La justice russe prolonge la détention du reporter américain Gershkovich jusqu'au 30 juin

Photo fournie par le tribunal municipal de Moscou, le 26 mars 2024, du journaliste américain Evan Gershkovich, arrêté pour espionnage, dans la cage des accusés lors d'une audience sur la prolongation de sa détention provisoire, à Moscou (Handout)
Photo fournie par le tribunal municipal de Moscou, le 26 mars 2024, du journaliste américain Evan Gershkovich, arrêté pour espionnage, dans la cage des accusés lors d'une audience sur la prolongation de sa détention provisoire, à Moscou (Handout)

Un tribunal russe a prolongé mardi jusqu'au 30 juin la détention provisoire du journaliste américain Evan Gershkovich, à quelques jours du premier anniversaire de son arrestation pour des accusations d'"espionnage" qu'il rejette.

"Le tribunal municipal de Moscou a examiné une requête des autorités chargées de l'enquête préliminaire et a prolongé la durée de détention d'Evan Gershkovich jusqu'au 30 juin 2024", a indiqué sur Telegram le service de presse des tribunaux moscovites.

L'incarcération de ce reporter réputé du Wall Street Journal avait marqué un nouveau cap dans les graves tensions entre Moscou et Washington, exacerbées depuis le conflit en Ukraine.

Evan Gershkovich, âgé de 32 ans et qui a aussi travaillé pour l'AFP à Moscou entre 2020 et 2021, avait été arrêté fin 2023 par le FSB lors d'un reportage à Ekaterinbourg, dans l'Oural.

Il rejette ces accusations d'"espionnage", passibles de 20 ans de prison, tout comme les Etats-Unis, son journal et ses proches. La Russie n'a jamais apporté publiquement d'éléments de preuve. L'ensemble de la procédure a été classée secrète.

Washington accuse Moscou de l'avoir pris en otage pour l'échanger, comme plusieurs citoyens américains arrêtés ces dernières années en Russie.

Le président russe Vladimir Poutine s'était dit en effet disposé à échanger le journaliste contre Vadim Krasikov, emprisonné à vie en Allemagne pour le meurtre d'un opposant tchétchène à Berlin en 2019.

Mais les efforts pour le libérer pourraient avoir pris un tour plus compliqué depuis la mort en prison de l'opposant russe Alexeï Navalny qui, selon son entourage, faisait également partie d'un projet d'échange de prisonniers en cours de négociations.

L'ambassadrice américaine à Moscou, Lynne Tracy, a affirmé mardi après l'audience que le prolongement de sa détention était "particulièrement douloureux" car cette semaine marque le premier anniversaire de son arrestation.

"Les accusations contre Evan sont absolument fausses", a-t-elle dit, les qualifiant de "fiction".

Le journaliste américain "a fait preuve d'une résistance et d'une force remarquables face à cette situation sinistre", a-t-elle indiqué. "Mais il est temps que le gouvernement russe laisse Evan partir."

- "Il est innocent" -

Depuis l'arrestation d'Evan Gershkovich, la justice russe prolonge systématiquement, tous les deux à trois mois, sa détention provisoire dans la prison de Lefortovo, tenue par le FSB à Moscou.

La semaine dernière, l'ambassadrice Lynne Tracy, lui a rendu visite et a assuré qu'il restait "fort" malgré les circonstances.

Son arrestation a suscité un choc parmi les correspondants occidentaux travaillant toujours en Russie dans des conditions de plus en plus tendues.

Dans ses lettres à sa famille, le reporter essaie de se montrer optimiste et fait preuve d'humour, indiquent ses proches. Il y parle par exemple d'intelligence artificielle ou des classiques russes qu'il passe ses journées à lire.

"C'est triste de voir tout le temps qu'Evan a perdu", a affirmé fin février sa soeur Danielle à l'AFP. "Il est innocent. Nous voulons qu'il revienne à la maison le plus vite possible."

Comme lui, un ex-marine américain Paul Whelan, emprisonné en Russie depuis 2018, attend aussi un échange et rejette les accusations d'espionnage qui lui ont valu une peine de 16 ans de prison.

Des binationaux ont aussi été récemment arrêtés. Une Russo-américaine a été interpellée par le FSB à Ekaterinbourg et accusée de "haute trahison", un crime très sévèrement puni, pour avoir envoyé de l'argent à l'armée ukrainienne.

Avant elle, une journaliste russo-américaine, Alsu Kurmasheva, travaillant pour le média RFE/RL financé par le Congrès américain, avait été arrêtée en Russie en octobre 2023. Elle est accusée de diffusion de "fausses informations" sur l'armée russe, crime également passible d'une longue peine de prison.

bur/cr