2 ans de prison avec sursis pour l’électricien de Picasso

Charlotte Pascal

Le procureur avait requis cinq ans de prison avec sursis. Finalement, l'ex-électricien Pierre Le Guennec et son épouse Danielle ont été condamnés vendredi 20 mars à deux ans de prison avec sursis. Le couple était poursuivi pour le recel de 271 œuvres volées de Pablo Picasso, un trésor incroyable resté dans leur garage pendant plus de trente ans.

Les peintures vont maintenant être remises à l'administrateur de la Picasso Administration.

Une plainte des héritiers

Le procès avait débuté mardi 10 février devant le tribunal correctionnel de Grasse. A la suite d'une plainte des héritiers du peintre, Pierre et Danielle Le Guennec, modestes retraités septuagénaires, devaient expliquer comment ils étaient entrés en possession d'une telle quantité d'œuvres. Ils ont été inculpés en mai 2011 pour "recel de biens provenant d'un vol".

 

 

Des huiles, des lithographies, des collages

Le trésor hétéroclite comprend notamment six petites huiles sur toile et 28 lithographies (dont 14 fois la même), des collages cubistes, des carnets de dessin. L'avocat du couple, Me Charles-Etienne Gudin, distingue seulement une dizaine d'oeuvres de valeur, le reste étant "très médiocre". D'ailleurs "Picasso n'a jamais cherché à les vendre !" dit-il.

"Il m'invitait souvent"       

L'ancien électricien a toujours affirmé que les oeuvres lui ont été données par Picasso et son épouse Jacqueline, lorsqu'il effectuait des travaux dans son mas de Mougins, près de Grasse dans les Alpes-Maritimes, dernière demeure de l'artiste, décédé en 1973.
                  
"Il m'invitait souvent à prendre un gâteau, un café, on parlait de tout et de rien avec le maître (...) Un soir que je quittais mon travail, Madame m'a tendu un petit paquet en disant +c'est pour vous+". "Quand je suis revenu à la maison, j'ai vu des esquisses, des dessins au crayon, je n'y connaissais rien... Si Madame m'avait donné une peinture, là oui ça m'aurait fait drôle !", a-t-il expliqué.





Face à eux, Claude Picasso, fils du peintre et administrateur de la Picasso Administration qui authentifie ses oeuvres et gère les droits, ainsi que six autres héritiers de Picasso et ses quatre muses, parties civiles.

Les avocats des héritiers ont cherché à démontrer par un faisceau d'indices que le couple "connaissait l'origine frauduleuse des oeuvres", explique une magistrate.

"Si on vous donne 271 Picasso, vous vous en souvenez !"

"Ils ne se souviennent de rien, s'ils ont reçu ce don en 1970, 1971, 1972 (...) Si on vous donne 271 Picasso, vous vous en souvenez !", s'est notamment exclamé Jean-Jacques Neuer, avocat de Claude Picasso, pendant le procès. Les oeuvres s'échelonnent entre 1900 et 1932. "Il faudrait imaginer que Picasso les a gardées pendant 70 ans et a une volonté tout à coup de les donner", a-t-il aussi noté.

Elles ne sont pas signées. Or, "Picasso signait au dernier moment, pour les donner ou les vendre", rappelle cet administrateur de la succession de l'artiste.

L'ancien électricien dispose seulement d'une brochure d'exposition dédicacée en 1971. "Cela montre leur niveau de proximité !", a enfin asséné Me Neuer. "Quand vous faites un cadeau, vous allez choisir une chose précise qui correspond à la personne. Picasso offre ici des oeuvres qui n'ont rien à voir les unes avec les autres. Notamment des collages cubistes extrêmement précieux, 10% de sa production ! Mais aussi deux carnets de dessins, des instruments de travail dont il ne se serait pas dessaisi", détaille-t-il.

"Le problème n'est pas de savoir si Picasso était généreux ou pas", argue aussi  l'avocat. "Picasso n'était pas quelqu'un d'inconscient de ses oeuvres, il ne donnait pas n'importe comment".

Mais le couple de retraités, qui n'a jamais tiré de profit financier de ce trésor resté dans son garage, a finalement bénéficié d'une certaine clémence.

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