Justice ou pas, la jeunesse noire de Minneapolis sans illusion sur sa police

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"Sa condamnation ne changera rien": dans les rues glaciales de Minneapolis, l'issue du procès de la mort de George Floyd ne donne aux Afro-Américains que peu d'espoir d'amélioration de leurs relations avec la police.

"Cela dure depuis tellement longtemps, c'est comme si on ne pouvait pas le changer, particulièrement en étant enfoncés aussi profondément dans la pauvreté: trop profondément pour faire une différence", estime Marquevion Rapp, un étudiant afro-américain de 22 ans, à propos de la longue liste de personnes noires mortes du fait de la police à Minneapolis, et aux alentours de cette métropole du nord des Etats-Unis.

Emmitouflé dans son blouson pour se protéger du vent froid du Minnesota, Marquevion Rapp raconte avoir déjà été arrêté plusieurs fois. Il demande aux policiers d'être "plus ouverts d'esprit", et de faire preuve de "plus de patience" dans l'exercice de leurs fonctions.

Pour lui, même si le policier Derek Chauvin est condamné, cela "ne changera rien".

- "Très faibles attentes" -

"J'essaie de ne pas en attendre quoi que ce soit", lâche-t-il, tandis que les jurés délibèrent depuis lundi soir.

Un sentiment dont se fait l'écho Ambrose Haynes, un informaticien afro-américain de 32 ans, assis à attendre son bus sur l'une des grandes rues ouvertes de Minneapolis, ville caractéristique du Midwest américain.

"J'ai de très faibles attentes pour ce procès", dit-il.

Mais, en cas de condamnation, "peut-être nous ferons un peu plus confiance aux policiers, nous serons un peu plus reconnaissants", car c'est "un métier dur, ils mettent leur vie en jeu".

Daunte Wright, un jeune afro-américain de 22 ans, a été tué par une policière blanche lors d'un banal contrôle routier en banlieue de Minneapolis, le 11 avril, moins d'un an après la mort de George Floyd. Son nom est venu s'ajouter à la liste des 208 personnes tuées par la police dans le Minnesota depuis 2000, selon le comptage du quotidien local Star-Tribune.

- "Huile sur le feu" -

Parmi ces victimes, Philando Castile est l'une des plus connues. Un policier lui a tiré sept fois dessus, à bout portant également, lors d'un contrôle routier en 2016.

En 2017, Jeronimo Yanez, le policier, a été acquitté par un jury.

Dans son jardin propret d'une banlieue américaine typique, à une trentaine de kilomètres de Minneapolis, Clarence Castile parle de son neveu, mais aussi des morts qui ont suivi, et de comment combler le fossé avec les forces de l'ordre, lui qui a rejoint la réserve de la police de la ville de St. Paul après la mort de Philando.

Quand on lui demande ce qui a changé depuis la mort de ce dernier, il répond de manière laconique: "Honnêtement? Rien. Des personnes noires meurent toujours".

Selon Clarence Castile, malgré des millions de dollars versés dans la formation des policiers, "vous avez toujours des gens qui meurent à cause de la police, et qui ne devraient pas être morts".

Comme pour son neveu, il redoute l'absence de condamnation pour Derek Chauvin, qui pourrait "remettre de l'huile sur le feu" des manifestations.

"Nous prions pour que ça n'arrive pas car nous ne voulons pas déchirer notre ville, mais nous avons besoin que nos élus et nos procureurs fassent mieux leur travail pour que ces (policiers) rendent des comptes", affirme-t-il.

Pour lui, la question de comment combler le fossé avec la police est "compliquée", mais ce qui est sûr, c'est que "ça ne peut pas être eux contre nous".

"Je prie pour que ça se produise. De mon vivant? Je ne sais pas (...). Mais c'est quelque chose qui doit se produire si l'on veut continuer à avoir une espèce humaine civilisée".

Clarence Castile avertit également du risque "d'une guerre civile, ou quelque chose comme ça, qui sait?"

"Les gens sont à bout et en ont assez d'être à bout".

rle/seb