La justice saoudienne confirme en appel la peine de la militante Loujain al-Hathloul

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Loujain al-Hathloul a vu mercredi sa peine de cinq ans et huit mois de prison, dont trois ans en liberté conditionnelle, et cinq ans d'interdiction de voyager, confirmée par la justice saoudienne. La militante féministe avait été libérée le 11 février dernier en raison de la prise en compte de sa détention provisoire.

Un tribunal saoudien a confirmé mercredi 10 mars en appel la condamnation à plus de cinq ans de prison et une interdiction de voyager de cinq ans de la militante féministe Loujain al-Hathloul, libérée sous conditions il y a un mois.

Loujain al-Hathloul, connue surtout pour avoir fait campagne contre l'interdiction de conduire faite aux femmes en Arabie saoudite, a été arrêtée avec une dizaine d'autres militantes en mai 2018, soit quelques semaines seulement avant la levée de cette interdiction en vigueur durant plusieurs décennies.

La militante de 31 ans avait été condamnée fin décembre à cinq ans et huit mois de prison en vertu d'une loi "antiterroriste", une peine assortie d'un sursis qui la rendait libérable rapidement car la période passée en détention provisoire a été prise en compte. Elle a été libérée le 11 février mais reste en liberté conditionnelle pour trois ans.

"Abus de pouvoir"

"Le juge a rejeté l'appel et a confirmé la peine à cinq ans et huit mois de prison, dont trois ans en liberté conditionnelle, et cinq ans d'interdiction de voyager pendant lesquels Loujain ne peut quitter l'Arabie saoudite", a précisé sa famille dans un communiqué.

Loujain al-Hathloul s'était exprimée mercredi avant l'audience, l'un de ses premiers commentaires publics depuis sa libération : "Espérons que la peine a été changée ou modifiée un peu", a-t-elle confié devant des diplomates étrangers réunis à l'extérieur du tribunal antiterroriste de Riyad.

"La confirmation de la condamnation de ma sœur Loujain est une nouvelle confirmation de l'abus de pouvoir des autorités saoudiennes", a dénoncé Lina al-Hathloul, citée dans un communiqué de la famille. Sa famille affirme par ailleurs qu'elle a été victime de torture et de harcèlement sexuel en détention, des accusations niées par les autorités judiciaires.

Verdict "injuste"

"Nous ne pensons pas que Mme al-Hathloul, sa famille ou d'autres personnes qui ont été remises en liberté conditionnelle devraient subir des interdictions de voyager ou d'autres restrictions", a réagi un porte-parole de la diplomatie américaine, exhortant à nouveau Riyad à "résoudre" ce dossier et à "libérer" les autres militantes des droits des femmes incarcérées.

Amnesty International a condamné dans un communiqué une "injustice épouvantable". "Le verdict d'aujourd'hui n'est que la dernière démonstration de l'intention de l'Arabie saoudite de continuer à écraser toutes les formes de dissidence à l'intérieur du pays", a déclaré Lynn Maalouf, directrice adjointe d'Amnesty pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord. "En n'annulant pas la condamnation de Loujain al-Hathloul, les autorités saoudiennes ont clairement démontré qu'elles considèrent le militantisme pacifique comme un crime et considèrent les militants comme des traîtres ou des espions."

Selon les frères et sœurs de la militante qui vivent à l'étranger, leurs parents sont également visés par une interdiction de voyage même s'ils ne sont accusés d'aucun crime. Si certaines militantes arrêtées aux côtés de Loujain al-Hathloul ont été libérées sous conditions, d'autres sont toujours emprisonnées sous des chefs d'accusation "opaques", selon des militants des droits humains.

Avec AFP