réseau Twitter.